Au-delà des passions et des émotions suscitées par la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, la parole du Roi Mohammed VI s'est distinguée par sa hauteur de vue, sa mesure et sa sagesse. Dans un contexte où l'instantané et l'émotion tendent à l'emporter sur l'analyse, elle a rappelé une vérité fondamentale : la grandeur d'une Nation se mesure moins à l'intensité de ses réactions qu'à sa capacité à faire prévaloir la raison, la dignité et l'intérêt supérieur. Les relations du Maroc avec l'Afrique, et avec le Sénégal en particulier, ne sauraient être réduites à l'issue d'un événement sportif, aussi symbolique soit-il. Elles s'inscrivent dans une histoire partagée, une vision commune du continent et un destin solidaire, construits dans la durée. Ce sont des relations fondées sur la constance, la confiance et la fidélité aux engagements, loin des lectures conjoncturelles ou émotionnelles. Depuis plusieurs décennies, le Maroc a fait le choix clair et assumé de l'Afrique. Un choix stratégique, mais aussi humain et civilisationnel. Les liens du Royaume avec le continent ne sont ni circonstanciels ni opportunistes ; ils reposent sur une conviction profonde en faveur de la coopération Sud-Sud, de la solidarité africaine et d'un développement partagé, fondé sur le respect mutuel et la croyance dans les capacités propres de l'Afrique. Cette vision s'inscrit dans une lecture géopolitique lucide des réalités africaines. Le Maroc a progressivement affirmé une diplomatie multidimensionnelle, fondée sur la stabilité, la sécurité collective et l'intégration régionale. Du Sahel au Golfe de Guinée, face aux défis sécuritaires, climatiques et économiques, le Royaume privilégie le dialogue, le pragmatisme et le renforcement des capacités africaines, loin des logiques de confrontation ou d'alignement automatique. Cette approche se traduit également par la promotion d'un axe atlantique africain stratégique. L'Initiative Atlantique portée par le Maroc vise à faire de la façade atlantique un espace de stabilité, de connectivité et de prospérité partagée, reliant l'Afrique à l'Europe et aux Amériques, tout en intégrant pleinement les pays africains enclavés dans les dynamiques régionales et mondiales. LIRE AUSSI : CAN 2025 : Quand la raison d'Etat surplombe l'émotion Sur les grandes questions politiques sensibles, notamment celle du Sahara, le Maroc a constamment privilégié une approche fondée sur la légalité internationale, le réalisme et la recherche de solutions durables et mutuellement acceptables. Cette constance diplomatique a contribué à faire évoluer le cadre international vers une approche pragmatique et responsable. Elle a trouvé une consécration avec l'adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui consacre les principes de réalisme, de compromis et de solution politique durable, confirmant la crédibilité de la position marocaine et le rôle stabilisateur du Royaume. C'est cette cohérence stratégique et cette fidélité aux engagements africains qui rendent vaines les tentatives de déstabilisation ou de discrédit. Elles se heurtent à une réalité tangible ; celle de partenariats solides, d'intérêts partagés et d'une vision africaine inscrite dans le temps long. En rappelant que le sport doit rester un facteur de rapprochement et non de division, le Souverain a souligné l'essentiel : l'Afrique a trop de défis à relever pour se laisser enfermer dans des oppositions artificielles. L'avenir du continent se construira par la lucidité, la responsabilité et la coopération. Dans cette trajectoire, le Maroc s'affirme non comme un acteur de circonstance, mais comme un partenaire africain durable, engagé et conscient de la profondeur historique, politique et stratégique de son ancrage continental. *Ancien ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert