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La chronique économique de Abdeslam SEDDIKI*
Publié dans Albayane le 09 - 10 - 2012


Le bien-être !!
Le bien-être (well be en anglais, arrafah en arabe) est-il mesurable ? Quels en sont les ingrédients et les éléments constitutifs ? C'est à cet exercice que s'est livré le Haut commissariat au plan (HCP) en réalisant une enquête nationale dont les résultats viennent d'être annoncés et que la presse a largement diffusés pour ne pas s'y attarder outre mesure. Cette réflexion sur le bien-être, menée à l'échelle planétaire, se veut un dépassement de l'IDH (indice de développement humain) tel qu'il fut élaboré par le PNUD, comme celui-ci constitua, à son tour, un enrichissement de l'indicateur purement économique du revenu par habitant. Une résolution des Nations Unies (juillet 2011) stipulait : «les Etats sont invités à élaborer de nouvelles mesures qui tiennent mieux compte de l'importance de la recherche du bonheur et du bien-être pour le développement afin d'orienter leurs politiques nationales». C'est tout un programme !
Les personnes interrogées par les enquêteurs du HCP ont identifié six déterminants du bien-être qui seraient par ordre d'importance : logement (60% des réponses le considèrent comme source de bien- être), revenu (44,5%), emploi (43,3%), santé (31,7%), vie familiale et environnement sociétal (28,7%), éducation (24,2%). Les résultats sur le niveau du bien-être des personnes enquêtées, et par extension des Marocains dans leur ensemble, sont sans surprise : 45,7% sont peu ou pas satisfaits, 24,4% moyennement satisfaits et seuls 30% de nos compatriotes déclarent qu'ils sont satisfaits ou très satisfaits. Ce sont des déclarations à caractère subjectif, ce qui a fait dire, pour l'anecdote, au Haut commissaire au plan, que lui aussi, il aurait déclaré son insatisfaction (sic !). Notons, par ailleurs, que le sentiment d'insatisfaction est plus élevé dans les domaines de la santé (72%) et de la culture (68%).
Le travail réalisé par le HCP, qui mérite d'être plus affiné à l'avenir, ne doit pas rester lettre morte. Il doit inciter les pouvoirs publics à une réallocation des ressources en fonction des besoins sociaux de la population, besoins tout à fait objectifs et parfaitement mesurables. Les Marocains, dans leur majorité, ne demandent pas l'impossible : juste le droit à une vie décente telle que cela est prescrit par la loi suprême de notre pays. Ils demandent leur part de bonheur, autrement dit leur part de la richesse nationale. «Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage», écrivait déjà un philosophe au 18e siècle.
Emettons l'espoir de voir la prochaine loi de finances, dont les grandes orientations ont été approuvées, refléter ce souci de la justice sociale et de respect de la dignité humaine.
*Professeur à l'Université Mohammed V Rabat Agdal


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