Sofia Mestari ne considère plus la musique comme un simple processus artistique, mais comme un espace de rapprochement entre les peuples et les cultures. L'artiste franco-marocaine, qui s'est fait un nom en France dès son jeune âge, se tourne désormais vers l'Afrique avec de nouveaux projets entre rythmes contemporains, racines marocaines et identité africaine. Sofia Mestari, artiste française d'origine marocaine ‹ › Le 23 avril, le Studio des arts vivants de Casablanca a accueilli le concert Voices of Africa, réunissant plusieurs artistes marocains et du reste du continent, à l'initiative de l'artiste franco-marocaine, Sofia Mestari. Cet événement s'inscrit dans le cadre d'un projet artistique et solidaire, célébrant unité africaine et diversité culturelle. Le concert a été organisé au profit de l'association Les bonnes œuvres du cœur, qui consacre ses efforts à la prise en charge des enfants atteints de malformations cardiaques, tant au Maroc que dans plusieurs pays africains. L'événement a réuni des artistes de différentes régions du pays et du continent, notamment Ahmed Soultan, Sanaa Kadmiri, Abir El Abed, Marema Fall et Cheick Tidiane Seck. Sofia Mestari est la force motrice derrière ce projet artistique. Elle s'est confiée là-dessus à Yabiladi : «Ce n'est pas juste un concert musical ; c'est tout un continent, une seule voix, et surtout, un cœur uni.» Ses premiers pas dans l'art Derrière ce projet, il y a tout le parcours d'une artiste profondément attachée à ses racines marocaines, aspirant désormais à faire de la musique un pont entre les cultures africaines. Sofia Mestari est née à Casablanca. Elle garde des souvenirs particulièrement tendres de son enfance à Marrakech, où elle a vécu avant de quitter le Maroc durant ses années de collège, après que ses parents ont décidé de s'installer en France pour que sa sœur puisse y poursuivre ses études. Le déménagement à Paris a été un changement significatif dans sa vie. «Au début, c'était un peu difficile», admet-elle. Mais sa découverte de la vie culturelle dans la capitale française a rapidement transformé le déracinement en une nouvelle ouverture artistique. Le théâtre, les musées, les visites de Paris, et la découverte de l'architecture haussmannienne ont tous contribué, comme elle le dit, à «alléger ce départ». Avant la musique, la scène faisait déjà partie de sa vie dès son plus jeune âge. Sofia Mestari a passé deux ans dans un club touristique où son père travaillait, et où des spectacles et représentations avaient lieu quotidiennement. Elle se souvient de cette époque, disant : «J'aimais chanter devant les touristes. Ils étaient mon premier public.» De son enfance marocaine, elle dit avoir gardé tout ce qui façonne son identité aujourd'hui : «les liens familiaux, les valeurs de solidarité et de coopération», en plus de ces réunions familiales qui accompagnaient les anniversaires, les mariages et les repas. Le véritable tournant de sa carrière est survenu à l'âge de quatorze ans, lorsqu'elle a rejoint un groupe musical spécialisé dans les reprises. Pendant deux ans, elle a affiné son univers musical avant que son premier concert au Divan du Monde à Paris ne change le cours de sa vie. Ce soir-là, des producteurs l'ont rencontrée en coulisses et lui ont proposé de développer son parcours artistique. Quelques mois plus tard, elle a signé un contrat avec Universal Music France. Ensuite, les événements se sont enchaînés. À seulement dix-neuf ans, elle a été choisie pour représenter la France à l'Eurovision, avec la chanson On aura le ciel. Une expérience qu'elle décrit aujourd'hui comme «presque surréaliste». Un retour avec un nouvel esprit Les sélections ont eu lieu dans la célèbre salle de l'Olympia, devant un jury présidé par Patrick Fiori. Elles ont été suivies par des millions de téléspectateurs. L'artiste, fière de ses racines marocaines, a poursuivi : «Je regardais cette émission au Maroc quand j'étais enfant.» Quelques mois plus tard, elle a chanté devant 23 000 spectateurs lors de la finale qui s'est tenue en Suède, dans une salle où Janet Jackson s'est produite une semaine auparavant, raconte-t-elle avec fierté. À Paris, Sofia Mestari a poursuivi ses études jusqu'au baccalauréat littéraire, avant de s'inscrire dans une école spécialisée à Paris, dans le but de devenir notaire. Elle a ensuite suivi deux années dans une école de commerce. Mais la musique a progressivement pris le pas sur tout. Son succès a été un enchaînement : les albums, les tournées et les grands concerts. Sofia Mestari a partagé la scène avec des artistes comme Eros Ramazzotti, Florent Pagny et Julien Clerc. Elle a également participé à de grands programmes français. Parallèlement à son parcours artistique, elle s'est impliquée dans le travail communautaire. Elle est devenue ambassadrice de l'association Rêves aux côtés de Vanessa Paradis et Johnny Hallyday, une organisation qui œuvre pour réaliser les rêves d'enfants atteints de maladies graves. Elle a également chanté pour la fondation Fight Aids, dirigée par Stéphanie de Monaco. Le travail social reste une partie centrale de sa vie actuelle. L'artiste est également ambassadrice de l'association Enfants du désert, active dans la région d'Errachidia, soutient Baraka Angels, qui aide les enfants vivant dans les zones montagneuses, et préside sa propre association Musique et culture sans frontières. «Qu'il s'agisse de soins, d'éducation, ou de toute initiative qui apporte de la joie au cœur des enfants, c'est un engagement qui m'est cher et qui est d'une grande importance pour moi. La musique a «trois pouvoirs» : l'unification, la sensibilisation et la transmission de messages.» Sofia Mestari Avec le temps, l'artiste a commencé à se poser de nouvelles questions. Elle explique : «À un certain moment, j'ai senti que j'avais fait presque tout en Europe.» Elle a alors ressenti le besoin de revenir davantage à son continent, à son pays, et à ses racines. Elle dit avec fierté : «C'est un retour aux fondamentaux, au tronc familial, et à l'enracinement véritable.» Le travail collectif au cœur du parcours Ce retour aux racines a pris une dimension particulière en 2020, lorsqu'elle a donné un concert à Abidjan pour la fondation Children of Africa. Grâce au soutien de l'ambassade du Maroc et d'entreprises marocaines basées en Côte d'Ivoire, le projet a permis de financer 12 000 cartables pour les élèves ivoiriens. Cette expérience a marqué un tournant dans sa carrière. Sofia Mestari a commencé à s'orienter vers une musique plus connectée à l'Afrique.
Depuis, elle a multiplié les collaborations avec des artistes du continent, y compris son compatriote DJ Van, avec qui elle a signé plusieurs projets, dont la chanson Africa, un hommage au Maroc et au continent africain, mêlant rythmes contemporains, Darija, et instruments traditionnels comme la kora. Elle se prépare également à lancer un projet en trio avec Ahmed Soultan et Lokua Kanza. À travers Voices of Africa, Sofia Mestari vise à ancrer ce projet dans le long terme, en faisant d'un concert un événement itinérant organisé annuellement dans une ville différente. Pour elle, «l'objectif est toujours de tendre la main, offrir une plateforme aux jeunes méritants, et créer des espaces où l'échange culturel et la découverte deviennent possibles». Article modifié le 02/05/2026 à 15h50