En cette période de l'année, les communautés internationale et nationale célèbrent et honorent la moitié de la société. Une occasion de lui témoigner toute notre gratitude pour tout ce qu'elle nous a donné et surtout pour tout ce qu'elle endure chaque jour pour sa famille, sa progéniture et la société au sein de laquelle elle vit. Célébrer la femme une journée durant c'est bien, mais est-ce suffisant ? Assurément non, puisqu'il faut que l'on puisse se représenter l'étendue des réformes à entreprendre afin de permettre à la femme de s'exprimer pleinement au sein de la société et libérer tout son potentiel créatif. Au Maroc, le bilan des réalisations penche plus du côté du positif (nouveau code de la famille, élaboration du budget général axée sur l'approche genre, lutte contre la violence faite aux femmes, souscription du Maroc aux conventions internationales éradiquant toutes les formes de discriminations, accès relatif de la femme aux postes de responsabilité etc.). Mais il reste que ce chantier de construction d'un statut de la femme libérée de toutes les contraintes héritées du passé et celles nées d'une certaine perception de la place de la femme dans la société, n'est pas encore terminé. Loin s'en faut. Parler de la femme marocaine veut dire surtout parler de la femme qui vit dans le monde rural et dans les zones périurbaines. Toutes ces femmes quasi aphones, n'ont d'autre alternative que d'assumer leurs conditions et leurs responsabilités. Elles ne peuvent exprimer toutes les frustrations et les injustices dont elles font l'objet. Célébrer la femme et dire haut et fort la nécessité de lui restituer la place qui lui échoit au sein d'une société démocratique, moderne et solidaire, se transforme souvent en des raccourcis trop simplistes. Il ne s'agit aucunement de construire un ghetto culturel ou social pour la femme et croire que l'on peut s'en sortir à si bon compte. La question de la femme fait partie intégrante de la grande problématique globale de développement du pays. On ne pourra point avoir un satisfecit en se contentant de mettre l'accent sur l'aspect festif de la célébration de la femme. C'est un sujet tellement complexe et enchevêtré qu'il faut revenir, à chaque fois, à l'ouvrage. Rendre justice à la femme revient à restituer à la moitié de la société les moyens de son émancipation.