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"Nos Chiites ne prêtent allégeance qu'aux Ayatollah d'Iran"
Publié dans MarocHebdo le 14 - 05 - 2014


•Saïd Lakhal, professeur-chercheur, islamologue
“Nos Chiites ne prêtent allégeance qu'aux Ayatollah d'Iran”
Maroc Hebdo International : On assiste actuellement à une campagne des autorités contre les organisations et les sympathisants du mouvement chiite au Maroc. Quel est votre regard sur cette campagne?
Saïd Lakhal : L'Etat s'est probablement rendu compte qu'il avait sous-estimé la menace représentée par le mouvement chiite. Et le Maroc n'est pas le seul concerné. En effet, depuis la révolution khomeyniste de 1979 et à ce jour, l'Iran continue à vouloir exporter les préceptes de cette obédience religieuse au sein des pays et des sociétés sunnites, avec le dessein final d'asseoir son influence idéologique et son hégémonie politique sur les Etats arabes. A ce propos, au lendemain des émeutes pro-khomeynistes de janvier 1984, qui coïncidaient avec le quatrième Sommet de l'Organisation de la Conférence Islamique de Casablanca, feu Hassan II a clairement fait allusion dans son discours officiel à l'influence de l'Iran dans ces soulèvements urbains.
Donc, contrairement à ce que vous dites au début, le Maroc était conscient dès 1984 du danger iranien…
Saïd Lakhal: Si vous voulez, mais le problème n'est pas là. Dans l'espoir de contrer le courant chiite, le Maroc a alors ouvert les portes de son territoire et de ses universités aux chioukhs et au mouvement wahhabite. Mais cette alliance a échoué. Pis, le wahhabisme a posé les fondements idéologiques et matériels du courant jihadiste, matrice des cellules terroristes actuelles. Résultat des courses, le Maroc doit aujourd'hui faire face, en plus du chiisme, au radicalisme islamiste. Quoiqu'il en soit, il est du devoir de l'Etat marocain de protéger la sécurité de sa population et l'unicité religieuse du pays face à ces dangereux courants étrangers. C'est pour cela que, dans leur campagne actuelle, les autorités devraient également accroître la surveillance des prêches du vendredi dans les mosquées du pays, contrôler les publications suspectes en vente dans les librairies et les foires du livre et suivre les moindres activités associatives, éducatives, partisanes ou médiatiques des sympathisants du courant chiite au Maroc.
De même, comment voyez-vous la fermeture de l'école irakienne de Rabat le 21 mars 2009?
Saïd Lakhal : La fermeture de cette école a révélé au grand jour d'inquiétantes failles au niveau du contrôle et du suivi des programmes pédagogiques des établissements scolaires privés au Maroc.
Il faut savoir en effet que l'école complémentaire irakienne, qui a ouvert ses portes en 1976, était sous la tutelle des autorités irakiennes. Mais, au renversement par les Etats-Unis du régime de Saddam Husseïn en 2003, l'établissement a changé de méthodologie, suivant en cela la majorité désormais gouvernante en Irak, d'obédience chiite. Et si ce n'était la plainte déposée par le correspondant de la chaîne MBC suite au renvoi de ses enfants de cette école, accusée de vouloir “convertir” insidieusement les élèves sunnites au chiisme, les pouvoirs publics et le ministère de l'Education nationale marocains n'auraient certainement pris aucune mesure envers cette école. Celle-ci aurait alors continué à s'adonner impunément au prosélytisme chiite.
Pourquoi les autorités craignent-elles le chiisme?
Saïd Lakhal: Pour la simple raison qu'aux yeux des adeptes du chiisme, le seul pouvoir auquel ils doivent prêter allégeance est celui représenté par l'ayatollah, en l'occurrence le guide suprême iranien. Nos chiites ne prêtent allégeance qu'à l'Iran. On comprend dès lors le danger représenté par le mouvement chiite au Maroc, ces sympathisants abandonnant leur allégeance à la Patrie et au peuple marocain au profit de l'obédience à l'ayatollah iranien et à ses préceptes. Et plus les adeptes du chiisme au Maroc seront nombreux, plus l'Iran aura de défenseurs de ses intérêts et de ses idéaux politiques au sein du la société et de la scène politique marocaine. En outre, les adeptes du courant religieux chiite ne reconnaissent pas Imarat Al Mouminine, la Commanderie des Croyants, mais uniquement le gouvernement du docte, dit “Wilayat al Fakih”.
Quelles sont au juste les différences entre le sunnisme et le chiisme; pratique religieuse, rapport entre religion et gouvernance notamment?
Saïd Lakhal: La principale différence entre le sunnisme et le chiisme réside dans la Wilaya (gouvernance religieuse), que les chiites considèrent comme un continuité du pouvoir prophétique. Pour les disciples de cette branche, l'Imam est celui qui applique les préceptes de la charia et veille à l'instauration et au maintien d'un Etat islamique. Pour comprendre cette allégeance, il faut rappeler que les Chiites croient en douze Imams issus de la famille du Prophète Mohammed, et chargés d'interpréter le Saint Coran après son décès. Ali fut le premier de ces prophètes et le douzième Muhammad Al Mahdi, dit «Mahdi Al Mountadar».
D'après la croyance chiite, Mahdi, qui ne serait pas mort mais caché depuis 874 (après J.C), finira par redescendre sur Terre pour y instaurer justice et paix et combattre les mécréants. En attendant, Mahdi continuerait à s'exprimer à travers des représentants choisis, en l'occurrence les Imams précités. De ce fait, les chiites considèrent l'Imam comme seul guide légitime de la communauté. Certains le placent même au-dessus du Prophète Mohammed et lui prêtent un lien direct et continu avec Dieu.
Si l'on comprend bien, pour les Chiites, l'Imam est au dessus de tout le monde…
Saïd Lakhal: L'Imam, détenteur d'un double pouvoir politique et religieux, est considéré comme un être infaillible, ne pouvant être ni critiqué ni contesté. Preuve concrète de cette autorité absolue, le limogeage par l'ayatollah Khomeiny du premier président de la République Islamique d'Iran, Al Hassan Bani Sadr, pourtant élu par le peuple. Les pouvoirs de l'Imam seul dépassent donc même ceux du peuple dans son ensemble. Tandis que chez les Sunnites, l'Imam, désigné par la communauté, est un homme comme les autres, tenu de rendre des comptes à ses électeurs. Evidemment, il existe d'autres différences entre le sunnisme et le chiisme, mais celle-ci est la principale.
Au Maroc, on célèbre grandement et ouvertement Achoura, pourtant considérée comme une fête chiite. Comment peut-on expliquer ce phénomène?
Saïd Lakhal: L'Achoura est une effectivement un rite chiite, qui commémore tous les 10 du mois de Mouharram (calendrier hégirien) l'assassinat de Husseïn, fils de Ali Bin Abi Talib et petit-fils du Prophète Mohammed, par l'armée de Yazid Bni Mouâwiya lors de la bataille de Karbala en Irak, le 10 octobre 680. Husseïn, dont le père a été tué en 661, avait refusé dans un premier temps de se battre contre le nouveau calife omeyyade Yazid Ier pour prendre le pouvoir, mais, encouragé par les chiites qui lui ont promis tout leur soutien, il finira par accepter. Délaissé peu à peu par ces derniers, Husseïn mènera finalement le combat, avec un petit bataillon constitué d'une centaine d'hommes et d'enfants. Ce dernier capitulera rapidement face à la puissante armée omeyyade. La tête de Husseïn sera présentée sur un plateau d'or à Yazid Bni Mouâwiya. Depuis, les fidèles chiites à travers le monde musulman célèbrent chaque année le martyre de l'Imam Husseïn en s'autoflagellant et en coupant les cheveux des femmes et des enfants en signe de deuil. Et lorsque le prince Idriss 1er, chassé de Bagdad, vient se réfugier au Maroc et en devient roi, il tentera d'étendre le chiisme dans le pays, en vain. Cet échec n'empêchera pas l'adoption de rites et de traditions propres à ce courant par les Marocains, qui continuent à ce jour à célébrer certaines de ces us et coutumes, sans savoir qu'ils sont d'essence chiite. Pour beaucoup de Marocains en effet, ces rites ne sont que des réminiscences de l'Islam antique, ne portant aucune atteinte à leur foi sunnite.
Ils jeûnent également le jour de Achoura, à l'image du Prophète Mohammed, qui a lui-même adopté cette tradition en 622 en voyant les Juifs le faire le jour du Youm Kippour, fête hébraïque de l'expiation marquant l'exode des enfants d'Israël après leur délivrance par le prophète Moïse des mains du Pharaon.