Analyser la gouvernance du Maroc en 2025 avec rigueur impose de s'extraire à la fois du confort des slogans et de la facilité des procès d'intention. L'exercice exige méthode, discernement et sens aigu de la hiérarchie institutionnelle. Ce qu'il met en lumière est une réalité à la fois contrastée et parfaitement intelligible : un Etat solide, structurant, amortisseur de chocs, et un exécutif dont l'action, bien réelle, a parfois pâti d'un déficit de cohérence, de rythme et surtout de lisibilité. Il oblige également à élargir le regard : la gouvernance marocaine ne se lit plus uniquement à l'aune de ses effets internes, mais aussi à travers la perception qu'en ont ses partenaires régionaux, africains et internationaux. La distinction entre l'Etat et le gouvernement n'est ni théorique ni académique, elle est centrale pour comprendre les dynamiques à l'œuvre. Confondre les deux reviendrait soit à surévaluer l'action de l'exécutif en s'abritant derrière la robustesse de l'Etat, soit à fragiliser artificiellement le socle institutionnel en imputant à l'Etat des insuffisances relevant de la conduite gouvernementale. Or, en 2025, c'est précisément cette dissociation qui permet une lecture juste, équilibrée et utile de la gouvernance marocaine, tant sur le plan interne que dans sa projection internationale. Un Etat qui a tenu ses fonctions régaliennes et stratégiques Sur les fondamentaux, l'Etat marocain a pleinement assumé ses responsabilités en 2025. La stabilité institutionnelle a été préservée, les mécanismes d'arbitrage et de décision ont fonctionné sans rupture, et la continuité de l'action publique a été assurée sans heurts majeurs. Aucun blocage systémique, aucune dérive institutionnelle, aucun vide de pouvoir n'est venu perturber la trajectoire nationale, et ce malgré un environnement régional et international marqué par des tensions multiples, durables et souvent imprévisibles. Cette régularité dépasse la seule sphère domestique. Elle constitue un actif diplomatique majeur. Dans un contexte où l'affaiblissement des Etats est devenu un phénomène courant, la capacité du Maroc à maintenir une chaîne décisionnelle fonctionnelle, une hiérarchie institutionnelle claire et une prévisibilité stratégique renforce sa crédibilité auprès de ses partenaires. Cette fiabilité se traduit par la constance des engagements internationaux, la continuité des choix diplomatiques et la solidité des partenariats économiques et sécuritaires. Sur le plan stratégique, cette solidité s'est traduite par la poursuite des grands chantiers de long terme : généralisation de la protection sociale, déploiement d'infrastructures structurantes, sécurisation énergétique, continuité du positionnement diplomatique, notamment africain. L'Etat a joué son rôle d'amortisseur systémique, absorbant les chocs exogènes, préservant les équilibres macroéconomiques et évitant que les tensions sociales ou économiques ne se transforment en fragilités institutionnelles. Sur le plan territorial, enfin, la cohésion, la sécurité et la continuité des services essentiels ont été assurées, y compris dans des zones soumises à des pressions climatiques, économiques ou sociales accrues. Cette capacité de tenue distingue le Maroc de nombreux pays comparables, où les crises sociales se transforment rapidement en crises de gouvernance. En 2025, l'Etat marocain a tenu, et cette tenue constitue en soi un fait politique et diplomatique majeur. Lire aussi : La Chambre des représentants clôture la première session de l'année législative 2025-2026 Une action gouvernementale inégale dans l'exécution C'est précisément parce que ce socle étatique est demeuré solide que l'action du gouvernement a été observée avec une exigence accrue. En 2025, l'exécutif n'a ni disparu ni été inactif. Des décisions ont été prises, des dispositifs lancés, des réformes engagées. Mais l'action gouvernementale a souffert de faiblesses récurrentes dans l'exécution, la coordination interministérielle et la mise en récit politique. Sur la question du pouvoir d'achat, par exemple, face à une inflation largement importée et à une pression réelle sur les ménages, des mesures ont été annoncées et mises en œuvre. Toutefois, leur dispersion, leur complexité et leur faible lisibilité ont souvent limité leur impact perçu. Là où l'Etat a contenu les déséquilibres macroéconomiques, le gouvernement, lui, a peiné à incarner une stratégie globale, cohérente et intelligible de protection des classes moyennes et populaires. La généralisation de la protection sociale constitue sans conteste un chantier historique, observé de près par les partenaires internationaux du Maroc. Mais l'année 2025 a mis en évidence des retards d'opérationnalisation, des difficultés de coordination administrative et une communication parfois défaillante, laissant de nombreux bénéficiaires potentiels dans l'incertitude. L'ambition est là, la décision politique est actée, mais la traduction concrète a manqué de fluidité et de clarté. Dans les secteurs de la santé et de l'éducation, les investissements sont réels et les réformes engagées. Pourtant, l'exécutif a souvent donné l'impression d'un pilotage fragmenté, avec des politiques sectorielles juxtaposées plutôt qu'une vision transversale clairement assumée et lisible pour les citoyens comme pour les observateurs extérieurs. Quant à la modernisation de l'administration, elle progresse, mais de manière inégale selon les territoires et les services, renforçant le sentiment d'une action publique à géométrie variable. les décisions ont existé, les dispositifs ont été lancés, mais leur impact réel et leur compréhension par les citoyens n'ont pas toujours été à la hauteur des attentes. Le déficit de lisibilité, principal point de friction Ce qui ressort de cette séquence n'est pas un affaiblissement de la gouvernance marocaine, mais un décalage croissant entre la solidité du cadre étatique et la performance perçue de l'action gouvernementale. Dans un pays où l'Etat fonctionne, les insuffisances de l'exécutif apparaissent mécaniquement plus nettement, non parce qu'elles seraient exceptionnelles, mais parce que le niveau d'exigence collective s'est élevé. Cette exigence est désormais double. Elle est sociale, portée par une société marocaine plus informée, plus connectée, plus attentive aux politiques publiques. Elle est aussi diplomatique. Les partenaires internationaux ne se contentent plus de la stabilité institutionnelle ; ils évaluent la capacité du pays à traduire ses choix stratégiques en résultats sociaux, économiques et administratifs durables. La lisibilité de l'action publique est devenue un facteur direct de crédibilité internationale. De la solidité à la performance : Une maturité attendue L'année 2025 marque ainsi une inflexion décisive. La question n'est plus de savoir si l'Etat tient, mais comment le gouvernement transforme cette solidité institutionnelle en efficacité quotidienne. Le Maroc a dépassé le stade de la survie institutionnelle, il est entré dans celui de l'exigence de performance. Et lorsque l'Etat assure la continuité, il crée mécaniquement une obligation de résultats pour l'exécutif. Cette obligation n'est ni une fragilité ni une menace ; elle est le signe d'une maturité politique assumée. L'Etat a rempli sa mission : protéger, stabiliser, arbitrer. Le gouvernement est désormais attendu sur un autre registre : mieux coordonner, mieux expliquer, mieux exécuter. Pour les partenaires internationaux du Maroc, ce moment n'est ni un signal d'alerte ni un motif d'inquiétude. Il constitue au contraire la preuve d'un pays entré dans une phase plus exigeante de son développement politique. Un Etat qui tient crée les conditions d'un débat plus rigoureux sur l'efficacité de l'action gouvernementale. En ce sens, la gouvernance marocaine de 2025 n'interroge plus sa stabilité, mais sa capacité à convertir celle-ci en résultats tangibles, lisibles et durables. C'est à cette aune que le Maroc sera désormais évalué et c'est le privilège des Etats qui comptent. Ce constat n'appelle ni dramatisation ni indulgence. Il appelle une exigence proportionnelle à la solidité du pays. Car lorsque l'Etat fonctionne, l'excuse du contexte ne suffit plus. Encadré Gouvernance : où se situe le Maroc ? Maghreb Dans un espace marqué par des tensions politiques persistantes et des fragilités institutionnelles, le Maroc se distingue par la continuité de son Etat et la stabilité de sa chaîne décisionnelle. Là où certains exécutifs sont absorbés par la gestion de crises politiques permanentes, le Royaume conserve une capacité d'anticipation stratégique. Afrique À l'échelle continentale, le Maroc appartient au cercle restreint des Etats capables de conjuguer stabilité institutionnelle, ambition diplomatique et projection économique. Cette position renforce son rôle de partenaire crédible dans les initiatives régionales, mais l'expose aussi à une exigence accrue en matière de gouvernance interne. Méditerranée Face à des pays confrontés à l'usure de leurs modèles administratifs ou à des tensions sociales chroniques, le Maroc apparaît comme un pôle de stabilité. La comparaison ne se joue plus sur la solidité de l'Etat, acquise, mais sur la capacité de l'exécutif à produire des politiques publiques efficaces, lisibles et inclusives.