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« Séparatisme islamiste » : Macron l'équilibriste
Publié dans L'observateur du Maroc le 27 - 02 - 2020

Macron l'équilibriste, Emmanuel Macron est parti en guerre. En guerre contre le « séparatisme islamiste ». Fichtre ! Comment compte-t-il s'y prendre pour vaincre alors que depuis plusieurs décennies, les chefs de l'Etat successifs proclament – en vain – leur volonté de reconquérir les « territoires perdus de la République », selon une enquête publiée il y a près de deux décennies ? Car nul n'ignore plus que dans certains quartiers des banlieues les plus délaissées, des propagandistes de l'islam politique, salafistes ou Frères musulmans, cherchent à convaincre les populations qu'elles respecteront le véritable islam en piétinant les lois de la République.
Comme toute guerre, celle-ci a ses écueils et ses chausse-trappes. Emmanuel Macron ne l'ignore pas. Il ne peut être question, comme le voudraient certains, que sous le prétexte de lutter contre l'islamisme politique, il fasse tomber l'opprobre sur l'ensemble des Français musulmans. Le chef de l'Etat est convaincu que la laïcité française est synonyme du respect des religions quelles qu'elles soient. Il est conscient qu'il chemine sur une ligne de crête.
Pas si facile à faire accepter par des croyants venus de pays où la laïcité est souvent synonyme d'athéisme. Pour gagner la bataille de la « reconquête des territoires », Macron a choisi deux axes principaux : découpler l'islam de France de l'islam importé ; enlever l'emprise des imams et de la religion des enseignements linguistiques. En clair, le président décide de tourner le dos à la politique mise en place ces dernières décennies. C'est parce que la France n'est jamais parvenue à former des imams en nombre suffisant qu'elle avait mise en place une politique « d'imams détachés » arrivés à la suite d'accords signés avec la Turquie, l'Algérie et le Maroc. Rabat envoie 30 des 300 « imams détachés ». Certains ne parleraient pas français et ne prêcheraient pas un islam de la tolérance, accuse Paris. Ils devraient être remplacés,d'ici 2024, par des imams « made in France ». Qui se chargera et financera leur formation ? Sous Sarkozy, il avait déjà été décidé que le Conseil français du culte musulman (CFCM) superviserait cette formation. Concrètement, ce dernier n'en a ni les moyens pratiques ni financiers. Quant à l'Etat, la loi de 1905 sur la laïcité lui interdit de s'en charger.
Deuxième décision : la fin, dès septembre 2020, des cours de langue et de culture des neuf principaux pays d'immigration mis en place dans les années 70, en dehors du temps scolaire, et assurés par des enseignants choisis par l'étranger. Ils concernent des dizaines de milliers d'enfants, nombreux en particulier, parmi ceux désireux d'apprendre l'arabe, parfois enseignés dans les mosquées. Paris a proposé de remplacer ces cours par des enseignements internationaux sous le contrôle de l'éducation nationale. Toutes les capitales, sauf Ankara ont accepté. Mais là encore, où trouver les nombreux professeurs d'arabe et les financements nécessaires ? Pour mener son indispensable guerre contre le séparatisme et ramener ceux qui s'estiment abandonner vers la République, Macron risque de se heurter aux réalités de la politique. Il doit pourtant réussir s'il ne veut pas, à deux ans des présidentielles, laisser le terrain à la droite et à l'extrême-droite.


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