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AZIZ AKHANNOUCH, LE FAVORI
Publié dans MarocHebdo le 02 - 10 - 2019

Par son ambition, sa capacité d'écoute et sa modestie, le président du RNI a élaboré une feuille de route pour rafler la mise aux législatives de 2021.
À son insu, l'ancien secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) et ancien Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a sans doute fait le meilleur compliment qu'il pouvait à Aziz Akhannouch en disant de lui lors d'une rencontre partisane tenue en novembre 2018 qu'il n'était «pas né» pour la politique. Car le ministre de l'Agriculture et secrétaire général du parti du Rassemblement national des indépendants (RNI) ne donne, in fine, pas vraiment l'impression d'en faire. Depuis qu'il a pris les commandes, le 29 octobre 2016, de la formation de la colombe, celui qui est également le florissant patron d'Akwa Group -plus de 30 milliards de dirhams de chiffre d'affaires par an- procède d'une façon rappelant justement davantage le monde de l'entreprise que celui de Machiavel. Ou de M. Benkirane, pour s'en tenir à des références locales.
«On sent qu'il cherche à convaincre,» commente un observateur. «Généralement les politiques s'attachent à persuader, c'est-à-dire qu'ils vont jouer sur l'émotion. Le discours de M. Akhannouch est plus argumenté. C'est la raison qui domine chez lui, et c'est sans doute pour cela que sa personnalité tranche. Il n'y met d'autant plus pas toujours la manière: le message semble davantage lui importer que le médium, quitte à heurter. » Justement, ce franc-parler, ou «agharas agharas » comme il aime à le répéter (expression amazighe que l'on pourrait traduire par «sans ambivalence»), M. Akhannouch en a de nouveau fait montre lors de la troisième université d'été de la jeunesse du RNI, les Jeunes indépendants, tenue les 21 et 22 septembre 2019 dans son fief d'Agadir.
Les compétences aux manettes
Dans un discours où il s'est notamment confié, pour la première fois en public, sur le décès de deux de ses frères dans le tremblement de terre qui a frappé le chef-lieu de la région du Souss le 29 février 1960 -sa famille y vivait, alors-, le leader libéral a fait part de son ambition de truster les premières places aux prochaines législatives, prévues en 2021. Comment? Il n'en a pas dit plus, mais selon lui le RNI a les cadres et les compétences pour être aux manettes, et ce «de l'aveu de ceux-là mêmes qui, dans le passé, travaillaient pendant la semaine puis allaient faire de la politique le week-end et s'attaquer à nous», en visant vraisemblablement les dirigeants du PJD.
Entre autres objectifs de M. Akhannouch, le département de la Santé, comme il l'avait affiché le 20 juillet 2019 à Rabat lors d'une réunion tenue dans la capitale des professionnels du secteur rattachés à son parti; ce qui, soit dit en passant, lui avait valu les inimitiés du Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui dirige ce département depuis janvier 2012. Rien, toutefois, pour empêcher M. Akhannouch de revenir à la charge. «Si [les Marocains] veulent que nous prenions la Santé nous la prendrons, parce qu'ils savent qu'elle fait partie des priorités», a-t-il martelé. Outre la Santé, M. Akhannouch a également mentionné l'Emploi et l'Education. Pas un hasard: le dialogue interne qu'a mené le RNI au cours de l'année 2017 avait fait ressortir qu'il s'agissait des principales préoccupations des Marocains.
Un choix gagnant
M. Akhannouch en a d'ailleurs fait les piliers du «parcours de la confiance» dont il a présenté à Agadir même, lors d'un congrès régional tenu en février 2018, les grandes lignes, et qui concrètement préfigure le programme électoral du parti pour les prochaines échéances. Pour l'heure, le RNI a indéniablement de l'avance sur les autres formations. Mais cela pourra-t-il lui assurer de rafler la mise en 2021? Ce que, a contrario de beaucoup de ses concurrents, le RNI a pour lui, c'est avant tout l'union sacrée autour de son chef: il faut rappeler que c'est à la propre initiative du bureau politique que M. Akhannouch a été sorti, le 12 octobre 2016, de sa retraite après la dégringolade connue cinq jours plus tôt aux législatives (37 sièges contre 52 au scrutin du 25 novembre 2011).
Un choix qui va s'avérer en peu de temps gagnant, puisque le concerné manoeuvrera d'abord pour fusionner le groupe parlementaire de son parti avec celui de l'Union constitutionnelle (UC), fort, lui, de 19 députés, de sorte à ne pas négocier en position de faiblesse avec M. Benkirane, qui voulait reconduire le RNI dans le gouvernement que le roi Mohammed VI l'avait chargé de former mais en ne lui laissant que des miettes. Ensuite, M. Akhannouch parviendra à élargir son cercle d'alliance au Mouvement populaire (MP) et à l'Union socialiste des forces populaires (USFP) au détriment du Parti de l'Istiqlal (PI), dont le PJD voulait faire des 46 députés une carte en main.
Conquérir les électeurs
Comme chacun le sait, M. Benkirane sera, après plus de cinq mois de blocage, remercié au profit de Saâd Eddine El Othmani, dont le gouvernement, nommé le 5 avril 2017, non seulement permettra au RNI de garder le ministère de l'Economie et des Finances, celui de l'Agriculture et de la Pêche maritime, celui de l'Industrie, de l'Investissement, du Commerce et de l'Economie numérique et celui de la Jeunesse et des Sports en les personnes de Mohamed Boussaïd, M. Akhannouch, Moulay Hafid Elalamy et Rachid Talbi Alami, mais aussi de mettre la main sur celui de la Justice, dirigé depuis lors par Mohamed Aujjar.
On peut aussi y ajouter le secrétariat d'Etat chargé de la Pêche maritime et celui du Tourisme, expressément créés et confiés à Mbarka Bouaïda et Lamia Boutaleb. D'aucuns ont voulu plutôt voir, dans ce succès, la main du Palais: il est en effet de notoriété publique que M. Akhannouch jouit d'une certaine sympathie auprès de S.M. Mohammed VI.
Mais de là à prétendre une quelconque cooptation royale n'est guère recevable: le récent rapport de la Cour des comptes, bien peu amène envers le département de l'Agriculture, que dirige M. Akhannouch, a bien démontré que le personnel et l'étatique n'ont rien à voir dans l'affaire. Autrement, les efforts faits par le RNI depuis bientôt trois ans pour conquérir de nouveaux électeurs sont bien la preuve la meilleure que les dés ne sont pas pipés: pourquoi, en définitive, déployer une telle machinerie si l'on est d'ores et déjà assuré de gagner? Ainsi, le RNI veut encarter, d'ici les législatives, pas moins de 400.000 adhérents, ce qui en ferait alors de très loin le premier parti du pays.
Les autres formations, à commencer par le PJD, semblent en trembler. Il y a d'ailleurs dans les attaques répétées de M. Benkirane, puisque celle de novembre 2018 n'était ni la première ni la dernière, l'expression d'un sentiment d'inquiétude profond chez les islamistes. Ces derniers pourraient, ainsi, même être derrière le boycott qu'a subi la chaîne de station-service Afriquia, filiale d'Akwa Group, au printemps 2018, à en croire du moins un rapport que l'on doit à l'Ecole de pensée sur la guerre économique (EPGE). Selon cette institution basée dans la capitale française Paris, les parties qui ont initié la campagne sur les médias sociaux seraient connues pour leurs sympathies envers le PJD.
Au nom du père
Ce qui est sûr, c'est que beaucoup gagneraient à ce que M. Akhannouch renonce. On ne peut, en même temps, ne pas s'interroger sur les motivations de l'intéressé à continuer à occuper la scène politique: il pourrait, après tout, très bien se faire discret, et profiter de sa fortune à l'abri des regards, sans devoir rendre compte à personne. Pour trouver la réponse, il faut peut-être non pas revenir à sa propre histoire, mais à celle de son père, Ahmed Oulhaj Akhannouch, un nationaliste de la première heure qui perdit toute sa fortune pour avoir pris fait et cause pour l'indépendance du Maroc contre la France.
De cette figure tutélaire, il est souvent question dans les discours de M. Akhannouch, souvent en des termes qui ne laissent que peu de doute sur leur sincérité. Ainsi, l'émotion était palpable dans sa voix quand, invité à s'exprimer en mars 2018 à l'émission Confidences de presse sur la chaîne 2M, il s'était mis à commenter une photo de celui qu'il appelle encore affectueusement «Haj Ahmed» en compagnie de l'ancien opposant Mehdi Ben Barka. M. Akhannouch n'est peut-être pas ce qu'on pourrait appeler une bête politique, mais il n'est pas forcément nécessaire de l'être pour toucher les gens. Et, éventuellement, faire un bon Chef de gouvernemen.


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