La ville de Tanger a abrité le 10 et 11 octobre courant, une rencontre entre les critiques de cinéma et le cinéaste Nabyl Ayouch, organisée par l'Association Marocaine des Critiques de Cinéma (A.M.C.C.), une occasion de faire un bilan critique sur l'oeuvre complète de ce cinéaste, analyser ses films, distinguer son style, dévoiler ses discours. Il est vrai que Nabyl Ayouch est l'une des révélations marocaines du festival national du film, organisé à Tanger en 1995, cette édition qui permit aux jeunes cinéastes marocains d'ailleurs, de soumettre leurs films à la compétition, à l'instar de leurs compatriotes d'ici. Ayouch, comme Myriam Bakir, Rachid Boutounes, Noureddine Lakhmari, Hassan Lagzouli, Hassan Alaoui, Ismail Ferrouki, étaient des cinéastes en herbe, partis dans leur plupart faire d'abord des études scientifiques ou littéraires en Europe avant de les arrêter prématurément et donner libre cours à leur hobby de toujours, qu'est le cinéma, en étudiant ou tout simplement en pratiquant. C'est de cette manière que le public marocain a découvert les nouveaux talents, évoluant ailleurs certes, mais constituant à coup sur la relève d'une génération de cinéastes nationaux qui commence à s'essouffler. Ce sont eux qui réalisent aujourd'hui la plupart des films marocains et Nabyl Ayouch en est un principal moteur. En 1995, il avait déjà à son actif trois courts métrages: «Les pierres bleues du désert», «Hertzienne connexion» et «Le vendeur de journaux», des films abordant des sujets variés mais efficaces dans leur approche. Entouré d'équipes techniques françaises largement expérimentées, Ayouch n'avait aucun bénéfice de doute sur ce plan. Trois plus tard, il réalise «Mektoub», un film qui s'apparente honorablement au genre road-movie et qu'il dirige efficacement grace à la complicité d'un casting de premier choix comprenant El Ouali, Miftah, Bensaidi, Chabli, tous convaincants dans leurs rôles respectifs. Reposant sur une intrigue policière à l'instar des films du genre, «Mektoub» va témoigner du talent et la compétence reconnue du jeune cinéaste d'à peine 28 ans. Son film suivant, ovationné à tort d'ailleurs, n'a pas hélas les qualités du premier. En traitant avec «Ali Zaoua» un sujet social, comme pour faire preuve d'un ancrage marocain soupçonné, Ayouch va privilégier l'aspect documentaire sur le volet primordial de la fiction qui reste sans grande consistance malgré la présence d'une intrigue au début, cependant maladroitement exploitée. Avec «Une minute de soleil en moins», commandité par la chaine ARTE, le cinéaste gagne encore en sujet mais perd davantage en efficacité. Le film relate les péripéties d'un flic plus préoccupé par ses obsessions sexuelles que par l'exercice de sa fonction un film tourné à Tanger avec de la figuration «marocaine», pas plus, les roles principaux étant confiés à Lubna Azebal, tout au début de sa carrière, et Noureddine Ourahou, carrément un inconnu. De même pour son film suivant dont le titre est originalement en anglais: «Whatever Lola Wantes», par lequel le cinéaste part à la quête de l'identité à travers une danseuse américaine férue de danse orientale. L'ambiguïté du film est largement traduite par le titre et le film reste sans grande ambition pourtant le quatrième de la filmographie. Et Ayouch voulait surement gagner en ambition avec ses «Chevaux de Dieu», collant puissamment à l'actualité politique internationale. Cependant, le réalisateur, certainement sans grande culture politique, indispensable pour cerner le phénomène, va ignorer délibérément cet aspect pour évoquer les seules raisons sociales aboutissant aux actes. Ce n'est pas suffisant. Comme l'ambition à elle seule n'est pas suffisante pour «accoucher» à chaque fois d'une oeuvre efficace.