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Casablanca : Cinéma Lutetia, l'une de ces salles qui renaissent de leurs cendres
Publié dans Yabiladi le 14 - 02 - 2025

Ouvert pour la première fois au début des années 1950, peu à peu vidé de ses cinéphiles dans les années 1990, le cinéma Lutetia fait partie de ces salles obscures qui ont pu renaître de leurs cendres à Casablanca, ville connue pour ses nombreux lieux de cinéphilie. Parmi eux, beaucoup ont été laissés en ruine, mais d'autres ont défié le temps pour faire peau neuve et attirer désormais un public de tous les âges.
Au grand bonheur des cinéphiles dans certaines villes du Maroc, des salles obscures ouvrent peu à peu, qu'elles soient nouvelles ou anciennement désaffectées. Celles-ci renaissent parfois de leurs cendres, côtoyant ainsi quelques multiplexes qui ont investi l'espace au fil des décennies, ou les grands complexes flambant neufs. Casablanca fait partie de ces nombreuses villes où des cinémas ont été fermés ou laissés à l'abandon, depuis la fin des années 1980. Mais ces dernières années, certains ont été restaurés et réinvestis, sans être convertis à des activités autres que celles auxquelles ils sont destinés.
Au vu de la dimension d'une ville comme Casablanca, celle-ci s'est fait connaître par des salles qui ont marqué le passé des quartiers comme celui du centre-ville. Parmi elles, certaines ont été détruites, comme le Vox, beaucoup ont été abandonnées, comme l'ARC, tandis que d'autres ont été converties en centres commerciaux, comme Liberté. Mais quelques-unes ont résisté au temps, jusqu'à leur restauration et enfin leur ouverture occasionnelle, ou même la reprise régulière de leur activité.
Un lieu et ses usages préservés, voire améliorés
L'actuel Ciné-théâtre Lutetia fait partie de ces espaces sauvés, grâce à l'investissement familial et à l'engagement personnel de Lamia et de Karim Bengelloun, dont le père a été l'un des actionnaires, il y a plus de 70 ans.
Cinéma Lutetia en 1961 / Ph. Suzy Chatrieux
A part les décennies qui passent et qui laissent des traces sur les murs, les rues et les bâtiments, les incontournables du quartier sont d'ailleurs toujours là : des îlots d'immeubles à l'architecture art déco, dressés en vis-à-vis de l'historique Médina, l'Institut culturel allemand Goethe, la rue piétonne Prince Moulay Abdellah, ses cafés, ses boutiques, ses parfumeries et ses commerces qui luttent contre l'oubli, quelques enseignes historiques de la place, dont des marques de literie et d'habillement, l'incontournable librairie Livre service, puis le Lutetia, pratiquement mitoyen à la taverne livresque.
Depuis la première ouverture de la salle, au début des années 1950, le Lutetia a en effet constitué un cœur battant du centre-ville, associé aux habitudes de sorties, au rituel de se rendre au cinéma et à divers espaces de divertissement, surtout par sa proximité de l'ancien théâtre municipal qui accueille à ce moment-là spectacles, concerts, mais aussi lectures de poètes. Gérée d'abord par ses propriétaires français, la salle a continué son activité après l'Indépendance, attirant cinéphiles marocains et étrangers durant les années 1960, ou encore un large public d'étudiants au cours des 1970 et 1980, marquées par l'émergence des cinéclubs.
Mort et renaissance du premier film de Mostafa Derkaoui
Au fil de ces décennies, la tradition de la maison a toujours été de proposer une programmation diversifiée, mais aussi de mettre à l'affiche des films recherchés qui attirent les férus de l'art et essai. Seulement, le contexte socio-politique de la fin des années 1980 et du début des années 1990 confronte tous les secteurs à des défis économiques majeurs. Perçues comme un acte politique, les pratiques de cinéphilie sont en déclin et les dynamiques culturelles s'essoufflent.
Ph. Anass Ouaziz - Cine-théâtre Lutetia
En conséquence, l'atmosphère est de moins en moins favorable à la pérennité des salles de cinéma, nombreuses à connaître un afflux qui s'amoindrit pour devenir quasiment nul. La démocratisation du VHS, ou encore du piratage, constitue le coup de grâce qui a fini par achever nombre de salles obscures.
Impossible de mettre la clé sous la porte
Mais Karim Bengelloun refuse de baisser le rideau. Plus qu'un lieu public de cinéma, le Lutetia est d'abord et surtout une histoire de famille qu'on ne quitte pas dans les moments difficiles. Sans attirer de public, la salle ne mettra pas fin à son activité. Mais à partir de 2018, l'effritement du local et l'obsolescence du matériel vieilli ont fait rendre les propriétaires à l'évidence qu'une rénovation profonde s'impose. Dans le même contexte, le Centre cinématographique marocain (CCM) mène le chantier de numérisation des salles obscures, avec des exigences sur le cahier des charges.
Il aura fallu beaucoup de patience pour les légataires de ce joyau architectural, afin de mener à bien les travaux de fonte en comble, tout en préservant le style art déco original du bâtiment et de l'intérieur. Lamia et Karim Bengelloun mobilisent même leurs fonds propres, pour mettre en avant la singularité de l'espace, respecter son aménagement initial et équiper le lieu de projection du matériel technique de pointe. La mosaïque au sol date de l'époque, les portes bleues du balcon donnent sur la buvette, qui retrouve son aspect original.
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Ph. Anass Ouaziz - Ciné-théâtre Lutetia
Depuis la réouverture en 2021, le pari est réussi : avant de s'intéresser à l'affiche, le lieu intrigue et émerveille tous les âges. Les plus anciens se réjouissent de retrouver leur repère incontournable d'une autre vie. Les plus jeunes sont fascinés qu'un espace aussi imposant date de l'époque, mais qui propose les dernières sorties de films.
En termes de programmation, le Lutetia est également resté fidèle à sa tradition. En tant que salle indépendante, il propose quelques films tout public, d'autres pour enfants, mais aussi ceux à thème, ou encore des créations plus recherchées par les fins connaisseurs du septième art, lesquelles restent pour autant accessibles aux curieux. Ouvert sur tous les cinémas, il met à l'affiche des productions internationales, ainsi que des œuvres de jeunes réalisateurs marocains.
Des endroits qui attirent tous les âges
Cette approche donne à la salle de cinéma toute sa valeur artistique et fonctionnelle, en tant qu'espace de culture ouvert. En tant que lieu historique incontournable, il accueille aussi des avant-premières et des lancements. Il revêt tout autant une dimension pédagogique, au carrefour d'un secteur de la ville connu pour son importante fréquentation de jeunes impatients de découvrir des nouveautés, avec un impact éducatif conséquent.
Ph. Ciné-théâtre Lutetia
Grâce à la nouvelle vie du Lutetia dans le centre de Casablanca, comme d'autres anciennes salles dans d'autres villes au Maroc, cette même approche a permis un regain de la pratique de voir un film sur le grand écran. A la même période, Meknès a connu aussi un retour d'activité au Cinéma Camera, après restauration. Tanger a redonné vie à sa première salle de projection, Alcazar. Peu avant, Rabat a vu la réouverture du cinéma Colisée, composé de plusieurs salles de différentes dimensions.
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Le regain d'intérêt s'observe auprès d'un public de diverses générations, comme pour rassembler les nostalgiques de l'âge d'or des sorties au cinéma, ravis de retrouver certains lieux d'antan, et les plus jeunes, nés pendant le déclin de cette pratique et donc curieux de découvrir à quoi ressemble le rituel, au-delà de l'écran des plateformes de streaming ou des DVD des années 2000.
En chiffres, les salles de cinéma au Maroc accueillent de plus en plus de spectateurs, passant de 1 700 000 en 2023 à 2 200 000 en 2024. En un an, le total des entrées aura connu une hausse de 42%, avec 127 millions de dirhams (MDH) en 2024, contre 89 MDH en 2023 et 77 MDH en 2022.


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