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Mourad Bekkouri : «La fatwa du cheïkh Maghraoui est une incitation au viol»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 17 - 09 - 2008

La fatwa légalisant le mariage des filles à partir de neuf ans comporte tous les éléments qui sont de nature à mener son auteur devant le tribunal, affirme Me Mourad Bekkouri, à l'origine de la plainte contre le «mufti» salafiste Abderrahmane Maghraoui.
ALM : Vous avez déposé plainte contre l'auteur de la fatwa autorisant le mariage des filles à partir de neuf ans. Que cherchez-vous à obtenir par cette plainte ?
Mourad Bekkouri : En tant que père de famille, j'ai été scandalisé à l'idée qu'une fille puisse être contrainte à se marier à partir de l'âge de neuf ans. J'ai été d'autant plus scandalisé que l'auteur de la fatwa en question a l'âge de mon grand-père et prétend qu'une fille de neuf ans peut avoir les mêmes capacités sexuelles que celle qui a vingt-ans et plus … J'ai déposé plainte parce que je n'accepte pas un tel mépris pour ma fille, pour le Code de la famille, et pour les valeurs de démocratie, de modernité et de progrès qui sont celles du Maroc d'aujourd'hui.
Comment considérez-vous la fatwa du salafiste Abderrahmane Maghraoui ?
C'est une incitation au viol. Les enfants qui sont à l'âge de neuf ans doivent aller à l'école et ne pas satisfaire les besoins assidus et irrationnels des chioukhs. Ce genre de fatwas représente tous les éléments qui sont de nature à mener leurs auteurs devant la justice. C'est pour cela que j'ai déposé, le 4 septembre dernier, une requête auprès du procureur du Roi du tribunal de première instance de Rabat. Le dénommé Maghraoui doit être poursuivi par la justice parce que sa fatwa porte atteinte au Code de la famille tel qu'il a été adopté par les représentants de la Nation. Cette fatwa sort du consensus national et démontre l'incapacité morale et physique de celui qui l'a édictée. Je trouve aussi que cette fatwa est de nature à provoquer une fissure dans la société et, surtout, dans les milieux modestes et ruraux où un certain fanatisme pourrait trouver écho.
Pour justifier son avis, l'auteur de la fatwa a cité en exemple le mariage du Prophète avec Lalla Aïcha à l'âge de neuf ans. Que pensez-vous de cela ?
Nous ne sommes pas appelés à faire la même chose que le Prophète Sidna Mohammed. La preuve est que notre Prophète s'est marié avec plus de quatre femmes. Cela peut-il être interprété pour autant comme un feu vert à chacun de nous pour se marier avec plus de quatre femmes …
Que doit faire la justice face à cette fatwa ?
D'abord, nous avons une institution qui est habilitée à émettre des fatwas. Et cette institution s'appelle le Conseil supérieur des ouléma. Cette institution est présidée par SM le Roi, qui est le Commandeur des croyants (Amir Al Mouminine). Si on ouvre la porte à n'importe qui pour donner des fatwas, cela ne pourrait qu'aboutir à un désordre total. Car chaque personne pourrait interpréter les lois de la Charia à sa façon, suivant ses tendances politiques et idéologiques et surtout suivant ses capacités intellectuelles. Alors, cette situation pourrait engendrer un amalgame d'interprétations contradictoires. D'autant plus que cette personne, en l'occurrence Al Maghraoui, fait partie de cette catégorie. Cette personne a des tendances wahhabites, alors que la doctrine officielle adoptée par le Royaume est celle de l'imam Malik.
En dépit de sa gravité, la fatwa de Maghraoui n'a pas suscité la réaction au sein de la société civile ? Comment expliquez-vous cette passivité ?
La plupart des dirigeants des associations des droits de l'Homme n'ont pas ce bagage religieux qui leur permet de faire face à ce genre de fatwas.
Je pense particulièrement à l'AMDH qui a remué ciel et terre pour des faits négligeables alors qu'elle brille par un mutisme scandaleux depuis l'édiction de la fatwa de Maghraoui.


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