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Hammouchi révolutionne la Police
Publié dans MarocHebdo le 06 - 06 - 2018

En s'excusant auprès d'un citoyen pour une bavure d'un officier de police, le patron de la dgsn confirme le souci de la direction de moraliser l'institution de la sûreté.
En rentrant à son domicile ce soir du 24 mai 2018, Khalid Choukri ne pensait sans doute pas se retrouver à la une des médias sociaux. Ce devait, à vrai dire, être le dernier souci de ce père de quatre filles après avoir eu son triporteur, dont il se sert pour commercer, saisi par la police parce qu'il ne portait pas de casque: il avait pourtant supplié l'officier de paix à qui il a eu affaire au niveau d'un rond-point de la ville de Casablanca, allant même jusqu'à lui baiser les mains et les pieds. Mais ce dernier n'en a cure, et se répand, au contraire, en insultes en direction de son interlocuteur à mesure que l'échange s'éternise -tous les noms d'oiseaux ou presque y passent. Ce que Khalid Choukri ne savait pas par contre, c'est que cette scène, qui allait être partagée comme une traînée de poudre sur les médias sociaux, était filmée.
Attitude courageuse
Au matin du vendredi 25 mai, un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) annonçait la suspension de l'officier en question ainsi que sa traduction devant le conseil disciplinaire pour «violation du code déontologique des fonctionnaires de la sûreté nationale», «manquement au devoir de réserve » et pour «avoir exposé un individu à une agression verbale et physique». Il révélait également l'ouverture d'une enquête judiciaire par la préfecture de police de Casablanca. Clairement, la DGSN ne rigolait pas. Khalid Choukri, informé d'abord par des connaissances de sa nouvelle célébrité puisqu'il n'est pas à titre personnel présent sur les médias sociaux, ne veut pas y croire. Il pense que l'affaire n'ira pas plus loin, surtout que lui aussi n'est pas exempt de reproches. «Moi aussi je criais et moi aussi j'insultais,» reconnaît-il. En même temps que la DGSN publie son communiqué, lui est reçu par les responsables de la police, qui de son propre aveu, du plus petit au plus grand, le traitent avec beaucoup d'égards et de respect. «Ils m'ont remonté le moral,» confie Khalid Choukri. Mais le jeune homme n'est pas au bout de ses surprises. Car ce samedi 26 mai, le surlendemain des faits, c'est à Rabat qu'on l'emmène pour rencontrer le directeur général de la DGSN «himself», Abdellatif Hammouchi, qui a tenu à le recevoir dans son bureau dans la capitale pour lui présenter des excuses au nom de toute la police.
Un geste inédit en 62 ans d'histoire de l'institution policière au Maroc, salué par de nombreuses personnalités publiques, à l'instar du ministre d'Etat chargé des Droits de l'Homme, Mustapha Ramid, qui a le jour même appelé «le premier flic du Royaume» au téléphone pour lui témoigner son «appréciation» et sa «reconnaissance» pour son attitude «noble et courageuse». Sur sa page Facebook, l'ancien ministre de la Justice a parlé de l'inauguration d'une nouvelle étape de bonne gouvernance sécuritaire, basée notamment sur le respect des citoyens. La DGSN a d'ailleurs elle-même mis l'accent dans son communiqué sur son souci de moraliser l'institution de la sûreté et d'améliorer la conduite de ses fonctionnaires de manière à assurer la sécurité des citoyens. Khalid Choukri, qui parle encore de son entrevue avec M. Hammouchi avec beaucoup d'émotions dans la voix, dit avoir rencontré une personne «exceptionnelle », «comme le Maroc en compte peu». «Il m'a dit que pour la police qu'il n'y avait pas de différence entre un cireur de chaussures et un ministre,» confie-t-il, visiblement bouleversé encore.
Récupération politique
Pour ajouter encore à l'heureux dénouement, Khalid Choukri s'est réconcilié avec l'officier qui l'a agressé, dont il avait demandé à M. Hammouchi pendant leur tête-à-tête qu'il lui pardonne. Les deux hommes se sont enlacés sous les yeux des habitants du quartier d'Errahma, où loge celui que les médias nationaux appellent désormais «moul triporteur» (le propriétaire du triporteur, en darija). Mais si, grâce à l'initiative de M. Hammouchi, tout est donc bien qui finit bien et que la récupération politique que d'aucuns voulaient faire de l'agression de Khalid Choukri a été tuée dans l'oeuf, beaucoup regrettent que la DGSN fasse figure d'exception et non de modèle partout reproduits. Ils avertissent de l'avènement d'un printemps arabe bis au Maroc, surtout que le printemps originel de 2010-2011 avait justement fait suite à l'agression d'un vendeur ambulant de Sidi Bouzid par une agent d'autorité tunisienne.
Le Royaume a vu ces dernières années se multiplier les actes, certes isolés, mais encore nombreux de nombre de ces agents, qui non seulement ternissent l'image du pays mais le placent sur une fragile cocotte-minute. En avril 2016, le suicide par immolation de «Mi Fatiha », une vendeuse de crêpes de la ville de Kénitra, après avoir été vraisemblablement violentée par un caïd avait défrayé la chronique. Quelques mois plus tard naissait à Al-Hoceima le Hirak après la mort d'un poissonnier par la benne tasseuse d'un camion de ramassage d'ordures, après avoir voulu empêcher la saisie d'une cargaison de poisson qui lui appartenait par la police. Ses effets se font encore ressentir, puisque d'autres Hirak ont, depuis, vu le jour ailleurs, notamment à Jerada depuis le 23 décembre 2017. Au sein de l'Etat, M. Hammouchi est donc bien appelé à faire des émules…


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