Nous sommes en train de préparer un projet de loi pour réglementer la Procréation médicale assistée (PMA)», annonce Khadija Meshak, directrice de la réglementation et du contentieux au ministère de la Santé. Une nouvelle qui rompt dix ans de silence dans ce dossier. Dr. Farid Osman, biologiste et fondateur de l'Association des biologistes de la reproduction (ABR) est pionnier en matière de PMA au Maroc. En 1997, il est le premier biologiste à introduire une banque pour la congélation de sperme et d'embryon. En 1999, il participe au sein d'un comité scientifique composé de seize gynécologues dont Dr. Mohamed Yacoubi, président d'honneur de la Société marocaine de fertilité et de contraception (SMFC), cinq biologistes, deux andrologues et un uro andrologue à la rédaction d'un rapport intitulé «Etat actuel des centres de PMA au Maroc». En plus de ce check-up des centres, le document présente un projet de réglementation. Ce projet est remis à l'Ordre des médecins et depuis, il est resté lettre morte. «Alors qu'on était les premiers à avoir pratiqué la PMA au Maghreb au début des années 90, on se retrouve aujourd'hui devancés par d'autres pays de la région», regrette Dr. Osman. Pour le ministère, la réglementation n'a pas pris de retard. «Ce dossier retient notre attention et il fait partie des chantiers prioritaires inscrits dans le Plan d'action 2008-2012», assure la directrice de la réglementation. Selon elle, le contexte précède toujours la réglementation. «On ne peut faire autrement. Ce qui est sûr, c'est que nous évoluons dans le bon sens», dit-elle. Sperme «libanais» Dr. Youssef Boutaleb est le premier gynécologue marocain à avoir réussi la Fécondation in vitro (FIV), la plus célèbre technique de PMA. C'était en 1992. Dans un véritable testament, il prévient : «Si on veut avoir une certaine autonomie marocaine dans ce domaine, soyons vigilants. Les médecins aussi peuvent tricher, tout le monde est en quête d'enrichissement. Si on a la foi, un peu de bon sens et de la compassion, on doit aider ces gens qui souffrent de stérilité, mais dans un cadre éthique, qui respecte nos valeurs religieuses». Les différents spécialistes contactés assurent que la PMA au Maroc ne se pratique que pour les couples mariés. «Le recours aux mères porteuses et à la vente (ou le don) de sperme ou d'ovules sont des méthodes contraires à l'éthique religieuse et médicale. Elles sont bannies au Maroc», tranche Dr. Saïd Tarari, gynécologue et spécialiste de la FIV. Pourtant l'émission d'enquête, «45min», diffusée sur Al Oula en avril dernier avait démontré que les gynécologues marocains ne se conforment pas tous à cette éthique. Une journaliste de l'émission s'est fait passer pour une patiente dont le mari est stérile, le praticien lui propose l'insémination artificielle au…Liban. Sur place, une banque de sperme anonyme est disponible. Coût de l'opération : 80.000 DH, alors que l'opération coûte au Maroc… 30.000 DH, avec le sperme en moins. Faut-il mettre tous les gynécos et biologistes dans le même sac ? Pour Dr. Osman, cette discipline nouvelle demande une réglementation appropriée qui est le meilleur garde-fou contre tous les abus. «Tous les pays ont traversé ce vide juridique mais il ne faut plus que ça continue», prône Dr. Osman. Un long accouchement ? La PMA se pratique au Maroc dans le cadre de la loi n° 10-94, relative à l'exercice de la médecine et la loi 12-02 régissant le travail des biologistes. Rattrapé par la forte évolution des techniques médicales, le Maroc est condamné à construire son arsenal juridique. «Dans la préparation du texte sur la PMA, nous nous basons sur de multiples sources dans le droit international, le droit comparé et bien sûr l'avis des spécialistes marocains», explique K. Meshak de la direction de la réglementation au ministère de la Santé. La proposition des spécialistes marocains se compose de trois parties. D'abord la création d'un registre national alimenté par les registres numérotés et visés de chaque centre. Actuellement, les dizaine de centres existants s'auto-régulent et ont leur propre registre. En deuxième lieu, ils exigent la création d'une commission nationale de médecine et de biologie de la reproduction et du diagnostic prénatal qui jouera le rôle de conseiller technique des autorités de tutelle. Enfin, ils demandent un texte qui comporte tous les aspects relatifs à la PMA, scientifiques, éthiques ou logistiques (équipements des centres). «Pour la stérilité, l'homme doit être suivi par un urologue. Or actuellement des gynécos le font. C'est contre-nature. La loi doit définir le rôle de chacun et éviter le mélange des genres», conseille Dr. Osman. Pour sa part, Dr. Tarari estime que les centres actuels n'attendent pas la sortie d'une loi pour se conformer aux normes. «Notre premier souci est de rassurer nos patients, leur expliquer les risques liés à la PMA, ainsi que le taux de réussite et d'échec de chaque opération». Pour ce gynéco, une loi doit limiter le nombre d'embryons transférés et ainsi éviter les grossesses multiples. Toujours selon praticien, le législateur devra réfléchir à limiter l'hyperstimulation ovarienne. Tenant compte des doléances des praticiens, le ministère promet de concocter un texte, mais il ne s'engage pas sur une date précise.