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Point de vue : Maroc: Léger mieux mais d'autres dysfonctionnements apparaissent
Publié dans Albayane le 27 - 03 - 2012

Le rapport tant attendu du PNUD sur le développement humain pour 2010, après la polémique qui a suivi la publication de l'édition 2009, vient d'être publié. Il nous permettra de nouveau de nous regarder dans la glace pour voir ce que nous sommes et comment nous avons évolué au fur des années et des saisons.
Le rapport de cette année est original à plus d'un titre : il coïncide avec le vingtième anniversaire de la publication du premier rapport en 1990 et procède, par conséquent, à un bilan de toute cette période pour mesurer le chemin parcouru sur la voie « sinueuse » du développement humain ; il affine davantage les critères de mesure de l'IDH (Indice de développement humain) en introduisant entre autres l'indice de développement du genre(IDG) et l'Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM).
L'IDH, tel qu'il est conçu sur la base d'une pondération de trois variables (PNB/habitant, espérance de vie, taux de scolarisation dans l'enseignement fondamental) varie de 1 à 0. A titre d'exemple, le premier élève de la classe, en l'occurrence le Norvège, est gratifié d'une note de 0,938 ; le dernier de la classe(169ème), à savoir le Zimbabwe, n'obtient qu'un petit 0,140 !
Il est à remarquer que parmi les trente premiers, on ne trouve aucun pays « non démocratique ». C'est dire que la démocratie et le développement humain vont de pair. Par ailleurs, le premier pays arabe, à savoir les Emirats Arabes Unies, arrive à la 32ème place avec un indice de 0,815, suivi du Koweït qui occupe la 47ème place.
Pour ce qui est du Maroc, il est classé au rang 114, confortablement à l'aise parmi la dernière moitié de la classe ! Les 12 points de classement qu'il a gagnés par rapport à 2009 s'expliquent davantage par les mauvais scores des concurrents que par ses propres performances contrairement à ce que d'aucuns peuvent déduire en se tenant uniquement au classement sans vérifier le « chrono » pour emprunter le langage des compétitions sportives.
Ainsi, la note obtenue en 2010 est la même que celle de 2009 : 0,567 contre 0,562. Ce faisant, le Maroc est presque dans la moyenne arabe (0,588) et loin derrière la moyenne mondiale (0,624). La Tunisie, la Jordanie et l'Egypte font nettement mieux que nous.
L'Indice de Développement Humain en 2010 :
Le Maroc fait un léger mieux mais d'autres dysfonctionnements apparaissent.
Pour ce qui est de l'indice de pauvreté multidimensionnelle, concept beaucoup plus riche pour mesurer la pauvreté, le Maroc dégage un indice de 0,139 avec une population à risque de 11 millions, soit 28,5% de la population globale. Ainsi, la population souffrant au moins d'une «déprivation sévère» est de 36,7% au niveau de l'éducation, de 31,5% au niveau de la santé et de 21,4% pour ce qui est du niveau de vie.
Mais là où nous sommes sérieusement interpellés, c'est sur le chapitre de l'exercice démocratique appréhendé comme moyen d'autonomisation des populations. Pour la démocratie et la décentralisation démocratique, le Maroc est puni avec une note de zéro, sachant que le score varie entre 0 et 2. Il appartient à chacun d'en tirer les enseignements qui s'imposent. Et surtout que l'on ne vienne pas verser des larmes de crocodile et accuser le PNUD de partialité. Car le rapport est dirigé par une équipe de savants et d'hommes de science qui sont au dessus de tout soupçon. Les mêmes critères appliqués à tous et il faut bien accepter la sentence !!
Autre fait nouveau : le rapport nous permet de mesurer le chemin parcouru depuis 1980 à 2010, c'est-à-dire durant toute une génération. Le Maroc est passé de l'indice 0,351 en 1980 à 0,567 en 2010 gagnant ainsi 0,261 point, soit une amélioration de 62%. Et ce n'est pas rien ! D'ailleurs, ce résultat place le Maroc au 5ème rang mondial. En découpant cette période en trois décennies, on constate que l'amélioration est de 20% entre 1980 et 1990, de 9,5% entre 1990 et 2000, de 15,7% entre 2000 et 2010. En variations annuelles, ces taux ont été de 1,59%, 1,49% et 1,44% respectivement au cours des trois périodes.
Ces données sont pour le moins énigmatiques : l'effort déployé par le Maroc en matière de développement humain au cours de la décennie 2000-2010 est supérieur certes à celui de la décennie précédente mais il est en deçà des performances obtenues entre 1980- 1990, décennie de l'ajustement structurel et décennie perdue pour le développement. ! Sans prétendre dénouer cette énigme, dont seuls les rédacteurs du rapport détiennent le secret, nous ne pourrions qu'émettre une hypothèse de travail : l'effort déployé en matière de développement humain, tangible et mesurable, ne s'est pas accompagné d'une justice sociale et d'une réduction des inégalités. Au contraire, celles-ci s'aggravent d'année en année. La démocratie passe par là. Tout le reste n'est que de l'agitation…
*Professeur de l'Enseignement Supérieur


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