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L'écoute de l'œil et le regard de l'oreille
Entretien avec un calligraphe polyvalent, Abdelillah Chbouk
Publié dans L'opinion le 02 - 12 - 2011

Chanceux celui qui fréquente un artiste voué à l'art dans toutes ses formes, de la peinture à la musique. Un puits d'arts, un doué de sensibilités. Il s'agit, chers lecteurs, d'un calligraphe qui préfère souvent travailler dans l'ombre. J'ai réalisé cet entretien avec cet homme poétiquement peintre pour le compte de L'Opinion en plusieurs épisodes. Nous allons l'accompagner dans sa vie, ô combien riche et regorgeant de diversités.
J'ai rencontré Chbouk dans une petite ville exiguë de Larache, Ksar el Kébir, un après-midi de Juin 1997. Et très vite, j'ai découvert celui que j'avais imaginé à travers ses tableaux qui circulent parmi nos amis consacrés à la musique et à l'art et senti chez lui cet élan inhérent d'artiste sans spécialités, sans toutefois découvrir en lui le chanteur, le calligraphe, le psalmodier, etc. Éperdument amoureux de ce que l'art peut lui offrir, Chbouk est un artiste de toile et de sensibilité. Il est d'ailleurs professeur d'arts plastiques, de musique aussi. Chbouk est traversé de musique ; il a une qualité très rare dans la mesure où il est doté d'une intelligence du détail et de l'observation des choses les plus minimes. Je crois que de cette dimension microscopique naîtra le grand artiste, le grand lecteur de signes.
* L'art est une sublimation, une lyre qui nous transporte au-delà d'une réalité « mono rythmique », et quiconque vous fréquente ressent immédiatement cette impression que vous tentez toujours de vous éloigner d'un quotidien remarquablement ennuyeux.
Tout d'abord je dois t'exprimer ma joie de vous avoir rencontré, après une longue absence, une rupture qui m'a personnellement attristé. C'est une reprise qui me fait très plaisir d'autant plus que, ensemble, nous parlons souvent art, littérature et philosophie. Effectivement, l'art est pour moi, depuis un âge très précoce, une sorte de libération. Et évidemment, à mon sens, toute sublimation est une libération, sinon une quête de liberté. L'art me permet ainsi de m'élever d'un quotidien privatif et surtout ennuyeux. Comme je dis toujours, l'artiste, le vrai, devrait sans doute transcender les usages utilitaires pour redonner de la valeur à l'esthétique, à l'humanité. J'aspire perpétuellement à cette sublimation. Ma quête est donc durable dans le temps.
* Peut-être vous visez une certaine harmonie aussi.
C'est certain. Un tel élan ne vise que ceci, la perfection et l'ordre. Comme le pensait Baudelaire, la beauté est d'ores et déjà « ordre » et « pureté ». Je crois que cet ordre fait défaut à nos rapports, à notre rapport à autrui comme à celui au monde. Pour jouir de cette félicité intérieure, comme le voulaient les soufis, il faut être en pleine harmonie avec le monde, les autres et même les autres créatures ! Malheureusement, le quotidien nous chamboule, nous prive, si vous voulez, d'une certaine quiétude, de cette lenteur à même de nous rassurer et surtout de nous faire vivre, bien vivre.
* Seriez-vous d›accord de considérer votre parcours comme une « quête » permanente, voire même interminable ?
Oui. Je me cherchais tout le temps une identité. Je suis né à Temara, une ville que j'aime beaucoup. Chaque endroit est nostalgique, chaque lieu cache quelque part une part de moi-même. Je « m'y vois » enfant, face au monde, l'infiniment grand. C'est là où ma quête a commencé. En effet, la sensibilité est un don, l'art est une quête. Je devais partir à la recherche d'un achèvement de l'être. Mes études m'ont énormément aidé dans la mesure où la formation dans le domaine des Arts plastiques me serait très utile pour épanouir mon talent pour ainsi dire « inné ». Effectivement, au lycée j'ai choisi la branche qui me convenait le mieux, savoir les Arts plastiques pour intégrer par la suite le Centre Pédagogique Régional de Tanger, Option Arts plastiques.
*Quels étaient les apports de cette formation ?
Aussi encyclopédique soit-elle, une formation est par définition, voire même fondamentalement, perpétuelle. On apprend à tout âge. Au CPR, comme au lycée d'ailleurs, il s'agissait d'une formation globale : analyse de tableaux, étude des différents courants artistiques, chronologie, Histoire, interprétation. Et puis sur le plan technique, il était question de mettre l'accent sur les caractéristiques des peintres, ou l'artiste en général. Vient après l'étude des écrits sur l'art dans le monde entier, toutes les nationalités confondues.
* Dirait-on que là où vous avez « connu » l'art islamique ?
Je vais revenir à l'idée de « quête ». La peinture est pour moi le don que j'exploite pour aller de l'avant, pour surtout mener une quête foncièrement profonde et interminable. C'est une aventure qui pourrait nous faire affronter des obstacles, matériels ou intellectuels. Vous me connaissez très bien, je suis un être qui aime donner du sens à son existence et à vivre au rythme des choses et des êtres. Dans ce sens, je peux vous dire que ma connaissance des détails de l'art islamique était vraiment une rencontre que je qualifierai d'intense. C'est une expérience qui pousse inexorablement l'artiste à s'instruire, à travailler pour se construire ainsi une identité artistique sublime et subtile à la fois.
* Vous qui êtes, oserons-nous dire, un artiste remarquablement engagé, avez-vous pu surmonter cette problématique presque sans issue de la place de l'image, le statut légal de la représentation du point de vue religieux (l'Islam) ? Comment vous avez résolu le dilemme ?
Ce que vous venez de soulever est fondamental quand il s'agit d'envisager l'art religieux, et en particulier l'art islamique. Pourquoi ? Parce que notre religion refuse, à ma connaissance, et selon mes recherches dans le domaine, toute représentation. Elle est iconoclaste. Le jugement légal de la figuration m'avait un peu dérangé parce que je voulais « créer » sans pour autant transgresser. Or cet art m'a fait découvrir et choisir l'abstraction. Voilà. Cela repose sur l'équilibre de la forme, de l'espace… de la réflexion. Cela m'était convenable, moi qui cherchait éternellement l'harmonie.
* Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec la calligraphie? Votre histoire avec le première lettre tracée?
J'ai commencé l'apprentissage des « lettres » pendant la période collégiale. J'étais très sensible à la ligne et aux rhétoriques de chaque catégorie d'écriture. C'est très difficile à dater. Mais bon, sûrement, j'avais 15 ans. J'ai débuté par Al Kûfi. J'ai aimé particulièrement l'abstraction sur laquelle se base le Diwan ainsi que ses formes lyriques étant très présentes, celle du Tûlût. Le tableau doit être semi-abstrait dans la mesure où il se distingue par une intervention dans les traits (loin de l'imitation !). Quoique l'existence d'une lettre, de l'alphabet, soit une réalité, le réel. La Calligraphie est pour moi un cursus fondé sur la progression. En effet, j'ai passé une année à tâtonner. Je menais des mois de balbutiements. Même actuellement je dois encore du travail au Tûlût.
*Nous vous remercions M Chbouk de nous avoir accordé ce premier Episode, pour le compte de notre quotidien, L'Opinion, page Culture, et nous vous invitons la prochaine fois pour nous parler spécialement de votre nouvelle expérience avec La Fresque, vos influences picturales et, bien entendu, de votre polyvalence artistique qui englobe peinture, musique et calligraphie. Merci de cet entretien agréablement enrichissant.
-Propos en arabe, traduits et conduits par Mounir Serhani, agrégé de lettres françaises.


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