L'escalade militaire au Moyen-Orient a secoué les marchés mondiaux. À la Bourse de Casablanca, où les petits porteurs semblent avoir cédé à la panique, la réaction est jugée excessive. Les analystes, pour leur part, appellent au discernement. Pris de vitesse par l'escalade militaire survenue au Moyen-Orient, la Bourse de Casablanca a prolongé lundi son mouvement de repli. Au terme de la séance du 9 mars, le MASI a cédé 3,3% pour terminer la séance autour de 16 555 points, portant sa performance annuelle à –12,27%. «Il faut raison garder. Un recul de cette nature, dans ce contexte, ne suffit pas à qualifier un bear market — encore moins à en annoncer un pour l'année. Nous n'en sommes pas là», tranche d'emblée un gérant de portefeuille. Sur les marchés pétroliers, la séquence a été plus heurtée encore. Après avoir brièvement franchi 119 dollars lors des premières cotations asiatiques dimanche soir — un niveau inédit depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022 —, le Brent est rapidement retombé sous les 100 dollars, lundi, à mesure que les opérateurs intégraient la perspective d'une libération coordonnée de réserves stratégiques par les pays du G7, en concertation avec l'Agence internationale de l'énergie (AIE). En quarante-huit heures, le marché aura ainsi flirté avec le seuil symbolique des 120 dollars avant de corriger brutalement. Cette amplitude témoigne moins d'un déséquilibre réel entre l'offre et la demande que d'une prime de risque géopolitique, typique des phases d'incertitude aiguë. L'indice Vix — baromètre de la volatilité à Wall Street — a lui aussi nettement rebondi, signe que les investisseurs cherchent d'abord à se couvrir contre un risque d'escalade, sans anticiper pour autant un choc pétrolier durable. Détente fragile La correction observée sur le pétrole demeure cela dit précaire. Les réserves stratégiques évoquées — de l'ordre de 300 à 400 millions de barils selon plusieurs responsables américains — ne couvrent que trois à quatre jours de consommation mondiale. Un filet de sécurité limité si la crise devait s'installer. Il faut néanmoins rappeler que la correction engagé à la Bourse de Casablanca ne date pas du premier tir de missile. Depuis plusieurs semaines, la place souffrait déjà de l'absence de catalyseur positif, dans un environnement de taux encore élevés et où les flux institutionnels en attente. En cela, la guerre engagée par les Etats-Unis et Israel contre l'Iran a agi comme accélérateur d'un mouvement baissier déjà amorcé. «Le marché était déjà sous pression parce qu'il manquait de nouveau catalyseur, résume un analyste. Pour le moment, on est davantage dans la surréaction». Choc pétrolier ? La volatilité des dernières séances ne reflète pas pour autant un déséquilibre fondamental du marché de l'énergie. Un véritable choc pétrolier suppose une condition que les marchés semblent avoir écartée dans leur empressement à intégrer le pire, une contrainte durable sur l'offre mondiale. Or, la production mondiale tourne en régime excédentaire, la demande reste dans les clous à moyen terme, et le scénario d'un verrouillage prolongé du détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième des flux mondiaux d'hydrocarbures, est celui auquel les modélisations indépendantes assignent le moins de probabilités. «Le pic à 119,50 dollars atteint le 9 mars s'apparente davantage à une prime de risque géopolitique. Logiquement, une fois le conflit apaisé, on reviendra progressivement à l'hypothèse de base autour des 65-70 dollars», estime un analyste. Le Maroc importe près de 90% de son énergie. Dans ce contexte, chaque dollar supplémentaire sur le baril se lit directement sur la balance commerciale et creuse mécaniquement le déficit courant. En 2022, lors du précédent choc pétrolier consécutif à l'invasion de l'Ukraine, la facture énergétique du Maroc avait bondi de près de 70%, pesant pour une large part dans le creusement du déficit commercial à 305 milliards de dirhams cette année-là, selon les données de l'Office des changes. La séquence actuelle rappelle cette vulnérabilité structurelle, même si son ampleur reste, pour l'heure, sans commune mesure. Fondamentaux solides Sur le marché actions, les valeurs qui ont le plus corrigé ces derniers jours ne sont pas nécessairement celles dont l'activité est la plus sensible au prix du baril. Les distributeurs de carburants, par exemple, répercutent la hausse sur leurs prix de vente. Le risque opérationnel est à relevé du côté de CTM, dont le carburant représentent l'un des premiers postes de charge pèse directement sur les charges d'une flotte de plusieurs centaines de cars, ou encore chez les cimentiers, LafargeHolcim Maroc et Ciments du Maroc, dont l'énergie représente jusqu'à 30 à 35% des coûts de production. «Pour que les marges des cimentiers soient vraiment dégradées, il faut que cette guerre dure trois à six mois, confie un professionnel du marché. Or, on n'est a priori pas dans ce cas de figure». Sur ce point, le profil d'exposition du Maroc joue en sa faveur. Ses principales filières exportatrices — phosphates et dérivés, composants aéronautiques, câblage automobile — sont intégrées dans des chaînes de valeur européennes dont les cycles d'approvisionnement obéissent à des logiques contractuelles de long terme, quasi imperméables aux soubresauts du Golfe. Autre élément La panique du marché ne doit pas occulter l'autre séquence très attendue par les investisseurs. Les résultats annuels attendus d'ici fin mars s'annoncent solides, avec un chiffre d'affaires agrégé en progression de 8,5 à 10% hors valeurs énergétiques et des marges nettes orientées à la hausse. Le marché reste largement porté par les bancaires, qui publient les premiers et donnent le ton. Attijariwafa bank a déjà franchi le cap des 10 milliards de bénéfices, et les dividendes devraient suivre. «Logiquement, le rebond est attendu d'ici la fin du mois, au fur et à mesure des annonces de résultat», confie Farid Mezouar, directeur exécutif de Flm Markets. Pour plusieurs opérateurs, la correction actuelle ouvre surtout une fenêtre de stock-picking sur des valeurs dont le repli paraît excessif au regard des fondamentaux. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO