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FIFM 2025 : Dans «Calle Málaga», Maryam Touzani fait du deuil maternel un chef-d'œuvre [Interview]
Publié dans Yabiladi le 01 - 12 - 2025

Montré au 22e Festival international du film de Marrakech (FIFM 2025), «Calle Málaga» de Maryam Touzani raconte une histoire profondément personnelle, inspirée de la vie de sa grand-mère espagnole ayant vécu à Tanger. La réalisatrice y rend hommage aussi et surtout à sa mère, décédée brutalement il y a trois ans. Né de la douleur de la perte, son opus s'avère être un chef-d'œuvre cinématographique, à travers lequel elle fait du deuil son catalyseur créatif.
Sélectionné pour représenter le Maroc aux Oscars 2026, le nouveau long-métrage de la réalisatrice Maryam Touzani a été présenté au Festival international du film de Marrakech (du 28 novembre au 6 décembre 2025), dimanche soir. Prix du public dans la catégorie Spotlight en sélection officielle de la 82e Mostra de Venise, il racontre l'histoire de Maria Angeles (Carmen Maura), une femme espagnole de 79 ans vivant seule à Tanger. La quiétude de sa vie quotidienne bascule, lorsque sa fille Clara (Marta Etura) vient de Madrid pour vendre la maison.
La mère remue alors ciel et terre pour conserver son lieu de vie et reprendre ses objets personnels, quitte à les racheter un par un. Jusqu'au bout, Maria Angeles et Clara campent sur leurs positions. La première ne conçoit pas sa fin de vie ailleurs que dans son quartier de toujours, où elle a ses habitudes de sortie dans les marchés, ses liens de voisinage devenus encore plus forts que ceux familiaux, ainsi que ses repères de toujours : l'église de Tanger et le cimetière où son mari est inhumé.
Jeune mère divorcée, Clara ne voit pas d'autre issue à son impasse économique pesante que celle de vendre une maison biscornue. Elle va jusqu'à proposer à Maria Angeles de séjourner dans le centre pour personnes âgées, si elle veut rester à Tanger, ou de la rejoindre à Madrid, où elle pourrait profiter de la proximité avec ses petits-enfantss. S'en suivent alors une série de péripéties, qui questionnent l'appartenance, la mémoire, les liens familiaux, mais aussi l'amour au temps de la vieillesse, le tout sur un ton équilibré qui rend le film encore plus attachant.
Avec Maria Angeles, on est en effet en immersion dans une médina de Tanger que l'on ne quitterait pour rien au monde, entre les senteurs des marchés, les boutiques d'épices et les épiceries, les terrasses de cafés anciens et les fervents supporters du Real Madrid ou du FC Barcelone, en coexistence dans les différences. La protagoniste y vit pour y rester, d'autant que le Madrid de Clara incarne l'inconnu et surtout le déracinement.
Dans cet entretien, la réalisatrice Maryam Touzani confie à Yabiladi comment ce film est un hommage à son Tanger de naissance, celui de sa grand-mère espagnole mariée à un marocain. C'est aussi un repère rattaché à sa mère, décédée il y a trois ans et dont il reste les souvenirs à transformer en énergie créative, comme elle le fait cinématographiquement dans «Calle Málaga».
Vos films illustrent en image votre attachement aux lieux chargés de sens. Vous avez tourné «Le bleu du caftan» dans la médina de Casablanca et pour «Calle Málaga», vous avez posé votre caméra dans la médina de Tanger. Que vous évoquent ces repères ?
Mon choix s'est porté naturellement sur la ville de Tanger, considérant le contexte personnel douloureux dans lequel j'ai écrit ce film. Le décès de ma mère a été un moment très difficile. Avec sa mort, j'ai eu le sentiment d'avoir perdu une moitié de moi-même, vu les liens très forts entre nous et sa mort inattendue.
Ce film a été donc une manière de transformer cette douleur. Pour moi, Tanger est ma mère et ma maison. Je n'aurais pas imaginé y revenir sans elle. L'écriture et la réalisation ont été la seule manière d'y retourner sans ma mère et de continuer à aller de l'avant, comme me l'a toujours répété pour me motiver.
Chaque lieu à Tanger est rattaché à un souvenir avec elle, qui a grandi justement dans la rue Málaga. J'ai commencé le cinéma avec la mort de mon père et maintenant, j'ai fait ce film à la suite de la mort de ma mère. Pour pouvoir revenir à ma ville mais sans elle désormais, il m'a fallu remplir cette absence de souvenirs heureux, en leur redonnant un sens après le décès de ceux qu'on aime.
C'est l'occasion pour moi également de montrer aux gens comment Tanger est un espace particulier, par la bienveillance de sa population, la coexistence régnante, le vivre-ensemble, l'inclusion et le respect entre tous. J'ai grandi dedans et j'ai voulu montrer ce mode de vie à d'autres.
En d'autres termes, ce film est une lettre d'amour à Tanger, où cet esprit existe encore et où nombre d'Espagnols comme ma grand-mère restent très attachés à la cité. Ils ne s'imaginent ni vivre ailleurs, ni mourir ailleurs, quand bien même leurs enfants habitent ailleurs. On voit beaucoup de représentations qui traduisent une certaine idée de l'envie de partir du Maroc, mais ce film propose de parler des gens qui tiennent à y rester.
Outre les lieux et les espaces dans vos films, vous êtes très attachée aux objets anciens et aux effets personnels sur lesquels vous faites des gros plans. Ceux que l'on voit dans «Calle Málaga» sont réellement un leg familial ou une reconstitution ?
En effet, le tourne-disque que l'on voit dans «Calle Málaga» appartient à mes parents. Pour les besoins du film, on m'a présenté plusieurs autres modèles, mais j'ai finalement opté pour celui de la famille, car j'ai grandi en le voyant à la maison et en écoutant de la musique dessus.
De même, le mortier de cuisine dans le film est réellement celui de mon arrière-grand-mère, qui l'a donné ensuite à ma grand-mère, qui l'a fait passer à ma mère, qui me l'a ainsi transmis. Donc oui, ces objets ont une vraie valeur personnelle et familiale. J'ai tenu à les représenter à l'écran car c'est aussi un film sur la transmission, sur l'idée qu'en tant qu'êtres humains, notre identité est faite de beaucoup de choses, de cumuls de rencontres, de lieux, mais aussi d'objets symboliques qui ont meublé notre vie.
La maison de Maria Angeles Muñoz est un reflet d'elle-même et tous ses objets sont là pour une raison. Ils sont rattachés à des souvenirs et ils ont une âme. Je les ai cherchés et collectés, car ils racontent des histoires sur cette femme et sur qui elle est. De la même manière, les murs de sa demeure ont vu et vécu des choses. Ils auraient beaucoup à dire, s'ils pouvaient parler.
Ph. FIFM
C'est la raison pour laquelle je mets beaucoup de temps dans le repérage, au lieu de tourner dans un studio. J'ai besoin moi-même de ressentir ces choses-là. Je pense que plus on avance dans l'âge, plus on prend conscience de cette dimension qui est finalement celle de l'appartenance.
FIFM 2022 : Maryam Touzani au plus près des combats personnels dans «Le Bleu du caftan»
Votre aimez laisser voir un film comme on lit un roman. D'ailleurs, vos précédents longs-métrages et ce nouveau revêtent une dimension d'écriture où ces deux univers peuvent se croiser facilement. L'écriture en elle-même est-elle une manière pour vous de transformer la douleur d'une perte en moteur de la création ?
L'écriture a toujours été quelque chose de vital, pour moi. J'ai commencé en tant que journaliste et j'avais indispensablement besoin de m'exprimer par les mots. Cela a continué même après que la vie a fait que je devienne réalisatrice, à travers un court-métrage, le documentaire, puis la fiction.
Au milieu de tous cela, ma première inspiration a toujours été la littérature. J'ai l'écriture et j'ai toujours été passionnée par les livres. Ce que j'aime dans cet univers entrecroisé, c'est ce rapport qui se crée entre le personnage et le lecteur, ou le spectateur, ce pouvoir d'être dans la peau d'un protagoniste, de voyager à travers son esprit à lui et ses interrogations. C'est mon inspiration pour l'écriture et la réalisation.
Dans ce processus, le deuil s'est toujours exprimé dans mes films longs. Il traverse ces œuvres, à commencer par «Quand ils dorment», «Adam» et «Le bleu du caftan». Dans «Calle Málaga», il est évoqué à travers la mémoire de ceux qui partent et comment la conserver. Ma grand-mère est d'ailleurs inhumée dans le cimetière de Tanger, que l'on voit dans ce long-métrage, outre la présentation des objets et des lieux.
Le deuil, la mort et la mémoire ont toujours été évoqués dans mes films, car je pense que le cinéma a toujours été pour moi une manière de panser mes plaies et de trouver un sens dans la vie. Tout cela s'inscrit dans mon écriture scénaristique.
Article modifié le 01/12/2025 à 22h33


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