La reconnaissance américaine du Maroc comme acteur clé des minéraux critiques consacre un tournant géoéconomique où les ressources du Royaume deviennent un levier d'influence, de souveraineté industrielle et de partenariat stratégique mondial. À Washington, en marge d'une réunion ministérielle consacrée aux minéraux critiques au siège du Département d'Etat américain, le Secrétaire d'Etat, M. Marco Rubio, a publiquement désigné le Maroc comme « partenaire fiable » et « allié stratégique » dans les chaînes mondiales d'approvisionnement en minéraux essentiels, inscrivant le Royaume au cœur d'une recomposition géoéconomique qui dépasse le simple registre diplomatique pour toucher aux fondements de la sécurité économique mondiale. Intervenant lors d'une conférence de presse à l'issue de la séance d'ouverture marquée par la présence du vice-président américain J.D. Vance et réunissant des représentants de plus d'une cinquantaine de pays, dont le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, M. Nasser Bourita, M. Marco Rubio a souligné, en réponse à une question de la MAP, que « chaque pays dans le monde dispose d'avantages stratégiques en termes de ressources minières et de capacités de transformation » et que l'objectif consiste à « créer un réseau de pays, aussi nombreux que possible, où nous disposons d'un approvisionnement fiable en minéraux essentiels ». Dans ce cadre, il a affirmé que « le Maroc peut jouer un rôle clé car il dispose de ressources minérales essentielles qu'il peut exploiter, ce qui favorise le développement économique », ajoutant que « le Maroc joue un rôle clé en raison des gisements dont il dispose, mais aussi en raison de sa volonté d'investir dans la transformation et de sa coopération pour participer à cette initiative mondiale ». Le chef de la diplomatie américaine a insisté sur un déséquilibre préoccupant en rappelant que « 90% de certains de ces éléments sont contrôlés par un seul pays, ce qui n'est pas sain pour l'économie mondiale, ni pour la sécurité et la stabilité », avant de conclure que « nous sommes très heureux que le Maroc soit ici aujourd'hui et qu'il siège à notre table ». « Le monde ne manque pas de minéraux, mais d'un langage de confiance » ... De son coté, et lors de la réunion ministérielle, M. Nasser Bourita a déclaré que « le monde d'aujourd'hui ne manque pas de minéraux, ni de terres rares. Ce qui lui manque, c'est un développement responsable, un langage de confiance entre les nations, des cadres transparents où le partenariat remplace la dépendance et des chaînes de valeur qui répartissent la prospérité plutôt que de concentrer les risques ». Le chef de la diplomatie a appelé à « un pacte de loyauté entre producteurs, transformateurs et utilisateurs, fondé non pas sur l'idéologie, mais sur le respect stratégique et l'équilibre souverain », estimant que « l'Afrique devrait être au cœur du pacte entre les producteurs, les transformateurs et les utilisateurs ». Lire aussi : Participation à Washington de M. Bourita à une réunion ministérielle sur les minéraux critiques Le ministre a ainsi plaidé pour « l'investissement dans les infrastructures, les compétences et la gouvernance de l'Afrique afin de transformer ses richesses naturelles en croissance économique durable ». Estimant que « la mondialisation minière actuelle n'est ni libre, ni équitable, ni résiliente », il a averti qu'elle a « transformé ce qui devrait être un socle commun pour le progrès mondial en un instrument de pression unilatérale ». En marge de cette réunion, un mémorandum d'entente a été signé entre le Maroc et les Etats-Unis sur la coopération dans le domaine des minéraux critiques et des terres rares. Quand les ressources marocaines redessinent les équilibres Cette reconnaissance internationale intervient alors que le secteur minier marocain connaît une mutation profonde qui le fait passer d'une logique d'exportation brute à une logique industrielle intégrée. Le phosphate, dont le Maroc détient environ 70% des réserves mondiales, constitue déjà un levier central à travers le rôle du Groupe OCP dans la sécurité alimentaire mondiale. En transformant localement la roche en acide phosphorique et en engrais adaptés aux sols africains, indiens et brésiliens, le Royaume consolide une influence qualifiée de « diplomatie des fertilisants ». Parallèlement, d'autres minerais prennent une dimension stratégique nouvelle. Le cobalt extrait notamment à Bou-Azzer, reconnu pour sa grande pureté, s'inscrit dans la chaîne de valeur des batteries lithium-ion. Cette ressource se connecte directement à l'essor de l'industrie automobile marocaine à Tanger et Kénitra, où l'ambition consiste à relier extraction minière, fabrication de batteries et production de véhicules électriques au sein d'un même écosystème. Cette dynamique s'appuie sur des infrastructures portuaires et ferroviaires de classe mondiale, sur la recherche scientifique et sur une orientation assumée vers une « mine verte » alimentée par l'énergie solaire et éolienne, avec des investissements importants dans le dessalement pour préserver les ressources hydriques. Ainsi, selon des observateurs, la déclaration de M. Marco Rubio ne relève pas d'une simple formule diplomatique. Elle consacre l'entrée du Maroc dans une architecture mondiale où les ressources minières s'imposent comme un facteur de stabilité, d'influence et de transformation économique, dans un contexte international marqué par la recherche de chaînes d'approvisionnement diversifiées, résilientes et fondées sur la confiance entre partenaires.