Avec une capacité de financement bancaire estimée à environ 450 milliards de dirhams (MMDH), le Maroc ne souffre pas d'un manque de liquidité pour financer ses TPE. Le véritable enjeu réside ailleurs : la capacité des projets à répondre aux critères bancaires. Pour y remédier, Bank Al-Maghrib accélère le déploiement d'un outil de scoring destiné à transformer l'accès au crédit. Le diagnostic posé par Bank Al-Maghrib rebat les cartes du débat sur le financement des très petites entreprises. Alors que les crédits accordés aux TPME plafonnent à 150-160 milliards de dirhams, le système bancaire dispose, selon Abdellatif Jouahri, d'un potentiel mobilisable près de trois fois supérieur. Ce décalage met en lumière une réalité structurante : la contrainte n'est pas quantitative, mais qualitative. Au cœur de cette lecture, la notion de « bancabilité » s'impose comme le principal facteur explicatif. Les TPE, qui constituent l'essentiel du tissu productif national selon le Haut-Commissariat au Plan, peinent souvent à répondre aux exigences du système bancaire, notamment en raison de dossiers incomplets, d'une traçabilité financière limitée ou d'une structuration insuffisante de leurs projets. C'est précisément pour corriger cette asymétrie d'information que la banque centrale finalise un outil de scoring dédié aux TPE. Élaboré en collaboration avec les bureaux de crédit, ce dispositif a déjà été présenté aux établissements bancaires. Il vise à standardiser l'analyse du risque et à accélérer le traitement des demandes de financement, en s'appuyant sur des données alternatives et des modèles d'évaluation mieux adaptés aux petites structures. L'ambition est double. D'une part, raccourcir les délais de traitement des dossiers, un frein récurrent pour les entrepreneurs. D'autre part, permettre aux banques de mieux apprécier la solvabilité d'entreprises dont les états financiers restent souvent limités. Dans une économie dominée par les très petites structures, ce type d'outil pourrait élargir significativement le périmètre des entreprises finançables. Ce virage vers le scoring s'inscrit dans le prolongement de la Charte relative au financement et à l'accompagnement des TPE, signée en décembre 2025, dont la mise en œuvre opérationnelle se poursuit. Une réunion dédiée à l'accompagnement des entreprises est d'ailleurs prévue sous le pilotage de Maroc PME, afin de renforcer la coordination entre les acteurs de l'écosystème. Parallèlement, les mécanismes de garantie continuent de jouer un rôle d'amortisseur du risque. L'institution publique Tamwilcom couvre jusqu'à 75% des financements, et même 80% pour les projets portés par des femmes, réduisant ainsi l'exposition des banques et facilitant l'octroi de crédits à des profils plus fragiles. L'ensemble de ces dispositifs s'inscrit dans un environnement macro-financier jugé globalement stable par Bank Al-Maghrib. À l'issue de son dernier conseil, la banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25%, s'appuyant sur une inflation maîtrisée, une dynamique économique soutenue et les résultats des stress tests réalisés sur le système financier national.