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Le Maroc érige un rempart logistique contre les catastrophes
Publié dans Maroc Diplomatique le 19 - 06 - 2025

Au nord-est de Salé dans la commune d'Ameur, une terre de 20 hectares s'apprête à devenir le cœur battant de la résilience marocaine. Le mercredi 8 mai, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, accompagné de Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan, a lancé les travaux de construction de la plateforme régionale de réserves de première nécessité de Rabat-Salé-Kénitra. Un chantier structurant, à la fois discret et stratégique, qui incarne la volonté du Royaume de renforcer sa capacité de réaction rapide face aux catastrophes naturelles ou industrielles.
Porté par une Vision Royale proactive, ce projet ne se résume pas à un simple entrepôt logistique. Il incarne un véritable changement de paradigme dans la gestion des crises. Plutôt que de subir l'urgence, le Maroc s'y prépare méthodiquement, avec une infrastructure dédiée au stockage et au déploiement immédiat d'équipements vitaux : tentes, lits, médicaments, denrées alimentaires, unités médicales, systèmes de purification d'eau, générateurs électriques, entre autres.
Ce dispositif se veut à la fois modulaire et décentralisé. Le projet de Rabat-Salé-Kénitra n'est en effet que la première pièce d'un puzzle national : douze plateformes similaires seront déployées dans l'ensemble des régions du Royaume, mobilisant un budget global d'environ 7 milliards de dirhams, dont 2 milliards pour la construction et 5 milliards pour l'acquisition des produits et équipements.
La répartition des plateformes est pensée en fonction des spécificités démographiques, géographiques et climatiques de chaque région. Les six grandes régions que sont Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Tanger-Tétouan-Al Hoceima et Souss-Massa disposeront chacune de quatre entrepôts couvrant une surface totale de 20 000 m2. Les six autres régions, à moindre densité ou à risques différenciés, seront dotées de deux entrepôts de 10 000 m2 chacun.
Cette territorialisation s'accompagne d'une standardisation rigoureuse des équipements de secours. Chaque plateforme intègrera un héliport, des parkings pour véhicules d'intervention, des abris pour le matériel hors gabarit, et des systèmes de stockage adaptés aux contraintes sanitaires, notamment pour les médicaments et les denrées périssables. L'ensemble reposera sur une gestion fine du stock, conforme aux meilleures pratiques internationales.
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Anticiper l'imprévisible
L'ambition du programme est limpide : répondre dans les toutes premières heures à tout scénario de catastrophe, naturelle ou technologique. Tremblements de terre, inondations, glissements de terrain, crues soudaines, accidents industriels ou même incidents radiologiques : le spectre des risques pris en compte est vaste. La mise à disposition de 200 000 tentes polyvalentes, de cuisines et boulangeries mobiles, d'unités de potabilisation de l'eau et de générateurs électriques permettra d'assurer la survie et la dignité des populations sinistrées.
En matière de santé, l'effort est tout aussi conséquent. Douze hôpitaux de campagne, répartis en deux phases, seront mis en réserve, chacun d'une capacité de 50 lits. Ces structures incluront des modules opératoires, des équipements d'urgences multispécialités, et des stocks stratégiques de médicaments. Des postes médicaux avancés viendront compléter cet arsenal en assurant le tri et les premiers soins sur le terrain.
Le programme national de réserves logistiques tire une partie de sa légitimité du traumatisme collectif provoqué par le séisme d'Al Haouz, qui a mis en lumière la nécessité d'un maillage territorial capable de répondre à la détresse en quelques heures. Selon les estimations officielles, les plateformes en construction permettront de tripler les capacités de réponse mobilisées lors de cette catastrophe, offrant ainsi un filet de sécurité inégalé.
Plus encore, cette démarche jette les bases d'un écosystème industriel et logistique souverain. En favorisant la production locale d'équipements de secours, le Maroc ambitionne de se doter d'une autonomie stratégique dans un domaine longtemps dépendant des chaînes d'approvisionnement internationales.
Gouvernance, sécurité, logistique : une stratégie intégrée
La conception de ces plateformes a été confiée à des équipes pluridisciplinaires, combinant expertise sécuritaire, ingénierie logistique et standards sanitaires. Les sites ont été sélectionnés avec minutie, sur la base de critères de résilience sismique, d'accessibilité routière, de proximité avec les zones à risque, et de sécurité physique des infrastructures.
La gestion des stocks alimentaires et pharmaceutiques sera assurée par des unités spécialisées, soumises à des règles strictes de traçabilité, de rotation et de conformité aux normes de conservation. Le tout sera supervisé par un système d'information intégré, permettant un suivi en temps réel des niveaux de stock, des mouvements logistiques et des déclenchements d'opérations d'urgence.
En se dotant de cette architecture de secours inédite sur le continent africain, le Maroc affirme une fois de plus son rôle de pionnier dans la gestion souveraine des crises. Ce modèle de plateformes régionales ne répond pas uniquement à une logique nationale, mais s'inscrit dans une vision plus large de coopération Sud-Sud. Dans l'avenir, le Royaume pourrait, si nécessaire, étendre son assistance à des pays voisins en situation de détresse, renforçant ainsi son positionnement en tant que puissance stabilisatrice au sein du continent.
S.M. le Roi Mohammed VI donne le coup d'envoi à la LGV Kénitra–Marrakech
C'est dans une atmosphère sobre mais empreinte de solennité, que S.M. le Roi Mohammed VI a lancé à Rabat, le 24 avril, les travaux de la future Ligne à Grande Vitesse (LGV) reliant Kénitra à Marrakech. Ce chantier emblématique, qui mobilisera un investissement global de 96 milliards de dirhams, entend transformer durablement l'architecture ferroviaire marocaine. Il prolonge la dynamique enclenchée en 2018 avec la mise en service de la ligne Tanger–Kénitra, première du genre en Afrique.
Le tracé reliera Rabat, Casablanca et Marrakech, en desservant les aéroports internationaux de Rabat-Salé et de Casablanca, ainsi que le futur stade de Benslimane. À terme, les temps de trajet seront divisés de moitié : Tanger–Marrakech sera parcouru en 2h40 contre plus de 5h aujourd'hui, tandis que Rabat–Aéroport Mohammed V se fera en 35 minutes. Le trajet Fès–Marrakech sera également optimisé avec un temps de parcours de 3h40, en combinant ligne classique et LGV.
Outre la réalisation de la ligne à 350 km/h, le projet comprend la modernisation des gares, la construction d'un centre de maintenance à Marrakech, et l'aménagement des zones terminales dans les trois grandes métropoles. Parallèlement, le développement de trains métropolitains de proximité (TMP) apportera une réponse concrète aux besoins croissants de mobilité urbaine, en particulier à Casablanca, Rabat et Marrakech.
Au cœur de cette stratégie, l'ONCF engage aussi un programme de renouvellement de son matériel roulant, avec l'acquisition de 168 trains pour un montant de 29 milliards de dirhams. Ces nouveaux équipements — rames grande vitesse, trains inter-villes, navettes rapides et unités urbaines — visent à répondre à la croissance prévue du trafic à l'horizon 2030, tout en renforçant les performances opérationnelles du réseau.
Mais l'enjeu est aussi industriel : un taux d'intégration locale de plus de 40 % est visé, avec la mise en place d'une unité de fabrication nationale, soutenue par un écosystème de sous-traitants marocains. Une joint-venture avec les constructeurs permettra également d'assurer la maintenance sur toute la durée de vie des trains, consolidant ainsi les compétences locales. Ce programme, étalé sur dix ans, générera des milliers d'emplois directs et indirects, et contribuera à l'émergence d'une filière ferroviaire nationale.


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