La célébration des 250 ans d'amitié entre le Maroc et les Etats-Unis a mis en lumière une relation bilatérale qui dépasse largement le cadre symbolique. Au-delà de l'hommage historique, l'événement a révélé l'évolution progressive des équilibres diplomatiques et la place centrale qu'occupe désormais le dossier du Sahara marocain dans les échanges stratégiques entre Rabat et Washington. À Washington, la commémoration n'a pas pris la seule forme d'un hommage protocolaire à une relation ancienne. Derrière la solennité d'une réception organisée au cœur du Congrès américain, un message politique s'est dégagé ; celui d'un partenariat stratégique parvenu à un moment charnière, dans un contexte international marqué par des recompositions géopolitiques et sécuritaires, et alors que les dynamiques diplomatiques autour du Sahara marocain connaissent des évolutions notables. Loin d'un statu quo parfois évoqué à la suite de la résolution onusienne 2797 du 31 octobre 2025, les discussions continuent d'évoluer, avec un centre de gravité qui semble se déplacer de manière croissante vers Washington, selon plusieurs observateurs. 250 ans d'une relation singulière Mardi 6 janvier au soir, le Capitole s'est paré des couleurs du Royaume à l'occasion d'une cérémonie organisée dans la prestigieuse Kennedy Caucus Room. Plus de 200 invités ont pris part à l'événement, à l'initiative du « Project Legacy Morocco », parmi lesquels des sénateurs, des membres du Congrès, de hauts responsables militaires, des diplomates, ainsi que des représentants de la communauté marocaine établie aux Etats-Unis. La présence de responsables issus des deux partis a illustré le caractère transpartisan de l'estime dont bénéficie le Maroc au sein des cercles décisionnels américains, ainsi que la solidité d'un partenariat fondé sur une convergence durable d'intérêts stratégiques. Les différentes interventions ont fait du rappel historique un fil conducteur, tout en inscrivant la relation bilatérale dans une perspective résolument tournée vers l'avenir. Plusieurs élus ont rappelé que le Maroc fut, en 1777, le premier pays à reconnaître l'indépendance des Etats-Unis, un acte fondateur qui continue de structurer les relations entre les deux nations. Le sénateur républicain Tim Sheehy est revenu sur cette période fondatrice, soulignant qu'à une époque où la jeune République américaine cherchait encore sa place sur la scène internationale, le Royaume figurait parmi les rares Etats à lui accorder reconnaissance et soutien. Evoquant les défis contemporains, notamment en matière de sécurité, il a plaidé pour un renforcement des alliances éprouvées par l'histoire, estimant qu'« il est plus important que jamais d'investir dans des partenariats solides et fiables ». Lire aussi : Les relations historiques et le partenariat stratégique Maroc–Etats-Unis célébrés au Congrès américain Un allié stratégique salué des deux côtés de l'échiquier politique Dans la même veine, le sénateur démocrate Tim Kaine a insisté sur la portée stratégique de l'axe Rabat-Washington. Il a rappelé que l'année marquant le 250e anniversaire de l'indépendance américaine constituait également l'occasion d'honorer « le plus ancien partenaire diplomatique des Etats-Unis, le Royaume du Maroc », soulignant que cette relation demeure essentielle et appelée, selon lui, à gagner encore en importance dans un environnement international instable. Le congressman Jimmy Panetta a, pour sa part, mis en avant la constance du partenariat maroco-américain près de deux siècles et demi après l'acte fondateur de 1777. Il a rappelé que le Maroc reste le seul pays africain lié aux Etats-Unis par un accord de libre-échange, un élément qu'il a présenté comme le reflet d'un niveau de confiance économique et stratégique peu commun sur le continent. Une alliance inscrite dans la durée Prenant la parole lors de la cérémonie, l'ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani, a souligné que cette relation exceptionnelle s'inscrit dans la continuité d'une vision stratégique portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et par ses prédécesseurs. Selon lui, « 250 années de relations diplomatiques ne relèvent pas du hasard », mais traduisent un engagement constant et un respect mutuel profondément ancrés. Le diplomate a mis en avant une coopération qui a su dépasser l'éloignement géographique, citant notamment l'accord de libre-échange et l'organisation régulière d'exercices militaires conjoints d'envergure sur le continent africain comme illustrations concrètes de cette alliance. Au-delà de l'hommage historique, la soirée a également permis de souligner les convergences stratégiques actuelles entre les deux pays. M. Amrani a évoqué un dialogue bilatéral qu'il a qualifié de profond et durable, estimant que cette compréhension mutuelle a favorisé des rapprochements sur plusieurs dossiers structurants, dont la position américaine sur le Sahara marocain, présentée comme un élément central de la relation. Cette lecture a été confortée par l'intervention de Rudolph Atallah, directeur adjoint principal chargé de la lutte contre le terrorisme au Conseil national de sécurité de la Maison Blanche. Ce dernier a salué le rôle du Maroc en tant que « pilier de stabilité, de modération et de leadership tourné vers l'avenir », mettant en avant la coopération bilatérale dans les domaines de la sécurité, du développement économique et de la coordination régionale. Selon lui, le Royaume s'est distingué par une approche qu'il a qualifiée de « fiable, cohérente et discrète » face aux défis régionaux et internationaux, contribuant ainsi au renforcement d'un partenariat appelé, de part et d'autre, à se projeter dans la durée.