Dans les couloirs feutrés du football africain, il y a les décisions officielles… et les conversations officieuses. Rien de plus normal dans ce type d'organisation où se mêlent sport, pouvoir, argent et politique. Mais ce qui s'est produit ces derniers jours à la CAF dépasse le simple jeu d'influence. C'est une confusion des rôles assumée et revendiquée de journalistes qui font pression sur le Comité exécutif de la CAF après avoir dénoncé les magouilles et négociations de couloir. DR ‹ › Le journaliste nigérian Osasu Obayiuwana, très actif sur X, se présente comme un chevalier de la vertu qui use de son stylo comme épée pour trancher de ce qui doit advenir à la Confédération africaine de football. Un journaliste sportif que j'ai découvert avec la CAN 2025 avec des prises de positions tranchées comme on en trouve souvent dans ce milieu où les passions sont vives et les avis aussi polarisés que les groupes d'ultras de deux équipes de foot qui s'affrontent. This is what I said to a member of the @CAF_Online exco, after Sunday's meeting at the Giza Palace Hotel in Cairo: "In my opinion, the only way out for CAF, to avoid a legal humiliation at CAS, is to get #Morocco to withdraw their initial complaint, so that #Senegal can… pic.twitter.com/mI5PiSNLYM — Osasu Obayiuwana (@osasuo) March 30, 2026 Néanmoins j'ai remarqué une grave dérive lors de la réunion du Comex de la CAF ce dimanche au Caire, en Egypte. Présent sur place, le journaliste est sortie de son rôle et révèle lui même dans un tweet, comment il a insisté auprès d'un membre du Comex une stratégie pour éviter, selon ses termes, une «humiliation judiciaire» de l'instance devant le Tribunal arbitral du sport. La proposition du journaliste nigérian est surprenante : faire pression sur Fouzi Lekjaa pour que le Maroc retire sa plainte, permettant ensuite au Sénégal de retirer son appel au TAS. Une sortie de crise négociée, hors cadre juridictionnel pour sauver l'honneur de la CAF. On n'est évidemment plus dans le journalisme mais dans du lobbying. Une déontologie à géométrie variable Le plus frappant n'est pas tant l'existence de ce type de discussions inhérentes aux arcanes du pouvoir sportif, entre membres du Comité exécutif et/ou responsables administratif de la CAF. Mais dans le cas présent, un journaliste fait l'aveu public de participer à ce lobbying qu'il critique à longueur de colonnes dans The Guardian. Desintox : Au Nigeria, deux fake news sur le Maroc en moins de 48 heures Le paradoxe est saisissant. Celui qui dénonçait récemment les «magouilles» au sein de la CAF se retrouve à proposer exactement ce qu'il prétend combattre : un arrangement de couloir pour éviter un arbitrage indépendant. Car enfin, pourquoi vouloir éviter à tout prix le TAS ? N'est-ce pas précisément le rôle de cette juridiction que de trancher les litiges en toute impartialité ? Le président de la CAF, Patrice Motsepe, lui-même, a rappelé l'importance du respect des instances arbitrales internes comme externes. Pourtant, dans l'ombre, certaines personnes extérieures à la CAF s'immiscent pour pousser à un arrangement en catimini à une décision de droit. Le Maroc sommé de se sacrifier Ce qui interroge davantage encore, c'est la logique implicite du raisonnement : au nom de «l'honneur de la CAF», le Maroc devrait renoncer à ses droits. Justement, en quel honneur une fédération, ou un pays, devrait-il se retirer d'une procédure légale pour préserver l'image de cette institution continentale ? Ni du côté sénégalais, ni du côté marocain, des voix officielles ou des journalistes n'ont plaidé pour un contournement des instances. Au contraire, le recours au TAS s'inscrit dans une logique de transparence et de clarification. Sénégal–TAS–Maroc : le droit pour clore une parenthèse toxique [Edito] L'affaire dépasse le cas individuel de Osasu Obayiuwana. Elle révèle un écosystème où les frontières entre journalistes, dirigeants et relais d'influence sont poreuses. Quand un journaliste devient intermédiaire, quand il négocie, suggère, oriente, il n'est plus dans son rôle, enfreint la déontologie journalistique et devient une pièce du jeu. Et dans ce jeu, la seule question à se poser : qui a réellement peur du verdict du Tribunal arbitral du sport ? Derrière le rideau L'hypothèse la plus troublante est peut-être celle-ci : cette prise de position ne serait pas isolée, mais l'expression indirecte d'un courant au sein même du comité exécutif de la CAF, désireux d'éviter une décision qui exposerait les failles de l'instance sportive. L'annonce d'une visite de Patrice Motsepe au Sénégal et au Maroc n'est peut-être pas anodine. Elle pourrait s'inscrire dans une tentative de désamorçage politique d'un contentieux juridique. Ce qui se joue ici dépasse le simple litige sportif qui certes passionne au-delà même de l'Afrique. C'est une bataille entre deux visions : celle d'un football africain régi par le droit, et celle d'un système encore embourbé par les magouilles, tractations obscures et mélange des genres.