Fête du trône : les vœux du roi Felipe VI d'Espagne    Fête du Trône : Plusieurs édifices emblématiques du Canada illuminés aux couleurs du drapeau marocain    Maroc: Le dirham s'apprécie de 0,20% face au dollar du 23 au 28 juillet (Bank Al-Maghrib)    Sa Majesté le Roi Mohammed VI reçoit le Wali de Bank Al-Maghrib    Youssoufia : Sessions de formation à partir du 02 août sur le rôle des coopératives dans l'économie sociale    Le Roi d'Espagne félicite SM le Roi à l'occasion de la Fête du Trône    France: plus de 200 mille manifestants conte le pass sanitaire    Fès: la salle omnisports 11 janvier transformée en centre de vaccination    Compteur coronavirus : 7.529 nouvelles infections, le nombre des cas actifs dépasse les 51.000 personnes    Maroc : la découverte d'un biface acheuléen jette une nouvelle lumière sur la préhistoire de l'Afrique du Nord    En Algérie, deux superstructures sécuritaires à couteaux tirés pour s'emparer des leviers du régime    JO 2020. Les Marocains El Guesse et Oussama qualifiés pour les demi-finales du 800 m    JO-2020: Le programme du dimanche 1er août    Maroc. Radisson Hotel Group ouvre quatre nouvelles plateformes hôtelières    Monétique: le CMI affiche des chiffres records pour le mois de juillet    Covid-19. Les vaccins, une voie à la fois sûre et fiable vers l'immunité    Liban : l'UE est prête à imposer des sanctions pour peser sur la formation d'un gouvernement    Elections : L'Istiqlal déterminé à renforcer la position des Chambres de Commerce, d'Industrie et des Services    Etats-Unis : les déclarations d'impôts de Trump doivent être transmises au Congrès    Libye : de retour, le fils de Kadhafi songe à se présenter à la présidentielle    Le Président du Parlement arabe salue les réalisations accomplies par le Maroc sous le leadership du Roi Mohammed VI    Levée des subventions sur le gaz butane, le sucre et la farine: ce qu'il en est vraiment    Finale de la Coupe du Trône de basketball (2020-2021) : Le FUS Rabat remporte le titre face au Kawkab Marrakech    Au sujet des paris sportifs... L'ITIA et la FRMT suspendent à vie Mohamed Hirs et 35 000 $ d'amende !    Conjoncture économique: les prévisions du HCP pour 2021 et 2022    Fête du trône : les vœux de Justin Trudeau    En Algérie, le scandale de faux comptes de désinformation liés au régime    Al Haouz: Fermeture d'un établissement hôtelier pour violation des mesures sanitaires    Covid-19 : Les objectifs de vaccination sont loin d'être atteints (OMS)    Maroc/Météo:Temps chaud, ce samedi 31 juillet    Pays-Bas : découverte d'un grand laboratoire de drogues de synthèse    Covid-19 au Maroc. Port du masque: les autorités serrent la vis    Le Maroc s'inscrit, conformément à ses priorités, dans une perspective diplomatique multilatérale (ambassadeur)    La sélection nationale de Breakdance se prépare à Ifrane au Championnat du monde    Tunisie : le président Kaïs Saïed confie le portefeuille de l'intérieur à Ridha Gharsallaoui    Tunisie : L'hôpital de campagne marocain à Manouba opérationnel    ONCF. De bonnes performances et une nouvelle feuille de route à l'horizon    JO 2020. Les Marocains El Bakkali et Tindouft qualifiés pour la finale du 3 000 m steeple    Slalom Kayak aux J.O de Tokyo : Le Marocain Mathis Saoudi perd en demi-finale    Basket-ball : La finale féminine de la Coupe du Trône reportée à cause de la Covid-19    "Allayla Sahratena": Une soirée spéciale fête du Trône, samedi à 21h45    Yassine Saibi, la musique dans la peau    Pegasus, médiatus, propagus    "Réduction des risques... le Manifeste" : un ouvrage qui décortique les urgences du monde en temps de pandémie    Lever de rideau sur le 22è Festival international de luth    Art contemporain : La Fondation nationale des musées met en avant la jeune scène artistique    "Nektachfou Bladna"-Replay: Visiter le Maroc autrement avec les artistes    Fête du Trône : «Nehzzo lwan dyialna !», l'appel pour exprimer la fierté du pays    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



L'avènement du sous-homme Ou l'erreur de Zarathoustra
Publié dans Albayane le 17 - 05 - 2020

L'homme de demain. L'humanité telle qu'elle a cheminé jusque-là. Une marche en dents de scie. Des crêtes et des creux. Parler d'évolution c'est très vite aller en besogne quand on tente une lecture dépassionnée de ce que cette humanité, telle qu'on la connait aujourd'hui, nous offre comme spectacle planétaire. C'est donc un cheminement naturel, avec des périodes plus importantes que d'autres.
Des périodes à retenir et d'autres à oublier définitivement. L'homme tel qu'il est devenu. Dans ses rapports à la Nature. Dans ses relations avec les autres. Dans sa conception de la «civilisation». Dans son approche de la spiritualité. Dans sa fusion dans et avec la matérialité. Dans sa plongée dans la technologie. Dans son attraction pour sa propre numérisation. Dans sa soumission à sa propre digitalisation. Dans son acceptation de la servitude. Dans son refus de la liberté.
L'homme qui a tranché avec son essence. Quel est-il cet homme ? Comment le définir ? Comment saisir son état actuel, en prévision de ce que sera le monde demain ? «L'homme est quelque chose qui doit être dépassé. Qu'avez-vous fait pour le dépasser ?», se demandait Friedrich Nietzsche, à la fin du XIX siècle.
L'homme n'est jamais devenu son idéal. Pour deux raisons. D'un côté, il n'en a pas. De l'autre, il n'a pas pu. Devenir son idéal, y parvenir, c'est le but ultime de l'humanité qui évolue vers sa meilleure version possible. Deviens qui tu es, puisque tu portes en toi ton modèle futur en étant conscient que «La grandeur de l'homme, c'est qu'il est un pont et non une fin.», insiste l'auteur du «Gai Savoir». Être et incarner son propre pont que l'on traverse requiert une faculté de conscience de soi, de remise en cause à chaque pas et une idée claire sur l'infini du pont. Sauf que l'homme est un être qui réfléchit dans l'immédiat et ne se projette plus.
Cela fait six siècles que l'homme ne chemine plus vers l'avenir qu'il peut lui-même créer et façonner. Cela aurait pu avoir lieu entre le XV et le XVIII siècles. Avec la Renaissance et avant ladite «révolution» industrielle. Trois-cents ans pour atteindre au sommet de soi. Ce faîte n'a jamais eu lieu. Inventer et découvrir, explorer et expérimenter devaient atteindre à un haut degré de conscience de sa grandeur. Mais vint la machine. L'homme donne corps à ce qui pourrait le remplacer.
La découverte est de taille. Elle scinde l'histoire récente de l'humanité en deux. L'homme et l'esprit créatif pour une éventuelle élévation vers l'idéal en marchant sur le pont. Et l'homme qui mise sur un outil de plus en plus performant pour l'assister, puis l'évincer. Deux-cents ans auront suffi. Les sciences accélèrent leur extension.
L'industrie assoit sa domination. En quelques décennies, on découvre des millions de choses et dans tous les domaines. Ceci devrait, naturellement, rendre l'homme plus puissant, plus sûr et donc plus enclin à travailler sur l'élaboration de sa plus belle version. Pourtant, la médecine atteint des degrés d'inventivité sidérants, mais l'homme n'est pas en bonne santé. Jamais il n'a été aussi malade, aussi faible, aussi menacé.
La chimie, la physique, les mathématiques ont réussi des percées impressionnantes. Pourtant l'homme n'a jamais été moins intelligent. Il n'est plus capable de lire dans ce qu'il devient. L'astrophysique, l'astronomie, la physique cantique, l'aérospatiale ont dépassé toutes les prévisions. Pourtant l'homme ne rêve que d'un seul exploit, quitter la terre, lui tourner le dos, s'en couper et aller s'installer sur une autre planète.
L'homme dépense, depuis plusieurs décennies, des sommes astronomiques pour détruire son habitat d'origine. Il en dépense dix fois plus, en même temps, pour trouver le moyen de déménager ailleurs. «Des gueules, des gueules partout. L'homme s'étend. L'homme est le cancer de la terre.», écrit Emil Michel Cioran dans «De l'inconvénient d'être né».
L'homme en a tellement marre de sa gueule qu'il veut s'expédier, sans appel, vers le vidé sidéral. Jamais la déraison humaine n'a raclé le fond avec autant de petitesse. Tout ça pour ça. Des millénaires de traversées de tant de ponts, de tant de déserts, de tant de massacres, pour finalement vouloir abandonner la partie en pensant à d'autres sphères habitables. De la démence manifeste, à tous les niveaux. Et sans aucune chance de rémission.
Certes, «Nous sommes tous des farceurs qui survivons à nos pires problèmes», comme le disait l'auteur de «Aveux et anathèmes». Sauf que la comédie jouée, à guichets fermés, avec plusieurs actes renouvelables, se dénoue vers un ultime acte, celui où le protagoniste principal manquera à la révérence finale.
L'homme, puisqu'on va continuer à l'appeler homme, même s'il a vidé ce vocable de tous ses sens, ne se rend pas compte du virage qu'il a pris. Pire, il est convaincu qu'il a atteint un haut degré de sophistication. Cette conviction fatale est due à la fois à son aveuglement et au déni qui le caractérise. Il regarde ses réalisations, rendues possibles, grâce à des machines géantes, à des ordinateurs colossaux, à des découvertes fabuleuses, et se dit : «Voici que je trône sur un monde que j'ai remodelé à mon image.
Et mon modèle est si beau que je veux l'exporter dans l'espace, sur d'autres satellites, sur d'autres planètes.» L'homme s'est, en quelque sorte, abandonné, au mythe de sa propre divinité. Mais toute déité a besoin d'un esprit qui la nourrit. Elle a besoin d'une quintessence. Sans cela, ce n'est même pas un mauvais démiurge. Albert Camus avait touché un point essentiel dans la constitution de l'homme. Il l'avait bien dit dans «La peste» : «Il ne peut y avoir pour l'esprit humain que deux univers possibles : celui du sacré et celui de la révolte». L'homme moderne ne possède ni l'un ni l'autre. La sacralité n'a plus droit de cité, sauf dans le fascisme religieux. La révolte s'évanouit dans les manifestations du dimanche.
Car un homme révolté est «Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas.» L'homme unidimensionnel, qui peuple la terre aujourd'hui, renonce à tout en pensant tout récuser. Erreur de vision doublée d'une erreur de jugement. Au contraire, il accepte tout mais ne dit oui à rien. Il se subit. Il se barricade derrière un seul credo: le progrès. Sans définir ce développement et cette évolution qui l'ont réduit à un spectateur de sa propre chute. Dans cette plongée vers les abysses, l'homme ne réalise pas encore que tout le commande dans ce monde, censé être le sien. Il dépend de tout.
De ses propres découvertes. De ses inventions. De sa haute technologie. De sa virtualité érigée en gloire ultime, avant l'ère da sa propre extinction, quand il sera complètement inutile. Aujourd'hui, il consomme. Il s'entoure d'objets digitaux. Il se dissimule derrière des écrans. Il fuit vers la fin. Parce qu'il «cherche à oublier où le chemin conduit», comme le disait il y a vingt-cinq siècles, Héraclite d'Ephèse. Préférant l'oubli, voire l'amnésie, celui qui devait devenir son idéal a donné une réelle consistance à une nouvelle entité : le sous-homme. Et c'est avec celui-ci que s'écrit déjà le futur.
Ecrivain-éditeur


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.