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Osmane Aïdi, homme d'affaires syrien, un modèle de réussite APPELEZ-MOI DOCTEUR !
Publié dans MarocHebdo le 19 - 12 - 1998

Osmane Aïdi, homme d'affaires syrien, un modèle de réussite
APPELEZ-MOI DOCTEUR !
Le "docteur" Osmane Aïdi est un homme d'affaires syrien prospère. Son sens aigu des " bons coups" lui a valu des résultats et une fortune considérables. Considéré comme un modèle de réussite dans son pays, il inspire également admiration, voire envie en France où il possède également des hôtels et des bureaux. Son principal créneau est l'hôtellerie où son savoir-faire n'est plus à démontrer. Osmane Aïdi est le président de l'association arabe du tourisme.
Toujours élégant dans ses costumes sortis de chez le bon faiseur, Osmane Aïdi est un homme d'affaires qui suscite l'admiration, voire l'envie. Ce Syrien de 67 ans est le prototype même de la réussite. A 21 ans, il était le plus jeune de sa promotion quand il obtient, en 1952, son diplôme d'ingénieur hydraulicien à Grenoble.
Osmane Aïdi
De la même manière,il passe son titre d'Etat de doctorat ès sciences à la Sorbonne, sur la mécanique des fluides. C'est ce diplôme qui lui permettra d'ailleurs de revendiquer le titre de "Docteur" auquel il accorde une attention toute particulière. Il aime qu'on lui donne ce titre qui, après tout, lui revient de droit. "Je suis le docteur Aïdi. Ingénieur. Tout autre titre me répugne, car je ne me comporte pas en millionnaire", aime-t-il à répéter. C'est que les surnoms ne manquent pas pour désigner cet homme qui possède des bureaux à Paris et à Damas. Parmi ces derniers, on retiendra : "Milliardaire", "émir oriental entouré d'un staff efficace", "mystérieux", "homme de pouvoir". Autant de réponses à une question simple : "Que pensez-vous du docteur Aïdi ?".
Docteur avant tout
Personnage de premier plan, ce célibataire endurci ­ pouvait- il en être autrement?- incarne une autorité certaine, même s'il s'en défend: "Je n'interviens pas en politique. Je suis un technocrate et je me comporte comme tel,la Syrie, c'est ma source ", aime à répéter ce fils du fondateur de la faculté de médecine de Damas. Pour celui qui écrivit une "Contribution à l'étude des diffuseurs courts de révolution " publié par le ministère de l'Air français, le tourisme "est un accident de parcours". Il y vient au début des années 70, en construisant des hôtels. Il est, depuis 1978, président de la Société arabe syrienne pour les établissements touristiques (dix-huit hôtels en Syrie) et de ses dix filiales dont Cham Palaces et Hôtels Cham Engineering, Chamtour, etc. L'Etat détient un pourcentage de 25 %, les 75 % restants sont répartis entre 19.800 actionnaires privés. Osmane Aïdi détient la majorité de contrôle. En France, son groupe possède une douzaine d'établissements hôteliers haut de gamme. Après avoir constitué un tour de table avec quelques autres milliardaires moyen-orientaux, il s'est offert, en 1978, le célèbre Royal Monceau pour 120 millions de Francs français. Notre Docteur s'est lancé dans des travaux pharaoniques pour faire du Royal Monceau, qui était en décrépitude, un temple du luxe avec son restaurant sur jardin et ses thermes souterrains à colonnes de marbre façon bains romains.
Aussi, l'hôtel Vernet, le Miramar de Biarritz ou encore l'Ours Blanc à l'Alpe-d'Huez sont autant d'unités dans son escarcelle. Intermédiaire incontournable, il a vendu à Damas, avec la bénédiction du général De Gaulle et de son jeune ministre des Finances Giscard d'Estaing, des caravelles, des centrales thermiques, des usines clés en main.
De nombreuses personnes gravitent en permanence autour de lui : secrétaires déférents, collaborateurs empressés, chacun ayant un rôle bien précis. Dans la capitale française, il ne reçoit pas dans un bureau mais dans une salle de réunion ­il faut de l'espace pour que tout le monde aille et vienne, apportant des messages et remportant des réponses -, auprès d'une longue table chargée de dossiers, et de deux téléphones qu'il décroche rapidement. D'ailleurs à Damas, on est assez fier, de travailler pour le docteur Aïdi. Toujours vêtu de costumes bleus devenus célèbres -le "bleu Aïdi"-, il se déplace d'un pas pressé, avec l'aisance et le port très droit de l'homme habitué à être au centre partout où il va. Il s'amuse aussi de l'impression qu'il fait, d'où le sourire malicieux qui lui vient parfois. Exigeant, il suscite des dévouements absolus. Autant il est grand seigneur dans une réunion officielle, autant il est simple avec ses collaborateurs rapprochés. À Damas, son bureau est modeste. C'est là, de préférence au faste de son siège parisien, qu'il faut chercher la vérité de celui qui dit n'espérer rien des hommes. Sauf, bien sûr, de ses collaborateurs dont il attend, sans pour autant l'exiger, tant cela va de soi, qu'ils aillent au-delà du bout.
"Il faut faire avec", répond-il revanchard, quand il est confronté au caractère difficile d'une personnalité.
Staff efficace
Ne reculant devant aucune audace, il a, pour construire l'Hôtel Cham , obtenu l'expropriation de certaines maisons et fait déplacer le lycée. Marque-t-on quelque réserve? Il s'amuse avec naïveté simulée: "Des gens sont venus me demander de les aider à être expropriés", note-t-il avec malice. Il est l'un des rares hommes d'affaires syriens, sinon l'unique, à être resté dans son pays après la révolution baassiste, en 1963. De cet attachement, la restauration d'Apamée est une preuve, même s'il doit en retirer quelque bénéfice par l'augmentation du nombre de visiteurs fréquentant les Hôtels Cham.
Un homme adulé
De retour en Syrie, après ses études, il est nommé directeur technique des grands projets: barrages de Méhardeh et de Rastane, assèchement du marais du Ghab, construction d'une centrale thermique. Ingénieur-conseil, il enseigne aussi l'hydraulique, l'irrigation et cette même mécanique des fluides à la faculté d'ingénieurs de l'université d'Alep en 1960, à celle de l'université de Damas en 1963. Homme d'affaires prospère et aimant ses pays d'origine et d'adoption, Osmane Aïdi a su, avec flair et intelligence ­les deux allant souvent de pair- saisir toutes les bonnes opportunités qui se sont offertes à lui. Sa rigueur et son sens des affaires en font un homme respecté et admiré dans son pays, mais également un personnage fascinant sur lequel courent les rumeurs les plus diverses dans l'Hexagone.
Osmane Aïdi est détenteur de la Légion d'honneur française.