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Portrait d'une librairie, petite forteresse du livre
DSM ou la résistance d'une des plus anciennes librairies de Casablanca, dans un boulevard abandonné
Publié dans L'opinion le 20 - 12 - 2010

De la librairie DSM aux ruines de l'hôtel Lincoln, boulevard Mohammed V, à Casablanca, il y a à peine une cinquantaine de mètres. L'hôtel, immense immeuble en ruines, depuis une vingtaine d'années, aggrave la situation d'abandon dans la célèbre avenue et aux alentours. De la désolation qui ne cesse de faire tache d'huile faisant d'une partie majeure du centre historique, une périphérie dans le sens d'un quartier complètement abandonné, livré à lui-même.
«Ça fait une dizaine d'années que l'activité commerciale dans le boulevard ne cesse de péricliter, actuellement elle est au point mort» déclare le gérant de la boutique de décoration florale «Au Jardin Fleuri» qui existe dans le même pâté de maison que la DSM (entre le marché central et la rue Hassan Sghir) depuis une trentaine d'années. Selon ce gérant, «le vieux centre de Casablanca ne se relèvera jamais de sa décadence et risque d'avoir le même sort que l'hôtel Lincoln». Un vague espoir est toutefois nourri avec la perspective de la mise en service du tramway annoncée pour 2012. Soit une année avant la date fixée (2013) pour la fin de la première tranche des travaux de la réhabilitation de l'ancienne médina, projet phare mis en œuvre l'été dernier suite à une décision royale.
Résistance
Malgré l'abandon du boulevard Mohammed V, des îlots de résistance se maintiennent. Un exemple parmi d'autres mais réellement frappant est la DSM, la seule librairie qui ait tenu sans jamais fermer ni offrir des signes d'agonie malgré, d'une part, la crise endémique du boulevard complètement abandonné à son triste sort depuis de longues années et d'autre part le recul de la lecture et du livre de plus en plus accentué. Sur la même artère, la célèbre librairie Farairre avait connu des vicissitudes à tel point qu'on a cru qu'elle allait fermer. Heureusement, les propriétaires avaient eu la bonne idée de la sauver en lui donnant une nouvelle vie, du moins sauvegarder un lieu de mémoire de première librairie créée à Casablanca en 1924.
Devant le dépérissement de toute une partie du vieux centre de la ville, avec l'impression d'absence de responsables, d'élus, d'autorité, le maintien d'une vie tient véritablement de la résistance et du tour de force. A plus forte raison pour une librairie comme la DSM, à jour, qui reconstitue régulièrement son fond en nouveautés, tout en maintenant le cap contre vents et marées. Une des rares librairies qui avait reçu le prix de la meilleure vitrine vers le milieu des années 80. En un mot, une librairie miraculeusement maintenue vivante durant une si longue traversée du désert. Comment cela s'est-il passé ?
M. Othman Akdim, propriétaire de la librairie DSM et professionnel des métiers du livre reconnu, nous raconte cette histoire. Il s'agit de quarante deux ans de métier au même endroit depuis 1968. Il était le premier libraire marocain au centre de la ville dans une librairie francophone à une époque où la totalité des librairies du centre étaient tenues par des libraires Français. Pour un Marocain, venir s'installer dans le fief des Français c'était presque de l'ordre de la provocation.
«On me boycottait au début, on semblait dire ironiquement: « Tiens ! Un Marocain ! Est-ce que ça va devenir une épicerie ?». Le distributeur Sochepress de l'époque rechignait à m'approvisionner en livres, tous les arrivages étaient destinés à la célèbre Mme Baquet de la librairie Farraire, on croyait que je n'allais pas pouvoir tenir, on pensait que la librairie ne tarderait pas à se transformer en une simple épicerie…»
Disparition des anciennes librairies
L'évolution des choses a fait que pendant que DSM se maintenait, la plupart des librairies anciennes, qui tenaient le haut du pavé, gérées par des professionnels français, allait disparaître, constate avec regret Othmane Akdim donnant l'exemple de la Hutte rue Tata ex-Poincaré en face du cinéma Lutetia et de la librairie Livre Service, la librairie De Silva, place Maréchal, qui deviendra plus tard librairie Dar El Kitab avant de disparaître elle aussi pour laisser la place à un commerce de vestimentaire. A la place 16 Novembre, il y avait la librairie Paris et Moghreb. Il y avait aussi l'immense espace des Galeries Marocaines dont l'immeuble avait été rasé. Dans l'espace de 500 mètres, il y avait au moins quatre grandes librairies dont la librairie des Ecoles datant de 1927 toujours là, avenue Hassan II, sans oublier Le Parchemin face au cinéma Lynx, avenue Mers Sultan qui n'est plus ce qu'elle était etc.
M.Akdim raconte: «Tant de gens me disent: qu'est-ce que vous faites encore ici ? Le boulevard Mohammed V a complètement changé, en mal s'entend, le Lincoln en ruines a carrément barré à moitié la circulation de l'artère. Je réponds que j'aime tellement cette profession, j'ai passé ma vie avec le livre, 42 ans de profession, je ne voudrais pas les enterrer… Je suis venu dans le métier en 1968 exactement. Au début, j'ai fait connaissance avec ma librairie parce que je venais y acheter des livres, j'étais client, je suivais des études de Droit, à la Fac de droit de Casablanca qui était logée dans l'immeuble de la CTM. La librairie était tenue par son propriétaire français Michel De Silva. Comme il m'arrivait de lire des livres à l'œil, debout entre les rayons, le vieux libraire M. De Silva, qui m'observait depuis quelques temps, m'aborde un jour pour me dire: «Je vois que tu t'intéresses beaucoup aux livres, est-ce que ça te dis de venir nous aider pendant les trois mois de vacances pour la rentrée scolaire ?» Je lui réponds que c'est le meilleur cadeau qu'on puisse me faire. Il me précise qu'il ne me paierait pas un sou. Je lui réponds que tout ce je veux c'est le contact du livre et la poussière du livre».
Il a suffi de ces premiers contacts au jeune Othmane pour que le virus du livre soit contracté pour toujours. Il faut croire qu'il était à la bonne école et constituait lui-même un terrain très favorable. Les études de Droits sont peu à peu laissées en rade et finalement abandonnées au grand dam de l'entourage familial. Othman Akdim, pour avoir appris auprès du libraire toutes les ficelles du métier, est tout reconnaissant pour l'inoubliable «grand bonhomme» Michel De Silva. Ce dernier, devenu très âgé et tout aussi lucide et visionnaire, devait lui céder la librairie pour aller s'installer dans son autre librairie portant son nom, quelques centaines de mètres plus loin, place Maréchal, qu'il laissera à son fils lequel la vendra à Dar El Kitab. Par reconnaissance, le nom de la librairie du boulevard Mohammed V a gardé les initiales du nom du premier propriétaire De Silva Michel qui l'avait fondée en 1937. Pas d'amnésie.
Le choix du métier ne s'est pas fait sans obstacles. D'abord le père, qui n'y croyait pas, s'opposait fermement à ce choix. Dans la famille Akdim on est commerçant de père en fils dans les articles de grande consommation alimentaire ou autre et Othman s'amène avec une vraie hérésie dans la famille: vendre des livres ! Qu'est-ce que c'est que ce métier ? Est-ce que c'est viable ? demande le père très soucieux venu s'enquérir de la chose auprès du vieux libraire De Silva qui aussitôt le rassure. «Votre fils me dépassera» lui dit-il.
Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Et voilà qu'avec l'avènement des années 90, on ne cesse de parler de la crise du secteur du livre et de la disparition des librairies. Le lancement du salon du livre de Casablanca, grande manifestation réservée au livre, n'y change rien.
Régression
Selon Ohtmane Akdim toutes les professions et métiers au Maroc, depuis l'indépendance, ont enregistré un développement exponentiel, accroissement en milliers pour cent, depuis que la population marocaine ne comptait que 6 millions d'habitants, dont la majorité était dans le monde rural, jusqu'à aujourd'hui où le Maroc compte plus de 30 millions dont presque la moitié se trouve dans les villes. Mais la presque seule profession qui ait régressé si inexorablement c'est la librairie dit-il. Il rappelle que dans les années 70 il y avait une quinzaine de librairies dans le seul vieux centre de la ville. Jusqu'à 98% de celles qui se maintiennent aujourd'hui y parviennent grâce à l'activité du scolaire qui représente jusqu'à 90% de leur chiffre d'affaires ce qui laisse à peine 10% pour le livre culturel. Conséquence les fonds de ces librairies sont des plus pauvres.
Il poursuit:
«Le grand boom de la librairie c'est au début des années 80. Les années 70 en quelques sortes on se cherchait parce qu'il n'y avait pas de gros titres. Je ne sais pas si on se souvient encore de romans comme «Papillon», des titres qui ont crevé l'écran, on en vendait comme des petits pains à l'époque. Maintenant vous mettez un roman comme ça on vous regarde ! Le monde a changé ! Les clients, des cadres de l'époque, avaient une culture. On suivait l'actualité culturelle, on lisait la presse, on écoutait la radio, des fois le même jour après avoir entendu parler d'un livre à la radio des clients s'amènent pour l'acheter ou le commander, les médias étaient des véhicules de la culture. Cette race de lecteurs a presque disparu. Les cadres que nous recevons actuellement sont plus arabophones que francophones. Le bilinguisme qui existait dans le temps a presque disparu au profit d'une certaine catégorie qui ne lit pas. Sa culture ne lui donne pas l'envie de lire».
Depuis les années 90, un rayon de livres arabe est né dans la librairie dont le fond était auparavant constitué de livres exclusivement en français. Le lectorat a changé. Depuis une dizaine d'année les livres arabe ce n'est plus le monopole des librairies des Habous. A la DSM on trouve à côté du livre en langue française, des livres en arabe littéraire, religion, textes fondateurs classiques de la littérature arabo-musulmane. Dans le passé, on assistait à deux blocs distincts: tandis que les librairies francophones du vieux centre de la ville regardaient, de par leur fonds, vers l'Europe, essentiellement la France, les librairies du quartier des Habous, fief de l'arabe, se tournaient vers le Machrek, essentiellement l'Egypte et le Liban d'où proviennent littérature arabe et livres religieux. L'arabisation de l'enseignement et l'industrie du manuel scolaire ont permis le développement du réseau des librairies du quartier des Habous où, depuis quelques temps, on commence à voir aussi des livres en français, situation presque impensable dans le passé.
Othmane Akdim pour s'être maintenu au boulevard Mohammed V se dit «militant du livre». La librairie dans le contexte géographique prend l'allure, on dirait, d'une place fortifiée du livre grâce surtout à des lecteurs fidèles qui continuent à affluer et grâce à la vie qui continue de circuler dans les veines de la librairie du fait d'une mise à jour permanente: «Je n'ai pas voulu quitter ma place. D'abord je crois profondément en ce que je fais, ensuite le lieu d'origine on doit le préserver».
En se lançant dans la distribution des livres depuis 2005 en créant une entreprise CDPL, il exprime les préoccupations des métiers du livre au Maroc et montre que, loin d'être accroché à la nostalgie, c'est plutôt vers l'avenir qu'il pointe son regard.
«J'ai vu qu'il y avait un manque, que le livre était mal distribué, la distribution devrait être devancée par l'action de diffusion, faire connaître le livre est nécessaire avant de le distribuer. Ce n'est pas comme n'importe quelle marchandise. Malheureusement, cette action de diffusion est complètement ignorée. Souvent on dit que le livre ne marche pas. Ce n'est pas tout à fait vrai, il y a des dysfonctionnements au niveau de la distribution et de la diffusion, la distribution c'est pratiquement comme un parrainage d'un livre auquel on croit…»
Les mille et une difficultés rencontrées pour le métier de libraire et pour la distribution du livre poussent Othman Akdim à conclure que les pouvoirs publics devraient s'intéresser à ce secteur complètement sinistré où des professionnels refusent de baisser les bras. Comme ils devraient sauver le vieux centre de la ville de Casablanca.


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