Par Hakim Benmoussa* Qui ne se rappelle pas de la tragédie de Safi ? La ville côtière a été frappée par des pluies diluviennes provoquant des inondations soudaines. Des quartiers entiers ont été submergés, les routes coupées, et plusieurs victimes ont été recensées, prises au piège dans les rues, leurs habitations ou véhicules. Ce type d'événement n'est ni exceptionnel ni imprévisible. Ce qui est tragique, c'est qu'une meilleure préparation, une alerte diffusée efficacement, et des infrastructures adaptées auraient pu éviter ces pertes humaines. Alertes météorologiques : un système à optimiser Le Maroc dispose déjà d'un dispositif officiel de vigilance et d'alerte météorologique, assuré par la Direction Générale de la Météorologie (DGM). Ces bulletins constituent un socle scientifique solide, fondé sur des modèles de prévision de plus en plus performants. Toutefois, entre la production de l'alerte et son appropriation par la population, plusieurs maillons restent fragiles, ce qui limite fortement l'impact opérationnel du système. En premier lieu, le contenu des alertes demeure souvent trop technique. Les codes de couleur, les termes météorologiques spécialisés (cumuls en millimètres, intensité horaire, phénomènes convectifs) ou les zones géographiques imprécises rendent le message difficilement compréhensible pour le grand public. Une alerte n'est réellement efficace que si le citoyen comprend immédiatement ce qui va se passer, quand, où, et surtout ce qu'il doit faire. Sans traduction claire en consignes concrètes (éviter les déplacements, ne pas traverser les oueds, sécuriser les biens, se mettre en hauteur), l'information reste abstraite et peu mobilisatrice. Ensuite, la diffusion des alertes reste inégale sur le territoire. En l'absence d'un système national intégré de diffusion d'urgence, l'information ne parvient pas de manière homogène à toutes les populations, en particulier dans les zones rurales ou périurbaines. L'absence de sirènes d'alerte, de messages SMS géolocalisés, ou de notifications prioritaires sur les téléphones mobiles crée une rupture entre les centres de décision et les citoyens exposés. Beaucoup de personnes découvrent l'événement une fois qu'il est déjà en cours, souvent par le bouche-à-oreille ou les réseaux sociaux, trop tard pour agir efficacement. Un autre point critique concerne la culture du risque. Peu de citoyens savent comment réagir face à une alerte météorologique, ni vers quelles sources fiables se tourner. L'alerte est perçue comme une information parmi d'autres, et non comme un signal déclencheur de comportements de protection. Cette lacune est directement liée au manque de campagnes de sensibilisation régulières, d'exercices, et d'éducation aux risques dès l'école. Le cas de Safi illustre clairement ces faiblesses. Des prévisions d'orages violents et de fortes précipitations avaient bien été émises en amont. Toutefois, aucune mesure préventive visible n'a accompagné ces alertes : pas d'évacuation ciblée des zones à risque, pas de consignes claires relayées par les autorités locales, ni de mobilisation préventive des services de proximité. Résultat, une grande partie de la population a été prise au dépourvu, exposée soudainement à des inondations rapides et dangereuses. LIRE AUSSI : Pluies, neige et oubli : Chronique d'un pays à deux vitesses Face à ces constats, la mise en place d'un réseau multicanal d'alerte devient indispensable. Celui-ci doit combiner SMS géolocalisés, radios locales, télévision, réseaux sociaux officiels, applications mobiles, et, lorsque pertinent, sirènes d'alerte dans les zones exposées. Le message doit être court, clair, répétitif et orienté vers l'action. Une alerte efficace ne sauve pas des vies par sa précision scientifique seule, mais par sa capacité à provoquer une réaction rapide, comprise et partagée par tous. Prévention et aménagement du territoire : le socle de la résilience La prévention des inondations repose avant tout sur une planification territoriale intelligente, anticipative et fondée sur l'analyse des risques. Or, à Safi comme dans de nombreuses villes marocaines, la pression démographique, l'urbanisation rapide et parfois informelle ont conduit à une occupation de l'espace sans prise en compte suffisante des contraintes naturelles. Des habitations, des équipements publics et des infrastructures critiques ont ainsi été implantés dans des zones intrinsèquement vulnérables : lits d'oued, zones basses, flancs de collines instables ou bassins naturels de ruissellement. Ces espaces, qui jouent un rôle essentiel dans l'écoulement et l'absorption des eaux pluviales, deviennent alors des pièges lors d'épisodes de fortes précipitations. En l'absence de réseaux de drainage dimensionnés pour des pluies intenses, de bassins de rétention capables de ralentir les flux, ou de zones tampons servant de champs d'expansion des crues, l'eau ne peut ni s'infiltrer ni être évacuée correctement. Elle s'accumule brutalement, provoquant des inondations rapides, souvent imprévisibles à l'échelle du quartier, avec des conséquences humaines et matérielles majeures. Cette situation met en évidence un déficit de planification préventive intégrée, où l'aménagement urbain, la gestion des eaux pluviales et la sécurité civile devraient fonctionner de manière coordonnée. La réponse ne peut se limiter à des interventions d'urgence après coup ; elle doit s'inscrire dans une stratégie de long terme, structurée autour de plusieurs axes essentiels. Il est ainsi indispensable de cartographier précisément les zones à risque, en s'appuyant sur des données hydrologiques, topographiques et climatiques actualisées. Ces cartes doivent être opposables, intégrées aux documents d'urbanisme et partagées avec les collectivités locales, les promoteurs et le public. Elles constituent la base de toute décision d'aménagement responsable. Sur cette base, il devient impératif d'interdire strictement la construction dans les zones inondables, ou à défaut d'imposer des normes de construction adaptées (rehaussement des bâtiments, matériaux résistants à l'eau, voies d'évacuation). La prévention passe parfois par des choix politiquement difficiles, mais nécessaires pour éviter des drames humains répétés. Parallèlement, la résilience urbaine repose aussi sur le facteur humain. Il est essentiel de former les citoyens aux gestes de premiers secours, aux comportements à adopter en cas d'inondation et aux plans d'évacuation. Une population informée réagit plus vite, se met moins en danger et facilite le travail des secours. Cette formation doit être continue, accessible et adaptée aux réalités locales. Enfin, l'organisation régulière d'exercices de simulation d'inondation, notamment dans les quartiers les plus exposés, permet de tester les plans, d'identifier les failles et de renforcer la coordination entre habitants, autorités locales et services de secours. Ces exercices transforment la culture du risque en réflexe opérationnel. En définitive, une ville bien préparée est une ville résiliente. Investir dans la planification, la prévention et la sensibilisation coûte toujours moins cher humainement et économiquement que de gérer les conséquences d'une catastrophe évitable. Changement climatique : Un multiplicateur de risques Le dérèglement climatique agit aujourd'hui comme un amplificateur majeur des risques naturels, en augmentant à la fois l'intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes. Vagues de chaleur prolongées, sécheresses sévères, mais aussi épisodes de pluies torrentielles et inondations soudaines deviennent plus fréquents, plus violents et plus difficiles à anticiper. Ces événements ne relèvent plus de l'exceptionnel : ils s'inscrivent désormais dans une nouvelle normalité climatique. Selon les conclusions les plus récentes du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le bassin méditerranéen figure parmi les régions les plus vulnérables au monde face au changement climatique. Cette zone est exposée à une combinaison particulièrement dangereuse : réchauffement plus rapide que la moyenne mondiale, raréfaction des ressources en eau, alternance de longues périodes sèches et de précipitations intenses concentrées sur de très courtes durées. Ce phénomène accroît considérablement le risque de crues éclair, notamment dans des contextes urbains mal préparés. LIRE AUSSI : Fès, de « ville sans bidonvilles » à ville sans garde-fous Or, un décalage critique persiste entre cette réalité climatique émergente et les infrastructures existantes, ainsi que les cadres de planification et de gestion des risques. Routes, réseaux d'assainissement, ouvrages hydrauliques et plans d'urbanisme ont, pour la plupart, été conçus sur la base de données historiques, correspondant à un climat désormais révolu. Ils ne sont ni dimensionnés ni pensés pour absorber des volumes d'eau extrêmes ou des chocs climatiques répétés, ce qui accroît mécaniquement la vulnérabilité des territoires. Face à cette évolution, une adaptation structurelle s'impose. Il devient indispensable de réactualiser les modèles hydrologiques et climatiques utilisés pour concevoir et planifier les infrastructures. Les références basées sur des périodes de retour anciennes doivent être remplacées par des scénarios intégrant des pluies plus intenses, plus brèves et plus localisées. Cette démarche permet d'anticiper les débordements, de recalibrer les réseaux et de renforcer les ouvrages critiques. De la même manière, il est essentiel de prendre en compte les projections climatiques dans l'aménagement du territoire. Les choix d'urbanisation, de densification ou de développement économique doivent être évalués à l'aune de leur exposition future aux aléas climatiques, et non plus uniquement sur des considérations foncières ou économiques immédiates. Adapter le territoire aujourd'hui, c'est éviter de créer les catastrophes de demain. Enfin, le climat doit être pleinement intégré dans les politiques publiques locales, qu'il s'agisse d'urbanisme, de transport, d'éducation ou de gestion des services essentiels. L'adaptation climatique ne peut plus être traitée comme un sujet technique isolé : elle doit devenir un fil conducteur des décisions publiques, impliquant élus, techniciens, éducateurs et citoyens. Le futur climatique reste incertain par nature. En revanche, l'inaction, elle, constitue un risque certain, un risque mesurable, documenté et évitable, si des décisions courageuses et anticipatrices sont prises dès aujourd'hui. Bonnes pratiques : Des modèles à suivre À travers le monde, plusieurs pays exposés à des risques hydrométéorologiques élevés ont démontré qu'il est possible de réduire significativement les pertes humaines et matérielles grâce à une préparation rigoureuse, une gouvernance claire et une forte culture du risque. Les Etats Unies, le Japon et les Pays-Bas en sont des exemples emblématiques, ayant transformé une contrainte géographique majeure en un levier d'innovation et de résilience. Les Etats-Unis se préparent et gèrent les catastrophes liées aux inondations au moyen d'un système à plusieurs niveaux qui intègre l'analyse des risques, l'atténuation, la préparation, la réponse et le relèvement, en mobilisant les partenaires fédéraux, étatiques, locaux et le secteur privé. Des agences fédérales telles que la Federal Emergency Management Agency (FEMA), la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et le U.S. Army Corps of Engineers jouent un rôle central en produisant des cartes des zones inondables, en exploitant des systèmes de prévision et d'alerte précoce, en construisant et en entretenant des digues et des ouvrages de contrôle des crues, et en administrant des programmes tels que le National Flood Insurance Program afin de réduire le risque financier. LIRE AUSSI : Trottinettes électriques : l'ombre des incendies de batteries lithium-ion Aux niveaux étatique et local, les agences de gestion des urgences intègrent le risque inondation dans l'aménagement du territoire, les codes du bâtiment et les stratégies de réduction des risques communautaires, tout en maintenant des plans d'évacuation, des capacités d'hébergement d'urgence et des systèmes d'alerte à la population. Lors des événements de crue, le National Incident Management System et l'Incident Command System fournissent un cadre normalisé pour la coordination, le déploiement des ressources et la prise de décision. Après la catastrophe, les efforts de relèvement se concentrent sur la restauration des infrastructures critiques, le soutien aux populations touchées et la mise en œuvre de mesures de mitigation, telles que les rachats de propriétés et les projets de surélévation afin de réduire la vulnérabilité face aux inondations futures. Au Japon, pays régulièrement confronté aux typhons, aux pluies intenses et aux crues soudaines, les autorités ont développé des cartes de risque interactives accessibles en ligne et sur mobile. Ces outils permettent à chaque citoyen d'identifier précisément les zones inondables, les hauteurs d'eau potentielles et les itinéraires d'évacuation sécurisés. Cette transparence de l'information est complétée par des exercices de simulation réguliers, organisés dans les écoles, les entreprises et les quartiers, afin d'ancrer les bons réflexes dès le plus jeune âge. La coordination étroite entre les services météorologiques, les collectivités locales et les médias garantit une diffusion rapide, cohérente et crédible des alertes et des consignes. Les Pays-Bas, dont une grande partie du territoire se situe sous le niveau de la mer, ont adopté une approche systémique de la gestion du risque d'inondation. Au-delà des ouvrages de protection, le pays mise sur une anticipation fine des scénarios, une communication permanente avec la population et une responsabilité clairement partagée entre l'Etat, les municipalités et les citoyens. Là encore, l'alerte n'est pas perçue comme un événement ponctuel, mais comme un processus continu de préparation. Plus près du contexte marocain, l'expérience du Sénégal, à travers le programme BRACED (Building Resilience and Adaptation to Climate Extremes and Disasters), illustre l'efficacité d'une approche communautaire. Ce projet a permis de former et d'équiper des comités locaux de résilience, capables d'interpréter les alertes, d'organiser des évacuations ciblées, de protéger les personnes vulnérables et de coordonner une réponse rapide lors des crues. En renforçant les capacités locales, BRACED a réduit la dépendance à une réponse centralisée souvent plus lente, tout en renforçant la confiance entre les populations et les autorités. Safi peut utilement s'inspirer de ces initiatives, en les adaptant à ses réalités territoriales, sociales et institutionnelles. Cela suppose en premier lieu l'élaboration d'un plan municipal de gestion des inondations, clairement structuré, définissant les rôles, les responsabilités, les zones prioritaires et les procédures d'alerte et d'évacuation. Ce plan doit être opérationnel, régulièrement mis à jour et testé. En parallèle, la mise en place de formations communautaires ciblées dans les quartiers les plus exposés permettrait de transformer les habitants en acteurs de leur propre sécurité. Ces formations peuvent porter sur la compréhension des alertes, les gestes de protection, l'assistance aux personnes vulnérables et la communication avec les services de secours. Enfin, la création des cellules de gestion de crise municipale ou régionales, mobilisable dans un délai maximal de 15 minutes après l'émission d'une alerte, constituerait un élément clé de la chaîne de décision. Dotée d'in système de gestion, des procédures claires et de canaux de communication préétablis, cette cellule garantirait une réaction rapide, coordonnée et proportionnée à la menace. Ces exemples démontrent qu'une catastrophe n'est jamais uniquement le résultat d'un aléa naturel, mais souvent la conséquence d'un déficit de préparation. S'inspirer des bonnes pratiques existantes, c'est accélérer l'apprentissage collectif et renforcer durablement la résilience de Safi. Vers une culture du risque : Changer de paradigme, développer une véritable culture du risque. La culture du risque reste désormais absente dans la société marocaine, le véritable défi ne réside pas uniquement dans les infrastructures ou les technologies d'alerte, mais dans notre rapport collectif aux catastrophes naturelles. Trop souvent, celles-ci sont perçues comme des fatalités inévitables, des événements imprévisibles face auxquels l'homme serait impuissant. Or, cette vision est largement erronée. Les aléas sont naturels, mais les catastrophes, elles, sont avant tout le produit de choix humains, d'un niveau de préparation insuffisant, d'une organisation déficiente ou d'une gouvernance inadaptée. Admettre que les catastrophes ne sont pas une fatalité, c'est reconnaître que l'impact d'un événement naturel dépend directement de la vulnérabilité de la société qui y est exposée. Une pluie intense ne devient une catastrophe que lorsqu'elle rencontre un territoire mal aménagé, une population non informée et des mécanismes de réponse inexistants ou défaillants. Changer de paradigme implique donc de passer d'une logique de réaction à une logique d'anticipation et de responsabilité partagée. Développer une culture du risque constitue le socle de cette transformation. Cela commence par l'éducation dès le plus jeune âge, afin que les enfants apprennent à reconnaître les signaux d'alerte, à comprendre les risques de leur environnement et à adopter les bons comportements en cas de danger. Intégrer ces notions dans les programmes scolaires permet de former, sur le long terme, des citoyens avertis et capables de réagir de manière appropriée. Cette culture du risque passe également par la responsabilisation des habitants. Les citoyens ne doivent pas être de simples bénéficiaires passifs des décisions publiques, mais des acteurs à part entière de la prévention. Signaler les débordements, les points noirs récurrents, les dysfonctionnements des réseaux ou les situations à risque contribue à une meilleure connaissance du terrain et à des décisions plus pertinentes. La participation aux concertations locales renforce par ailleurs l'adhésion aux mesures de prévention et aux plans d'urgence. En période de crise, la solidarité communautaire joue un rôle déterminant. Des voisins informés et organisés peuvent porter assistance aux personnes vulnérables, relayer les consignes, et éviter des comportements dangereux. Cette entraide, lorsqu'elle est structurée et encouragée, devient un véritable multiplicateur d'efficacité pour les services de secours. Enfin, instaurer une culture du risque suppose une gouvernance inclusive, associant experts, ingénieurs, climatologues, urbanistes, élus et citoyens. La complexité des risques contemporains exige des approches pluridisciplinaires et un dialogue constant entre savoir scientifique et connaissance du terrain. C'est à cette condition que les politiques de prévention gagnent en légitimité, en efficacité et en durabilité. Changer notre rapport aux catastrophes naturelles, c'est accepter que la sécurité collective est une construction sociale. Investir dans la culture du risque, c'est investir dans des vies humaines, dans la confiance publique et dans la résilience à long terme des territoires. La prise de conscience à l'action L'inondation de Safi n'est ni un accident isolé, ni une anomalie locale. Elle constitue au contraire le symptôme visible d'un retard collectif dans la gestion des risques climatiques, retard que l'on retrouve dans de nombreux territoires confrontés à une urbanisation rapide, à des infrastructures vieillissantes et à une préparation insuffisante face aux aléas extrêmes. Safi n'est pas une exception ; elle est un signal d'alarme. Pourtant, ce constat ne doit pas conduire au fatalisme. Les solutions existent. Les méthodes de cartographie des risques sont éprouvées, les modèles hydrologiques et climatiques sont disponibles, et les outils technologiques des systèmes d'alerte multicanaux, données satellitaires, modélisation en temps réel, plateformes de coordination sont aujourd'hui largement accessibles. Ce qui fait défaut n'est pas la connaissance, mais la volonté de transformer cette connaissance en décisions concrètes et durables. Sa Majesté Mohammed VI a porté une Vision ambitieuse et intégrée de la gestion des risques de catastrophes au Maroc, fondée sur la résilience, la solidarité nationale et le développement durable. Sous son leadership, la préparation et la réponse aux catastrophes ont été élevées au rang de priorité stratégique de l'Etat, avec un accent particulier mis sur l'anticipation, l'équité territoriale et la protection des populations vulnérables. Cette vision se traduit par des investissements soutenus dans les systèmes d'alerte précoce, les infrastructures de protection contre les inondations, la réduction du risque sismique et la modernisation de la protection civile et des services médicaux d'urgence, ainsi que par le renforcement de la coordination institutionnelle entre les ministères et les régions. Sa Majesté n'a cessé de souligner l'importance de la prévention proactive, de l'adaptation au changement climatique et d'un aménagement urbain et rural résilient, tout en garantissant une assistance rapide, digne et coordonnée aux communautés touchées lors des crises. Ancrée dans la solidarité nationale et renforcée par la coopération internationale, la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI fait de la gestion des catastrophes non seulement une fonction d'urgence, mais un pilier stratégique de la résilience sociale, économique et environnementale à long terme du Royaume. Le passage à l'action suppose avant tout un engagement politique clair et assumé, plaçant la prévention et l'adaptation climatique au cœur des priorités publiques. Il implique également un changement profond de culture, tant au niveau institutionnel que citoyen, afin de considérer la gestion des risques non comme un coût, mais comme un investissement stratégique pour la sécurité, le développement et la stabilité sociale. Enfin, cet engagement doit se traduire par des ressources humaines, techniques et financières dédiées à la prévention, car chaque dirham investi en amont permet d'éviter des pertes humaines irréversibles et des dommages économiques bien plus lourds en aval. La prévention n'est jamais visible lorsqu'elle réussit, mais son absence se paie toujours au prix fort. Comme le rappelle avec sagesse le proverbe : « Mieux vaut prévenir que guérir. » *Expert en gestion des désastres