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BONNES FEUILLES : Lettre à un vivant (A Assou d'Azrou)
Publié dans L'opinion le 06 - 09 - 2015

Entre Assou et moi, c'est une longue histoire qui remonte presque à la genèse, à la genèse qui a du mal à éclairer les biblistes et les archéologues.
C'était en 1948, pour redonner à l'histoire un regain de jeunesse à l'époque où la famine faisait encore des ravages, malgré le retour de la paix, une époque terrible dont je me souviendrai toujours, l'époque où je servais de Factotum aux braves prostituées d'Azrou. Quand je quittais les maisons du plaisir, j'avais le ventre plein et les poches aussi, grâce à la générosité des amants des Cheikhates.
Quand je pense à Assou, une autre aventure me revient à l'esprit comme un fantôme qui s'amuse à me harceler, notre raid dans le verger d'un Français d'Azrou pour déterrer, en hiver, des pommes à moitié abimées, enfouies sous un linceul de pesticides.
Nous les avions déterrées, les pommes aux joues roses parce que, nous avions faim, mais le lendemain, quel supplice ! je crus que j'allais mourir, une diarrhée terrible, je crus que j'allais dépasser les frontières de l'au-delà et que mes pauvres intestins allaient foutre le camp, alors que j'étais encore debout, je puais l'odeur de la mort et quand je croisais quelques rares passants, les pauvres s'écartaient pour éviter les effluves de la puanteur.
Je perdis Assou de vue en 1954 et depuis ce temps-là, nos chemins cessèrent de se croiser et avec mes petits diplômes de Saint-Cyr, j'étais presque sûr d'avoir dit adieu à la misère et à la solitude. Quant à Assou, ce que j'appris bien des années plus tard, il avait atterri à Lyon pour un stage de mécano à la maison Berliet.
Au début, à Lyon, les mécaniciens et l'Administration regardaient Assou tout en rigolant sous cape. Ils devaient se demander si le brave stagiaire allait faire la différence entre le moteur d'un camion et les roues qui lui servent de luge ; mais Assou savait garder son calme en écoutant les tressaillements des moteurs avant d'établir son diagnostic.
Au bout de quelques mois, le chef de l'usine convoqua le jeune d'Azrou pour lui déclarer :
-« Monsieur, Assou, je crois que vous avez des dons pour la mécanique, et c'est pour ça que je vous propose un bon poste parmi nous à la fin de votre stage, faites venir votre femme en France et je vous garantis un bon avenir ! »
-« Je vous suis reconnaissant, monsieur le Directeur, mais je suis déjà, hélas ! piégé par un contrat que j'ai signé avant de venir ici et pourtant, je me sens bien ici dans ce beau pays »
A Lyon, les week-ends, Assou fréquentait toujours les mêmes lieux, aucune envie de partir à la découverte des secrets de la ville, il revenait souvent sur le parvis de la gare d'où il observait les voyageurs affolés, mendiants et clochards qui roupillaient le jour en attendant la lumière des étoiles.
Il s'ennuyait quand même, Assou, malgré le spectacle vivant qui se roulait sous ses yeux dans le grand théâtre comme au temps de la gloire de l'empire romain. Et Assou de s'aventurer dans une ruelle de la ville histoire de se dégourdir les jambes. Les bistrots et les restos étaient pleins de monde, la foule déambulait dans les rues, Assou ne connaissait personne dans ce monde un peu étrange.
Mais, heureusement, que la chaleur, les gesticulations de la foule lui réchauffaient le cœur. Dans la rue, Assou gardait le silence, même s'il lui arrivait parfois de ressasser des: « pardon madame, pardon monsieur », alors qu'il ne dérangeait personne, lorsqu'une jeune et jolie femme s'adressa à lui :
-« Bonjour monsieur Assou, quel plaisir de vous revoir et ça tombe bien, ce jour est le jour de mon anniversaire et ça me ferait plaisir de vous inviter à diner !»
C'était la secrétaire du patron de l'usine et Assou accepta l'invitation de la jeune femme et Jacqueline, la secrétaire amena Assou à la terrasse d'une brasserie. Ils commencèrent par déguster quelques verres du bon vin des Côtes du Rhône dans les remparts de la célèbre cuisine de Lyon. Au début, Assou faisait un peu la grimace, lui qui ne baignait pas dans l'alcool, mais après quelques gorgées qui coulaient comme les eaux du Rhône vers la mer bleue, il finit par rendre hommage au bon vin rouge, symbole de la souffrance du Christ.
Il était heureux, Assou, avec la jolie secrétaire, car il avait besoin d'un peu de tendresse comme tous les immigrés qui avaient laissé leur moitié au fin fond du bled.
Bien des années après notre exode, on se retrouva avec ma femme Pascale chez Assou, dans la plaine d'El Jadida. Ce fut un choc, nous sentions, avec Assou monter en nous toutes les vagues de la nostalgie, pendant que nos braves femmes jacassaient dans un mélange d'arabe, de Français et de berbère.
A la retraite, Assou opta pour l'apiculture, sur mes conseils, naturellement, pour oublier les gaz mortels des moteurs fatigués. Et Assou devint apiculteur transhumant entre les plaines d'El Jadida et les plateaux d'Azilal. Il vivait là-haut sous sa tente près de ses abeilles, seul, comme un ermite isolé du monde.
Le soir, il s'amusait à contempler les étoiles et à en compter le nombre comme Abraham et à se demander parfois, quand son cœur prenait de l'élan, pourquoi le bon Dieu ne le coucherait pas sur la liste des innocents...


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