Reçu à Marrakech par son homologue marocain, le ministre français de l'Intérieur M. Laurent Nuñez a réaffirmé la place centrale du Maroc dans la stratégie sécuritaire de la France. Cette visite s'inscrit dans une volonté partagée de consolider une coopération essentielle pour relever les principaux défis régionaux. En marge de la 93e session de l'Assemblée générale d'Interpol, M. Laurent Nuñez a effectué, mardi 25 novembre, à Marrakech, une visite officielle marquée par un échange de haut niveau avec son homologue marocain, M. Abdelouafi Laftit. Cet entretien a confirmé la dynamique stratégique qui structure désormais la coopération sécuritaire entre Rabat et Paris. À l'issue de la rencontre, dans une déclaration à la presse, le responsable français a affirmé que « le Maroc et la France entretiennent une excellente coopération dans le domaine sécuritaire, notamment en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée », insistant sur l'importance de préserver ce niveau de coordination entre les deux pays. Le ministre français a indiqué être « très attaché au maintien de cette coopération » qui, selon lui, doit évoluer dans les mêmes orientations. Il a également salué la qualité des relations bilatérales qu'il a qualifiées de « très élevées » et a rappelé qu'elles couvrent un large spectre d'enjeux, y compris la sécurité civile. M. Laurent Nuñez a tenu à réaffirmer que « nous allons continuer dans la même direction » et que cette coopération sera renforcée. Sur son compte X, le ministre français a souligné le rôle déterminant du partenariat sécuritaire avec Rabat, déclarant : « Très heureux d'avoir rencontré à Marrakech mon homologue marocain, le ministre de l'Intérieur M. Abdelouafi Laftit. Notre haut niveau de coopération bilatérale sur des enjeux de sécurité majeurs a plusieurs fois été déterminant et est essentiel aujourd'hui pour la poursuite de nos excellentes relations et de nos échanges constructifs sur des sujets prioritaires : lutte contre le terrorisme, contre la criminalité organisée et spécifiquement le narcotrafic, la cybercriminalité, la sécurité civile et la question migratoire ». Lire aussi : Education financière : Un partenariat renforcé entre l'ACAPS et la Banque de France Coopérer avec le Maroc pour la sécurité internationale Cette déclaration fait écho à un processus de consolidation diplomatique et sécuritaire initié depuis 2024. La coopération entre les deux pays connaît une restructuration organisée autour d'un partenariat stratégique renforcé qui a pris forme après la visite d'Etat du président Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024. Depuis, plusieurs instruments juridiques et mécanismes institutionnels ont été mis en place. La Commission militaire mixte, réunie fin 2024 à Rabat entre le Général Mohammed Berrid et son homologue français Thierry Burkhard, a instauré un dialogue annuel permettant la planification directe des opérations et exercices conjoints. La dynamique a connu une accélération en 2025 au niveau policier. La signature du Plan d'action conjoint DGSN-DGST avec la Police nationale française, le 24 juin 2025, représente l'illustration la plus claire de ce rapprochement. Ce document fixe les mécanismes d'échange de renseignements, de lutte contre la criminalité transfrontalière et met en place des groupes de travail permanents. Sur le plan judiciaire, la Déclaration conjointe entre les ministères de la Justice, signée le 10 mars 2025, renforce la lutte contre les réseaux terroristes et le crime organisé. Ce dispositif a été souligné par le ministre de la Justice M. Gérald Darmanin, qui avait déclaré lors d'un entretien accordé à la chaîne 2MTV, le 9 mars 2025, que « sans le travail du Maroc, la France serait moins sûre ». Des opérations conjointes La lutte contre le crime organisé s'illustre également par des opérations conjointes. Rabat a contribué au démantèlement de réseaux de trafic d'êtres humains et d'immigration clandestine, tandis qu'une opération Maroc-Espagne-France a permis, en juillet 2025, la saisie de plus de quinze tonnes de résine de cannabis à Almería grâce à des renseignements marocains. S'ajoute à cela l'arrestation de suspects recherchés en France, notamment celle du narcotrafiquant Mohamed Amra, dont l'évasion en 2024 avait provoqué une crise sécuritaire en France. La question migratoire s'est, elle aussi, dotée d'un cadre structuré avec la mise en place en avril 2025 d'un groupe mixte franco-marocain chargé d'identifier les migrants en situation irrégulière afin de fluidifier les procédures de réadmission. La coopération sécuritaire inclut aussi un volet de protection civile. Une déclaration d'intention signée en octobre 2024 prévoit l'échange d'expertise dans la gestion des catastrophes, ainsi que la préparation d'événements majeurs. Paris a d'ailleurs remercié Rabat pour les moyens mobilisés en faveur de la sécurité des Jeux olympiques de 2024, et a proposé son expertise pour l'organisation de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030 au Maroc. Ce rapprochement s'inscrit dans un contexte géopolitique particulier. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara, en juillet 2024, a constitué un tournant diplomatique. Paris avait explicitement affirmé que « la souveraineté du Maroc représente le seul cadre viable » pour la résolution de ce dossier, ouvrant une phase nouvelle dans les relations entre les deux pays et redéfinissant le paysage stratégique en Afrique du Nord.