La visite de travail effectuée à Riyad par Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) et de la Direction générale de la Surveillance du territoire (DGST), s'inscrit dans une dynamique géopolitique plus profonde qu'une simple séquence de coopération bilatérale. Elle reflète une évolution stratégique où la sécurité devient un instrument central de projection d'influence et de recomposition des alliances régionales. Dans un contexte international marqué par l'érosion des certitudes stratégiques traditionnelles, la fragmentation des équilibres au Moyen-Orient et l'émergence de menaces hybrides – terrorisme transnational, cybercriminalité, financement occulte, radicalisation numérique – les Etats cherchent à diversifier leurs partenariats sécuritaires et à consolider des alliances fondées sur la confiance politique et l'efficacité opérationnelle. C'est dans ce cadre que doit être analysée la consolidation de l'axe Rabat-Riyad. Un Golfe en quête d'autonomie stratégique La participation marocaine au World Defense Show organisé à Riyad intervient à un moment où l'Arabie saoudite accélère sa transformation stratégique. Le royaume, engagé dans une ambitieuse restructuration économique et institutionnelle, investit massivement dans la modernisation de son appareil sécuritaire et dans le développement d'une industrie de défense nationale. L'objectif n'est plus uniquement d'acquérir des équipements, mais de maîtriser les technologies, de renforcer l'autonomie décisionnelle et de s'imposer comme acteur structurant dans l'écosystème sécuritaire régional. Dans cette perspective, l'ouverture à des partenaires stables et expérimentés constitue une nécessité stratégique. Le Maroc, dont les services de sécurité jouissent d'une réputation internationale en matière de lutte antiterroriste et de démantèlement préventif de réseaux extrémistes, représente pour Riyad un allié crédible, capable d'apporter un savoir-faire opérationnel éprouvé. Le Maroc, acteur sécuritaire à rayonnement intermédiaire Au cours de la dernière décennie, le Maroc a consolidé son statut d'acteur sécuritaire de référence dans son environnement régional. Les structures placées sous la direction d'Abdellatif Hammouchi ont développé une approche intégrée associant renseignement humain, coordination institutionnelle et coopération internationale. Cette capacité à anticiper les menaces et à neutraliser des cellules avant leur passage à l'acte a renforcé la crédibilité de Rabat auprès de ses partenaires européens et arabes. La visite à Riyad témoigne de cette montée en puissance. Le Maroc ne se positionne plus uniquement comme bénéficiaire de technologies ou de formations ; il apparaît désormais comme partenaire stratégique à part entière, capable de contribuer à la construction d'architectures sécuritaires régionales. Une convergence politique facilitatrice La coopération sécuritaire entre les deux royaumes s'appuie également sur une proximité politique et institutionnelle. Les deux Etats partagent une structure monarchique forte et une centralisation des décisions stratégiques en matière de sécurité. Cette configuration favorise une relation fondée sur la confiance, élément indispensable lorsque les échanges concernent des informations sensibles et des dispositifs opérationnels. Lire aussi : Hammouchi reçoit à Rabat le chef de la lutte contre le crime organisé au Danemark Dans un Moyen-Orient traversé par des rivalités multiples et des recompositions accélérées, la consolidation d'un axe monarchique stable contribue à structurer un pôle de modération et de coordination face aux dynamiques déstabilisatrices. La relation Rabat-Riyad s'inscrit ainsi dans un cadre plus large de stabilisation régionale. Sécurité et transformation technologique L'un des aspects majeurs de cette coopération réside dans l'intégration des nouvelles technologies à la gestion des risques sécuritaires. Les mutations contemporaines – intelligence artificielle appliquée à la surveillance, systèmes de détection avancée, lutte contre les menaces cybernétiques – redéfinissent profondément les pratiques des services de sécurité. La participation marocaine aux forums technologiques organisés à Riyad traduit une volonté d'anticipation et de modernisation. Pour Rabat, il s'agit non seulement de suivre l'évolution des outils, mais d'inscrire son appareil sécuritaire dans une dynamique d'innovation permanente. Pour Riyad, l'échange d'expériences avec un partenaire disposant d'une expertise opérationnelle consolidée enrichit la dimension humaine et stratégique de ses investissements technologiques. Une dimension africaine stratégique La portée géopolitique de cette coopération dépasse le strict cadre bilatéral. Le Maroc s'est imposé ces dernières années comme un acteur engagé en Afrique, notamment dans la région du Sahel, où l'instabilité chronique alimente les flux de groupes armés et les réseaux criminels transnationaux. L'Arabie saoudite, de son côté, renforce progressivement sa présence diplomatique et économique sur le continent africain. Une coordination accrue entre Rabat et Riyad en matière de renseignement et d'analyse stratégique pourrait contribuer à une meilleure gestion des dynamiques transrégionales reliant le Maghreb, le Sahel et le Moyen-Orient. Cette dimension élargit considérablement la portée de la visite de travail effectuée à Riyad. Vers une architecture multipolaire de sécurité Enfin, cette séquence diplomatique illustre une évolution plus large du système international. La sécurité n'est plus structurée par un unique centre de gravité. Les puissances régionales développent leurs propres réseaux de coopération, cherchant à réduire leur dépendance exclusive à l'égard des alliances traditionnelles. Pour le Maroc, l'approfondissement du partenariat avec l'Arabie saoudite s'inscrit dans une stratégie de diversification maîtrisée. Rabat maintient ses partenariats historiques tout en élargissant son horizon stratégique vers le Golfe. Cette approche renforce sa marge de manœuvre et consolide son positionnement en tant qu'acteur stabilisateur reliant plusieurs espaces géopolitiques. La visite d'Abdellatif Hammouchi à Riyad apparaît ainsi comme un moment significatif dans la consolidation d'une relation sécuritaire structurante. Au-delà des échanges techniques et institutionnels, elle révèle une convergence stratégique durable entre deux royaumes qui cherchent à adapter leurs architectures de sécurité aux réalités d'un monde de plus en plus incertain et multipolaire.