Les Maliens ont voté, dimanche 29 avril, à l'occasion d'une élection présidentielle dont le grand favori est le chef de l'Etat sortant, Amadou Toumani Touré. Aucun des sept autres candidats en lice ne paraît en mesure d'empêcher M. Touré, généralement désigné par ses initiales "ATT", d'être élu pour un second mandat de cinq ans dans ce grand pays enclavé et semi-désertique, qui demeure un des plus pauvres du continent. Des soldats ont monté la garde devant les écoles et les édifices publics transformés en bureaux de vote. Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Hormis quelques soucis techniques, les observateurs ont salué le bon déroulement du scrutin. Les résultats ne devraient pas être annoncés avant plusieurs jours. L'ancien premier ministre haïtien, Gérard Latortue, chef de la mission d'observation de l'Organisation internationale de la francophonie, a souligné la discrétion des forces de l'ordre et l'absence de pression sur les électeurs. FRAUDES ET "TRIPATOUILLAGES" La principale coalition de l'opposition, le Front pour la démocratie et la république (FDR), a toutefois annoncé avoir reçu des informations sur des fraudes présumées. Selon le porte-parole du FDR, les fraudes concernent des ventes de cartes d'électeurs, principalement dans le sud du pays. Au cours de la semaine passée, l'opposition avait déjà affirmé craindre ce type de manœuvres, mais le ministère de l'administration territoriale s'était engagé à garantir un scrutin fiable. Le principal candidat du FDR, Ibrahim Bouabacar Keita, alias IBK, a repris à son compte les accusations de "tripatouillages" électoraux, affirmant que les listes électorales étaient dépassées, que des bulletins de vote avaient été distribués avant l'ouverture du scrutin et que l'armée avait reçu pour consigne de voter pour "ATT". Le camp présidentiel a démenti ces accusations, y voyant un moyen de préparer la contestation d'une éventuelle victoire de M. Touré dès le premier tour. "Je respecte mes adversaires, et ce n'est qu'après la publication des résultats définitifs que nous saurons le nom du vainqueur", a déclaré le président sortant, surnommé "le soldat de la démocratie malienne". L'ancien officier parachutiste a renversé, en 1991, l'autocrate Moussa Traoré, un militaire au pouvoir depuis 1968. L'année suivante, il avait reçu les louanges de la communauté internationale pour avoir organisé des élections et remis le pouvoir à un président civil, Alpha Oumar Konaré. "ATT" avait alors pris congé de l'armée avant d'être élu président en 2002.