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Le cinéma marocain s'émancipe Longueur de pellicule
Publié dans MarocHebdo le 06 - 04 - 2001


Nabil Ayouch et Ali Zaoua à la conquête du monde
Le cinéma marocain s'émancipe
• Nabil Ayoucha
L'homme qui a insufflé un grand bol d'air frais à un cinéma marocain à peine renaissant est un homme logique. Nabil Ayouch se dit habité par le problème des enfants des rues. Bizarre, cet homme né dans l'aisance qui "était ému sans comprendre pourquoi". Ça fait poseur, serait-ce une usurpation de sentiments pour cause de mauvaise conscience? Démagogie? Voyeurisme? Créneau porteur?
"J'habitais à Fès, et la ville connaissait déjà l'exode rural, bien avant d'autres régions. Alors les enfants des rues que l'on voit à Rabat ou Casablanca, principalement, plantés à chaque feu rouge, je les connaissais déjà quand j'avais 5 ans. C'est à cet âge que j'ai senti qu'ils avaient quelque chose de spécial et de pas précisément joyeux, mais quoi, à part leur mine? Je fais des films parce que, aussi loin que je me souvienne, je voulais faire des films, tout ça, c'est devenu Ali Zaoua".
Pourtant Ali Zaoua , qui vaut à Nabil Ayouch une renommée internationale, n'est venu qu'après d'autres films. Il fallait faire ces films pour faire Ali Zaoua.
Succès
Mektoub, dont j'ai dit tout le bien que j'en pensais parce qu'il promettait tant de choses, est selon nous un film déclic. Après ce film, 350 000 entrées au Maroc, 20 000 en France, soit on continue soit on s'estompe dans l'oisiveté, on exprime le jus de la très petite notoriété qu'on a acquise et dont la valeur est inversement proportionnelle au nombre des années, et le théâtre de ceux qui faillirent créer et qui ne la bouclent jamais, artistes de tout poil, vedettes surfaites et fanées et autres faiseurs. Les artistes marocains qui ne créent pas aujourd'hui, ne travaillent pas au progrès de leur art et donc de leur société, ne sont pas sérieux. Il y a si peu de génies méconnus. Quoi que. Et Nabil Ayouch dit: "le succès de Ali Zaoua me sert d'abord à m'inscrire dans un cinéma marocain de qualité, un cinéma en mouvement depuis une dizaine d'années. Bien sûr, je n'aime pas tout ce qui se fait. Mais ce que je pense, c'est que le cinéma marocain peut devenir parfaitement exportable, aujourd'hui. Il y a bien des difficultés, mais le cinéma qui choisit ses armes peut tenir tête au cinéma international".
• Une séquence du film Ali Zaoua, tournée avec les enfants de Bayti.
Il n'empêche, pourquoi ça n'a pas été aussi simple et comment les choses ne se font pas faites alors? Pourquoi nos pièces de théâtre sont-elles indigentes, les scénarios sont affligeants deux films sur trois. Alors avec le cinéma du bricolage qui perdure, je ne vois pas vraiment de quel mouvement parle Nabil Ayouch.
Ambitions
"Des films marocains sont déjà diffusés à l'étranger. Cette brèche doit être élargie, il n'y a pas de raisons pour que le cinéma marocain n'accélère pas la cadence".
Oui, mais avec quels moyens?
"Evidemment, si l'on compte sur le Fonds d'aide au cinéma marocain, on sera certainement frustré de ne pas pouvoir aller au bout de ses ambitions et de ses rêves. Le cinéma marocain sera en bonne santé quand il en aura pris les moyens. Et pour trouver des moyens pour se hisser au niveau international, il faut être crédible aux yeux de ceux qui financent le cinéma au niveau international".
C'est bien joli, mais comment convaincre ces financiers?
"On écrit un scénario convaincant".
Mais ce n'est pas tout, selon Nabil Ayouch: "Quand UGC ou TF1 ou Canal Plus acceptent de coproduire un film au vu d'un scénario, celui qu'on leur a proposé n'est certainement pas adopté tel quel, parce que ceux qui investissent dans le film demandent ensuite des aménagements et ça aussi ça demande un énorme travail. Mais le cinéma marocain va franchir le pas, j'en suis convaincu. J'aimerais aussi rappeler que si les scénaristes ne courent pas les rues c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas d'école du cinéma. Au Liban, après seulement 10 ans de paix, il y a deux écoles de classe internationale".
Dénonciation
Il faut dire cependant que Nabil Ayouch tempère son optimisme: "Pour atteindre le public au niveau international, il faut absolument sortir du ghetto maroco-marocain, le Maroc se dit aussi dans la langue universelle du cinéma, on peut sous-titrer un film ou le doubler, comme on le fera pour l'Allemagne, mais le Maroc intéresse l'extérieur parce qu'il est aussi une manière nouvelle de dire les choses."
Le film doit-il pour autant être un film d'auteur? Pour le metteur en scène de Ali Zaoua, l'expression film d'auteur est restrictive, comme on l'entend généralement. Tout film dont un cinéaste a fait son rêve, son quotidien durant de longues années est un film d'auteur.
Insuffisance
"Bien sûr un film d'auteur n'est pas fatalement destiné aux salles de cinéma d'art et d'essais ou aux ciné-clubs. Avec une démarche résolument non commerciale, 450 000 spectateurs marocains ont vu Ali Zaoua. Il est en salle dans vingt pays".
Du cinéma militant à la mode civile pour dénoncer la misère et l'abandon? "Non, il est possible que la société civile profite de cette audience pour faire avancer son combat contre la pauvreté et ses conséquences. Moi, ce n'est pas mon métier, même si à titre strictement personnel, je n'ai pas rompu le contact avec les enfants du film."
Puis le militantisme est aussi ténu que la fiction est forte. Ali Zaoua est un film onirique.
Alors que vont devenir les enfants?
Je tiens donc absolument à poser cette question: "Est-il vrai que vous n'avez pas versé leur cachet à ces enfants?"
"Je ne sais pas si j'ai de l'énergie à perdre avec cette rumeur fabriquée par des gens aigris, mais enfin je ne peux pas non plus ne pas répondre. Je vous dis donc que les enfants ont été payés le double de leur cachet, mais le plus important n'est pas là. Le plus important est que même ces gens-là pourront désormais s'entendre dire: "Oui, mais vous, qu'est-ce que vous faites pour ces enfants là, en ce moment même. C'est important puisque vous êtes si intéressés par le cachet des enfants. Toutefois, un cachet pour les enfants qui ont joué dans le film, c'est notoirement insuffisant, voilà pourquoi c'est l'association Bayti qui veille sur l'argent de tous les enfants qui n'ont pas joué dans le film".
Ils ont joué et ils vont rentrer dans leur gîte à Bayti, comme si rien ne s'était passé?
"Non, les douze enfants qui ont tourné dans le film vont bénéficier de l'aide d'entreprises marocaines, de l'UNESCO et de Bayti pour réaliser un projet déjà lancé, créer une structure d'accueil où ils seraient ensemble pendant qu'ils suivront des stages en entreprises pour apprendre le métier qu'ils ont choisi".
Alors la vie continue. Ali Zaoua est présent dans une quarantaine de festivals, il a déjà gagné 18 prix, et ce n'est pas fini, pour le reste, "j'ai fait un film avec ces enfants et maintenant le Maroc parle d'eux. Mais vous et moi et tous les Marocains, qu'allons nous faire pour eux après le film"?
Un palmarès prestigieux pour un homme très modeste
Longueur de pellicule
Nabil Ayouch est né en 1969.
Son premier contact pratique date des années 1990/91, c'est à cette date qu'il devient assistant réalisateur.
En 1987/90, il prenait des Cours de théâtre à Paris, chez Sarah Boréo et Michel Granval. Il a réalisé, depuis 1992 une cinquantaine de spots publicitaires pour le Maroc, l'Afrique noire et les départements français d'outre-mer
Trois spots signés Nabil Ayouch sont récompensés au Mondial de la Publicité Francophone en 1993 à Genève, en 1994 à Deauville et en 1995 à Montréal où il obtient la Médaille d'or des Nations.
Premier trip onirique, en 1992, avec Les pierres bleues du désert, un fantastique voyage de 21 minutes où Jamel Debbouze, encore inconnu tenait le rôle principal. Le court-métrage sera représenté dans une vingtaine de festivals à travers le monde et a obtenu le Prix Canal Plus au festival du film méditerranéen de Bastia, en France.
En 1994, il réalise un autre court-métrage : Vendeur de Silence qui dure 26 minutes. Il sera visionné dans plusieurs festivals à travers le monde et remportera le Prix de la meilleure réalisation au festival National du film de Tanger.
C'est dans les années1997/98, à la sortie de son premier long métrage de fiction "Mektoub " que Nabil Ayouch donnera toute la mesure de son talent. Depuis Mektoub, Nabil Ayouch a brûlé les étapes et s'est retrouvé, avec Ali Zaoua devant un succès tel qu'il en semble un peu distant. La pudeur.
Le film a obtenu le Prix du meilleur film arabe et le Prix de la meilleure première œuvre au festival international du film du Caire et le Prix spécial du jury à Oslo. Mais ce n'est pas tout. Moment certainement émouvant, celui où les deux principaux enfants qui jouent dans le film sont allés recevoir le Prix en Belgique.