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Michel Lahrizi, ou le sort inconnu d'un compagnon de Mehdi Ben Barka
Publié dans MarocHebdo le 04 - 02 - 2000


POUPEES RUSSES
Michel Lahrizi
Si ce n'est pas une boîte de Pandore, c'est tout comme. Chaque jour, de nouveaux noms de disparus s'ajoutent à la liste déjà longue. La vérité sur toutes ces affaires est loin d'être établie d'autant plus que les mis en cause ou les acteurs directs ne sont plus de ce monde. L'affaire de Michel Lahrizi, disparu avec sa femme et sa fille laisse pantois. Un autre dossier exhumé
Michel Lahrizi ; drôle de nom pour un nationaliste. Pourtant l'explication est simple, Michel pour "lettré, intellectuel, idéologue " et Lahrizi pour "fils du terroir, nationaliste, patriote". Plus qu'il ne faut pour valoir au fidèle compagnon de Ben Barka un sort des moins enviable. Enlevé à Fès par les services du général Oufkir, par ce matin du jeudi 17 décembre 1959, le jeune nationaliste va connaître les pires tortures.
Deux jours auparavant, Abderrahmane Youssoufi et Mohamed Basri étaient arrêtés. La police voulait à tout prix empêcher Mehdi Ben Barka de tenir sa conférence devant les étudiants de l'université Al Karaouiyine et les élèves du lycée Moulay Driss. Si les deux premiers ont eu la chance de retrouver la liberté, Lahrizi, de son vrai nom Mohamed Lahrizi payera cher ses convictions.
Comme l'ennemi numéro 1 de l'époque était Ben Barka, dans l'esprit retors d'Oufkir, le jeune compagnon du leader nationaliste devait constituer l'élément essentiel pour coffrer ce dernier.
Insistance
Transféré dans le secret total au camp de Moulay Ismaïl à Rabat, il devait se plier aux exigences d'Oufkir qui lui proposait ni plus ni moins de conforter la thèse d'un complot que serait en train de préparer Ben Barka contre la monarchie. Comme Lahrizi refusait, il va faire connaissance avec les hommes d'Oufkir.
Dlimi qui venait juste de commencer son apprentissage accepta de se faire la main sur le jeune homme malgré le fait qu'il le connaissait personnellement puisque Lahrizi a passé toute son enfance à Sidi Kacem, fief de Dlimi.
On peut imaginer aisément le massacre qui allait suivre. La petite famille du jeune homme va suivre le sort du papa. Marié à une Suissesse, il avait une petite fille de trois ans. A l'époque, Oufkir se souciait bien peu de la diplomatie et la disparition de la mère et de la fille va pourtant susciter pas mal de réactions aussi bien au Maroc qu'en Suisse.
La mère d'Erika la femme de Lahrizi va saisir la justice helvétique. Devant l'insistance des Suisses, Oufkir demanda à Dlimi de fabriquer une évasion sur mesure pour Lahrizi et sa petite famille. Il est approché par un proche parent de Dlimi qui tente de le raisonner avant de l'aider à se faire la belle.
"Relâché" deux ans après dans un état épouvantable, il va être placé dans une villa avant d'être conduit à Tanger. Il fallait à tout prix faire croire à la thèse de l'exil après l'évasion.
Disparition
A Tanger, il va être, encore une fois, arrêté par les agents du commissaire Tayeb, un adjoint de Dlimi qui se fera un plaisir de le remettre aux agents du fameux cabinet 1 dont la seule évocation provoquait l'horreur. Créé en 1958, le cabinet numéro 1 offrait un service spécial à tous ceux qui avaient le goût pour l'opposition, c'était le départ des années de plomb qui donneront naissance à Dar El Mokri et autre Tazmamart. La mère d'Erika reviendra à la charge et un mandat de recherche sera lancé par la police helvétique qui n'ira pas loin puisque la disparition était niée par les autorités marocaines de l'époque.
L'affaire fera d'ailleurs l'objet d'un article dans la Tribune de Genève, le 18 octobre 1976. Dans cet article, un adjoint du directeur de la sûreté nationale qu'était Dlimi livre des confidences sur l'affaire Lahrizi. M. Skiredj qui fut pendant cinq ans l'adjoint d'Oufkir, explique comment Lahrizi avait été arrêté puis torturé pour "avouer" un pseudo complot afin de mouiller Ben Barka.
Héritiers
C'est d'ailleurs ce refus qui a précipité les choses pour le leader nationaliste qui va être enlevé par Oufkir et Dlimi à Paris quelques années plus tard. Il explique d'ailleurs comment le cabinet numéro 1 qui devait constituer un service de renseignement à l'efficacité légendaire a été dévoyé pour devenir un repaire de barbouzes chargées d'enlever et de faire disparaître les opposants.
Il détaille les prérogatives du service : "après la mort de Mohamed V nous fûmes destinés à une tout autre activité. Le général Oufkir ­ qui n'était pas encore ministre - devint notre chef avec Dlimi comme adjoint direct. J'étais alors l'un des responsables des services spéciaux et notre tâche consistait à lutter contre la subversion, c'est-à-dire essentiellement contre l'Union nationale des forces populaires et la gauche en général".
Il affirme que le général Oufkir avait créé les réseaux Tadlaoui du pseudonyme de leur responsable Moulay Ahmed Azgaoui, qui serait le véritable nom de Chtouki, l'homme dont on a tant parlé pendant le procès Ben Barka et dont il est l'un des ravisseurs. Le compagnon de Ben Barka a donc payé cher sa carrière de militant nationaliste. Aucune tombe ne porte son nom, il partage ainsi le triste sort de Ben Barka et de ce fait son affaire porte, en elle, l'exigence de vérité qui prévaut pour tous les autres disparus.
La méthode Oufkir, reprise par ses héritiers spirituels, avec beaucoup d'adeptes dont Dlimi ne constitue pas le seul rejeton, était basée sur une accusation facile. Les opposants étaient accusés de faire le jeu des pires ennemis du régime en salissant l'image du Maroc. La presque totalité de la presse et de l'intelligentsia marocaine réclament la vérité.
Dramatique débat mais, dans ce déchaînement d'amertume, il ne faudrait certainement pas que se trouve abîmée jusqu'à l'image que les Marocains se font d'eux-mêmes. Le déshonneur appartient désormais à ceux qui ont tué l'espoir et l'histoire les identifiera un jour.