Alors que le tournage du film sur son procès touche à sa fin, Omar Raddad, ex-jardinier marocain condamné pour le meurtre de Ghislaine Marchal, emprisonné pendant plus de 7 ans et gracié en 1998 par Jacques Chirac, continue la lutte pour sa réhabilitation. Une interview au Journal du Dimanche (JDD) en témoigne : Omar Raddad ne décourage pas, il espère toujours qu'un jour, il sera innocenté aux yeux de la justice française. Qu'un jour, personne ne le considèrera plus comme le meurtrier de son ex-employeur, Ghislaine Marchal, riche veuve qui a été sauvagement tuée en juin 1991. Car s'il a été gracié par le président Jacques Chirac en 1998, notamment sur intervention du feu roi Hassan II, c'était pour sa conduite irréprochable en prison. Rien à voir avec les faits du meurtre, desquels on le considère toujours coupable. Aujourd'hui, cet ancien jardinier de 48 ans revient à la charge. Dans l'interview accordée au JDD le 14 juillet et publié le 31 juillet, il explique qu'il «veut être réhabilité». «Je suis libre physiquement mais dans ma tête je suis toujours en prison. Si j'étais coupable, je ne prendrais pas le risque d'un second procès», ajoute-t-il. Les doutes sur le premier procès, déjà dénommé «l'affaire Omar Raddad», et les conditions dans lesquelles se sont déroulées enquête et procès sont d'ailleurs tellement inhabituelles qu'une adaptation au cinéma est en cours. Le film est intitulé «Omar m'a tuer», comme l'inscription sur la porte de la cave ou la victime a été trouvée, inscription écrite avec le sang de Mme Marchal. L'histoire a inspiré Roschdy Zem, acteur et metteur en scène français d'origine marocaine, qui explique qu'après s'être plongé dans l'affaire, il aurait «découvert un nombre incroyable d'éléments qui auraient permis d'innocenter Omar et qui sont connus.» Il a tout de même voulu garder ses distances et rester objectif «en concevant qu'Omar pouvait être coupable.» Et en évitant de peindre l'image d'un saint. «Je montre d'ailleurs ses besoins d'argent, son penchant pour le jeu. Dans son livre, il se présente d'une façon un peu angélique. Je n'avais pas envie de ça. On a tous nos vices, cela ne fait pas de nous des coupables. Omar a fait sept ans de prison sans preuves», explique Zem au Journal du Dimanche du 1er août. Les deux se sont d'ailleurs rencontrés lors du tournage du film. Raddad indique dans l'interview du JDD qu'il a assisté à deux scènes, à Cannes et à Montpellier. Cannes aurait été «un choc», un retour en arrière très vraisemblable. «Ce n'est pas une fierté de me revoir comme à l'époque. De revoir toute cette souffrance. Je parlais à peine français, je ne comprenais rien aux questions des gendarmes, j'étais perdu.» C'est un des aspects que Zem veut faire ressortir dans son film. «J'ai surtout voulu raconter la destinée tragique d'un jardinier marocain propulsé icône médiatique. Il ne savait ni lire ni écrire. Aujourd'hui, il connaît son Code pénal aussi bien que ses avocats», explique le réalisateur, qui aurait néanmoins dû faire face à la résistance de la famille Marchal, allant jusqu'à des menaces de poursuites judiciaires. Selon Roschdy Zem, la famille «refuse de se poser la question de la possible innocence d'Omar. Pourquoi? Car si ce n'est pas lui qui a tué, alors qui est-ce?» Questions qui hantent aujourd'hui Omar Raddad. Car l'ex-jardinier, celui à qui «la médecine de travail a interdit de travailler» ne vit aujourd'hui que pour sa réhabilitation. Son affaire, les avocats, et le film. «En vérité, je pense à ça toute la journée. Ce qui m'intéresse, c'est l'affaire, l'affaire et l'affaire. Je n'arrive pas à tourner la page.» Mais il est confiant. Les nouveaux éléments, deux empreintes ADN retrouvées dans l'inscription «Omar m'a tuer», qui ne lui ont pas été attribuées, pourraient le disculper. Il espère que le film aidera à faire monter la pression pour qu'une nouvelle enquête et un nouveau procès aient lieu. Et comme il dit, «la vérité finit toujours par éclater».