Baisse significative des exportations d'avocats marocains cette saison    Botola Pro D1 : les mises à jour des 10è et 11è journées reprogrammées après la trêve internationale    Premier entraînement des Lions de l'Atlas avant les amicaux contre l'Equateur et le Paraguay    Des ONG sahraouies alertent sur les discriminations raciales commises par le Polisario    Après l'annonce des Etats-Unis, une mission de l'ONU à Laayoune pour un réexamen stratégique de la MINURSO    As of Now... No Senegalese Appeal Confirms Morocco as Africa's Champion    Tourisme : La SMIT à la conquête des opportunités d'investissement à Berlin    Pays-Bas : Le parquet fait appel de l'acquittement d'un agent accusé d'espionnage pour le Maroc    MINURSO : une mission onusienne d'évaluation attendue à Laâyoune    Reconstitution du cheptel: Lancement de l'opération de contrôle et versement de la 2e tranche de l'aide directe    Wydad de Casablanca : Patrice Carteron en passe de succéder à Benhachem    Lions de l'Atlas : Soufiane Rahimi envoie un message à Mohamed Ouahbi    Lions de l'Atlas : Noussair Mazraoui rétablit : bataille intense à gauche ?    Produits avicoles : Disponibilité soutenue et marché maitrisé pendant le Ramadan    Justice : plus de 1.300 peines alternatives prononcées en six mois    Festival Jidar : Première édition d'un grand prix qui met les fresques à l'honneur    Hôtellerie de luxe : Virgin prépare une nouvelle adresse exclusive près de Marrakech    Le Sénégal hésiterait à saisir le TAS : un dossier marocain jugé solide    Trump annonce des échanges "constructifs" avec l'Iran et suspend des frappes    Espagne : Les Marocains représentent 25% des titulaires de titres de séjour    A Moroccan holds the world record with 1,656 online certifications in 12 months?    España: Los marroquíes representan el 25% de los titulares de permisos de residencia    Voici les hauteurs de pluies enregistrées ces dernières 24H    Sahara: Le président mauritanien tourne le dos du polisario dans ses messages de l'Aïd    La Fondation Hassan II fête les 10 ans de l'Espace Rivages avec les artistes MRE    Football : Rayane Bounida choisit de jouer pour le Maroc    Massad Boulos et Abdelmadjid Tebboune ont discuté du Sahara occidental    Politique monétaire : Bank Al-Maghrib opte pour la continuité    P&G Alumni : Moncef Belkhayat décrypte les facteurs de croissance de H&S Group (VIDEO)    Maroc : la crise énergétique va-t-elle relancer l'inflation ?    France : Aux municipales, Rachida Dati perd Paris et Karim Bouamrane est réélu à Saint-Ouen    Alerte météo. Averses orageuses ce lundi dans plusieurs provinces du Royaume    Guerra en Irán: el Polisario advierte a sus partidarios de no enfadar a Trump    Aucune maladie épidémique virulente menaçant les forêts d'arganiers à Chtouka Aït Bah    Les Bourses asiatiques plongent minées par la situation au Moyen Orient    RS Berkane se qualifie pour la première fois en demi-finales de la Ligue des champions de la CAF    Dans le Fujian : Neuf moments marquants d'un voyage au cœur du Sud-Est chinois    France : «La consultation», le stand-up de Dr Oubeidallah à Paris    L'affaire Saad Lamjarred relancée : des audiences en appel décisives s'ouvrent en France    L'ambassadeur du Maroc empêché accéder à la cour de la Mosquée Hassan II au Sénégal : une source évoque une procédure protocolaire habituelle    Après une absence due au service militaire... le groupe coréen BTS signe un retour en force avec des chiffres records    Accord agricole Maroc-UE : la Commission européenne soutient le système d'étiquetage    Aïd Al Fitr : Grâce Royale au profit de 1201 personnes    Rabat. SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al-Fitr à la mosquée "Ahl Fès" et reçoit les voeux en cette heureuse occasion    Mort de Chuck Norris, légende du cinéma d'action    Théâtre : Ouverture des candidatures pour le soutien aux projets culturels et artistiques    SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al Fitr à la mosquée "Ahl Fès" à Rabat    Carte de l'artiste : les demandes déposées jusqu'au 31 décembre 2025 examinées    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Petites filles au service de ménages riches
Publié dans Agadirnet le 10 - 07 - 2007

De petites mains toutes rouges et abîmées à force de travailler de longues heures, le crâne rasé, des fillettes mal nourries et mal logées, battues, ligotées et même brûlées sont autant de traces de violences exercées sur les enfants domestiques au Maroc, et dénoncées à IPS par Habiba Hamrouch, une ancienne domestique.
"J'en ai vu de toutes les couleurs depuis que j'étais placée en 1990 dans une famille comme bonne (domestique)", se rappelle Habiba. "C'est un très mauvais souvenir et j'ai détesté mon père pour ce qu'il a fait de moi, une pauvre petite bonne qui n'a droit à rien; j'avais juste huit ans quand j'ai commencé à travailler".
Selon Habiba, le sort de ses deux soeurs n'était pas meilleur car elles étaient également placées comme domestiques. "Ma mère, une femme soumise (à son mari), ne pouvait rien faire, sauf pleurer en silence car on était vraiment dans le besoin...", ajoute-t-elle, aujourd'hui âgée de 22 ans et mariée.
Pour des groupes de la société civile, ceci est un drame humanitaire à une époque ou on parle beaucoup des droits de l'enfant et de la lutte contre la maltraitance des mineurs.
"C'est scandaleux de voir de petites filles en âge de scolarisation placées comme domestiques; leur place est sur les bancs de l'école avec un livre entre les mains et pas une serpillière ou un balai beaucoup plus grand que leur taille", déclare Fouzia Tawil, une activiste de l'Association de défense des droits de la femme et de l'enfant, basée à Casablanca, la capitale économique marocaine. "Des petites filles malades et chétives sont toutes à la merci de leurs bourreaux, entre la vaisselle, le ménage et la garde d'enfants; leur enfance est volée", dit-elle, indignée, à IPS.
La contre-partie du soi-disant travail de ces fillettes, est une misère payée à leurs parents. "Je n'ai jamais vu le petit rond tout le temps que j'ai travaillé jusqu'à l'âge de 17 ans", affirme Habiba qui a quitté ses employeurs pour se marier et vivre enfin une vie comme elle en rêvait.
Aujourd'hui, Habiba a deux enfants, une fille de dix ans qui va à l'école et un garçonnet de deux ans. "Ma petite Sanaa est ma revanche, je ferai tout pour qu'elle fasse des études; moi-même, je suis des cours d'alphabétisation pour pouvoir assurer un suivi à mes enfants", confie Habiba à IPS, heureuse des résultats scolaires de sa fille qui passe en classe supérieure avec une bonne moyenne.
Elles étaient 22.000 fillettes âgées de moins de 18 ans, qui travaillaient comme domestiques dans les grandes villes marocaines comme Casablanca et Rabat, la capitale, au début des années 2000. Environ 59 pour cent d'entre elles avaient moins de 15 ans, toutes issues des milieux pauvres et analphabètes, selon un sondage réalisé en 2001 par le Haut commissariat au plan, un organisme officiel du Maroc, avec l'appui du Fonds des Nations Unies pour l'enfance. Ce sont les statistiques les plus récentes sur ce sujet encore tabou dans ce pays d'Afrique du nord.
L'organisation de défense des droits de l'Homme, 'Human Rights Watch' (HRW), basée à New York, a dénoncé en 2005 le calvaire de ces petites filles en situation indésirable au Maroc. Selon HRW, elles travaillent jusqu'à 126 heures par semaine et subissent des violences physiques et sexuelles de la part de leurs employeurs.
Onze pour cent des enfants au Maroc, âgés de six à 15 ans, travaillent, ce qui représente l'un des taux les plus élevés au Moyen Orient et en Afrique du nord, a affirmé Clarissa Bencomo, chercheuse chargée à HRW des droits de l'enfant dans cette région et auteur d'un rapport de 2005, intitulé 'A la maison : Hors la loi'.
Généralement et par pudeur, les fillettes n'osent pas aborder le harcèlement sexuel dont elles sont souvent victimes, un problème qui reste tabou, mais, Hafida Hosman* a bien voulu en parler. Agée aujourd'hui de 18 ans, elle raconte à IPS, avec une haine affichée, son expérience chez ses ex-employeurs. "J'avais 14 ans quand ma mère m'a donnée à une famille riche de Rabat; leur fils, un adolescent de 16 ou 17 ans, usait de tous ses moyens pour abuser de moi en l'absence de ses parents sans que je puisse me plaindre".
Hafida ajoute comme pour se libérer d'un lourd fardeau. "Même son cousin, un sale morveux, ose me pincer les fesses à chaque fois qu'il débarque à la maison. Ils étaient tellement gâtés que personne ne me croira; et puis, ils sont les seigneurs et se permettent tout". Elle dit à IPS qu'elle a pu se sauver avec l'aide d'une voisine.
Le Code du travail, qui interdit l'emploi des enfants de moins de 15 ans, n'a pas suffi pour mettre fin à cette pratique car les "samsarates" (les femmes intermédiaires qui recrutent les petites filles et les placent dans des familles) continuent leur travail. Ces femmes gagnent 30 dollars par enfant placé, mais aux filles issues des familles rurales pauvres et nombreuses, elles proposent un petit salaire et des conditions de vie qui sont quand même beaucoup meilleures que ce qu'elles ont dans leurs maisons.
Fatima Zénoul*, une "samsarate" bien connue au quartier Takaddoum, une banlieue de Rabat, défend son travail comme elle le qualifie. "Ma tâche se termine au moment où je place la bonne chez ses employeurs; ce qui se passe après ne me regarde pas, mais elle est libre de les quitter si cela ne répond pas à ses attentes, et je pourrais alors lui chercher une autre famille et ça me fera une paie de plus", déclare-t-elle avec arrogance.
Sur les malheurs et violences que ces filles subissent, Fatima répond sans aucun remords : "Si leurs parents ne se soucient pas de leur sort, pourquoi je le ferai? Je ne suis pas responsable de ce qui leur arrive, c'est un service rémunéré que je rends et c'est mon gagne-pain".
Pour lutter contre ce phénomène, la princesse Lalla Meriem, la soeur aînée du roi Mohamed VI et présidente de l'Observatoire national des enfants, a associé, depuis 2005, ses efforts à ceux des associations en vue de mener une action contre la maltraitance des enfants, y compris les petites bonnes. Le Maroc a ainsi mis au point une stratégie pour promouvoir les droits des enfants, et la création d'un parlement des enfants s'inscrit aussi dans ce contexte.
Par exemple, dans une déclaration au 3ème Congrès régional de lutte contre la violence à l'encontre des enfants, tenu au Caire, fin-juin, la princesse a annoncé la création d'un centre de référence pour l'écoute et la prise en charge des enfants victimes de violences en vue de leur assurer une défense juridique et une assistance psychologique nécessaires.
En outre, une campagne de sensibilisation à l'alphabétisation des petites bonnes et à la non-violence a été lancée fin-juin sur les deux télévisions publiques marocaines.
* (Les noms des personnes concernées ont été protégés pour leur sécurité).


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.