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«Le Maroc, un emplacement stratégique de grande importance et un îlot de paix dans un environnement tourmenté»
«Les pays du BRICS ont acquis une grande importance depuis qu'ils se sont imposés en tant que puissances économiques émergentes»
Publié dans L'opinion le 12 - 09 - 2013

Entretien avec Son Excellence Valery VOROBIEV, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la Fédération de Russie à Rabat : «Il n'existe aucune base légale pour légitimer une intervention militaire contre la Syrie»
Parmi les changements géopolitiques majeurs révélés par la crise en Syrie, le retour en force de la Russie sur la scène internationale, en se positionnant à nouveau en adversaire stratégique des Etats-Unis d'Amérique et du bloc des pays occidentaux, tout en nouant des alliances qui ne sont pas sans rappeler un passé pas si éloigné. Pour une meilleure compréhension des bouleversements en cours au Moyen Orient comme dans le reste du monde, dans lesquels la Russie pèse à nouveau de tout son poids de puissance sur le retour, il a semblé opportun de se mettre à l'écoute des vision et conception que se fait la Russie de la situation internationale, en nous entretenant avec son excellence M. Valery Vorobiev, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie à Rabat. La Russie n'est plus ni l'URSS du temps du communisme, ni celle meurtrie par sa perte de puissance du temps de Boris Eltsine. C'est désormais la diplomatie du « soft power » et des alliances économiques, la Russie étendant bien faire entendre haut et fort sa voie sur la scène internationale et se faire écouter en tant qu'acteur principal de la nouvelle donne géopolitique mondiale.
L'Opinion : Concernant la crise syrienne, la Russie a adopté une position qui a marqué son retour en force sur la scène internationale en tant qu'acteur influent sur le cours des événements. Est-ce la réémergence de la superpuissance russe ?
M. Valery Vorobiev : «Suite à la réélection en 2012 du Président Vladimir Poutine pour le troisième mandat présidentiel, la politique extérieure russe est devenue plus active et plus solide. Cela confirme notamment la position de la Russie sur le dossier syrien. Et c'est un profond attachement au respect du Droit international qui motive les prises de positions de la Fédération de Russie en ce qui concerne les événements en Syrie. Il n'existe, en effet, aucune base légale pour légitimer une intervention militaire contre ce pays. Il faut souligner que la Syrie n'a jamais été signataire de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques de 1993, mais elle a adhéré au protocole international de Genève de 1925 concernant la prohibition d'emploi à la guerre de gaz asphyxiant, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques.
J'ai lu récemment dans un journal marocain que le Président Vladimir Poutine était prêt à faire usage de la force en Syrie. Mais en effet le Président Poutine a dénoncé l'usage de tout type d'arme de destruction massive, y compris d'armes chimiques, considéré comme un crime international. Il a en même temps insisté sur le fait qu'il ne fallait prendre aucune disposition à l'heure actuelle, tant que l'on ne sait pas de manière certaine qui est responsable de ce crime.
Le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki Moon a, à son tour, affirmé qu'il n'existe aucune certitude jusqu'à présent sur les auteurs et les moyens utilisés lors de cette attaque à l'arme chimique aux environs de la capitale syrienne. L'imputer dès à présent au régime de Damas semble prématuré.
On peut dire que les positions de la Fédération de Russie sur la situation en Syrie coïncident dans une certaine mesure avec celles du Royaume du Maroc. Dans la première déclaration du Ministère des affaires étrangères marocain à ce propos, le Maroc a dénoncé les événements sanglants en Syrie. Et le deuxième communiqué indique de même que «le Maroc poursuivra ses consultations... afin d'élaborer les positions appropriées, tout en affirmant que la solution définitive de la crise syrienne ne peut être que politique à travers un dialogue sérieux et global et une bonne préparation de la réunion de Genève II».
Par ailleurs, la Russie n'est pas la seule à défendre cette position de respect de la légalité internationale. Il en est de même des pays du BRICS, de 5 états arabes, de l'Indonésie et de l'Argentine, ainsi que d'autres pays, qui se sont officiellement prononcés contre l'intervention militaire américaine visant la Syrie».
Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry à déclaré au Ministre des Affaires Etrangères russe Sergueï Lavrov que la Syrie pourrait échapper à une intervention militaire si elle plaçait son arsenal chimique sous contrôle international dans un délai d'une semaine. M. Lavrov a transmis cette proposition à son collegue syrien, qui l'a accueilli favorablement. Cela signifie donc qu'il y a actuellement la possibilité d'éviter la frappe militaire contre la Syrie.
L'Opinion : Nombre de pays soutiennent pourtant une frappe militaire américaine contre la Syrie et reprochent à la Russie de tenter de contrecarrer toute action de la communauté internationale contre le régime de Bachar El Assad.
M. Valery Vorobiev : «Même s'il est vrai que le monde est partagé à ce sujet, il n'en demeure pas moins que toute frappe militaire contre la Syrie serait contraire aux dispositions du Droit international. Une frappe militaire contre une nation souveraine ne peut être autorisée que par le Conseil de sécurité des Nations Unies, selon le chapitre 7 ou l'article 51 de la Charte des Nations Unies.
J'ai eu l'occasion de discuter de cette grave crise avec mes collegues à Rabat, je leur ai dit ce que j'ai dit aussi à mes amis marocains: «quelle est la solution à cette crise? Ce n'est sûrement pas une frappe militaire contre la Syrie qui va faire évoluer la situation dans ce pays. De toute manière, l'armée syrienne va se battre jusqu'au bout. Pour les soldats syriens, c'est soit la victoire, soit leur mort».
«Rappelez-vous l'intervention militaire de l'OTAN en Libye, les milliers de victimes qu'elle a entraînée, la mort tragique de Kaddhafi, qui n'est pas sans rappeler l'exécution de Saddam Hussein le jour de l'Aïd El Adha. L'humanité dans son ensemble a dénoncé la manière terrible dont tous ces dirigeants arabes déchus ont été exécutés. C'est une guerre injuste que l'on veut aujourd'hui livrer contre la Syrie, autant que les autres guerres injustes qui ont semé mort et destruction dans les pays arabes qui en ont précédemment été victimes.
Les principes démocratiques ne peuvent s'enraciner et s'épanouir dans un pays qu'à la manière et au rythme voulu par le peuple de ce pays.
De nombreuses critiques ont, en effet, été adressées à la Russie, l'accusant de protéger le régime du président syrien Bachar El Assad, ce à quoi nous répondons que nous défendons tout simplement la légalité, le Droit international.
Le Président Vladimir Poutine a souligné à maintes reprises sa volonté de résoudre cette crise par des moyens politiques afin d'éviter le pire à la région du Moyen Orient et au reste du monde.
La Russie a récemment dévoilé, comme vous ne devez pas manquer de le savoir, le tir de deux missiles en Méditerranée orientale, que l'Israël et les Etats-Unis d'Amérique ont fini par reconnaître par la suite en être les auteurs. Dans cette situation d'extrême tension au Moyen Orient, comportant un véritable risque de dégénérescence en conflit militaire, le président Poutine a vivement dénoncé la menace d'intervention militaire américaine contre la Syrie.
L'Opinion : La Russie devait livrer des batteries de missiles sol-air S-300 à la Syrie, qu'en est-il à ce sujet ?
M. Valery Vorobiev : «En ce qui concerne les missiles sol-air S-300, les livraisons en Syrie ont été suspendues.
Toutefois le système de défense contre aérienne S-300, dont le commerce n'est pas prohibé, est indéniablement le plus moderne et le plus performant au monde. La Russie commercialise et exporte ce produit militaire en toute légalité».
L'Opinion : Sur quoi a abouti la rencontre qui a eu lieu dernièrement entre le Président Vladimir Poutine et le chef des services de renseignement saoudien, le Prince Bandar Ben Sultan ?
M. Valery Vorobiev : «Tout d'abord je voudrais souligner le caractère amical des relations russo-saoudiennes. En ce qui concerne cette rencontre, les médias internationaux et russes en ont beaucoup parlé.
L'objectif de cette rencontre, qui a porté sur l'arrêt du bain de sang en Syrie et la destruction de ce pays, était de parvenir à des solutions pacifiques pour résoudre la crise syrienne. Sauf qu'en raison des divergences de point de vue entre les deux parties, il s'est avéré difficile de parvenir à produire de telles solutions».
L'Opinion : Les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) semblent promis à faire de plus en plus contrepoids à la domination économique des pays occidentaux. Est-ce le début d'une nouvelle confrontation de blocs ?
M. Valery Vorobiev : «À présent il n'y a aucune confrontation de blocs. Le BRICS n'est pas une entité juridiquement constituée. Ce n'est pas, non plus, une organisation politique. Il a surtout une dimension économique.
Les pays du BRICS ont acquis une grande importance à l'échelle mondiale depuis qu'ils se sont imposés en tant que puissances économiques émergentes. La Chine est devenue une puissance industrielle et compte plus d'un milliard trois cent millions d'habitants. L'Inde en compte, de son côté, près d'un milliard. Le Brésil est devenu la locomotive économique de l'Amérique latine, le poids de l'Afrique du Sud dans le continent africain n'est pas non plus négligeable. Ce sont des pays qui sont en train de relever le défi de l'industrialisation, qui gagnent en puissance au niveau de leur région respective et à l'échelle mondiale. Il y a évidemment des intérêts contradictoires entre les pays occidentaux et le BRICS sur des questions d'ordre économique. Mais le BRICS ne s'inscrit pas en opposition aux pays industrialisés d'Occident».
«La Russie s'est engagée, depuis la disparition de l'URSS, dans l'économie de marché. Elle attache en effet une grande importance à ce groupement informel de nature économique. C'est évident rien qu'en observant l'ordre des rencontres du président Poutine au cours de la réunion du G20, à Saint-Pétersbourg. La première rencontre du Président Poutine a eu lieu avec le Président chinois, ensuite le Premier ministre du Japon, la troisième avec le Chef du gouvernement italien, en tant que représentant de l'Union Européenne, et la quatrième avec les Chefs d'Etats des pays du BRICS.
L'Opinion : Quelle estimation pouvez-vous faire des relations maroco-russe ?
M. Valery Vorobiev : «L'URSS a été l'un des tous premiers pays à reconnaître l'indépendance du Maroc, en 1956. Les relations entre les deux pays ont été, depuis lors, toujours de bonne qualité. Je voudrais, à ce sujet, rappeler le message de félicitations très cordial adressé récemment par le Président Poutine à SM le Roi Mohammed VI à l'occasion de son 50ème anniversaire.
Actuellement, les relations entre nos deux pays connaissent un véritable renouveau stratégique et un développement important et continu, et ce dans plusieurs domaines économiques, y compris la pêche maritime. Nous avons, d'autre part, établis des accords dans le domaine militaire et technique, ce qui met en exergue la profondeur desdites relations. Nos entreprises participent également à la construction de barrages au Maroc.
Il existe, bien entendu, d'importantes possibilités et opportunités d'étendre ces relations dans tous les domaines.
Les relations entre les deux pays peuvent s'appuyer sur tout un arsenal juridique. Une vingtaine d'accords et de conventions ont été signés entre les gouvernements des deux pays, des instruments juridiques qui permettent d'encadrer au mieux les relations entre la Fédération de Russie et le Royaume du Maroc.
Toujours dans le cadre des domaines de coopération entre nos deux pays, les universités et instituts supérieurs de Russie produisent chaque année plusieurs lauréats marocains».
L'Opinion : Quelle est la vision géopolitique de la Russie envers le Maroc ?
M. Valery Vorobiev : «Le Maroc est indéniablement un pays fort intéressant du point de vue stratégique, en raison de son ouverture sur la mer Méditerranée et l'océan Atlantique. Nous avons depuis longtemps des liens de partenariat et notre intérêt s'est encore renforcé suite à ce qui a été convenu d'appeler le «printemps arabe». Tout le Moyen Orient et l'Afrique du nord ont été concernés. Seul le Maroc est apparu alors comme un pays où règnent sécurité, stabilité et liberté. C'est comme un îlot de paix avec, tout autour, un océan politique tourmenté.
Il y a aussi des autres raisons stratégiques qui motivent la Russie dans sa volonté de développer davantage les relations amicales et fructueuses avec le Maroc. Ce pays est lié à l'Europe, dont il n'est physiquement séparé que par les 14 Kms du détroit de Gibraltar, par d'importants accords de coopération dans les domaines économiques et commerciaux. Le Royaume développe également des relations très étroites et multiformes avec les pays du Moyen Orient et d'Afrique subsaharienne.
L'Opinion : Le Maroc, comme la Russie en Tchétchénie, est confronté au séparatisme armé dans ses provinces du sud. Quelle est la position de la Fédération de Russie à ce sujet ?
M. Valery Vorobiev : «La république de Tchétchénie fait partie intégrante de la Fédération de Russie, un fait juridiquement établi et incontestable. Deux guerres ont opposés dans le passé l'armée russe à des bandes terroristes armées en Tchétchénie. Mais actuellement, il ne reste plus rien de tout ça. La république de Tchétchénie se développe comme les autres collectivités composantes de la Fédération de Russie et a récemment accueilli la plus grande mosquée d'Europe.
Concernant la question du Sahara occidental, la Russie est toujours attaché, à ce sujet, au respect du Droit international et aux résolutions des Nations Unies».


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