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Mission difficile pour Musharraf
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 15 - 01 - 2002

Dans sa guerre contre le terrorisme, Musharraf doit faire face aux réalités d'un pays où l'intégrisme a toujours été toléré, tandis que le Cachemire cristallise encore les tensions.
La décision de réprimer les extrémistes musulmans prise par le général Musharraf samedi, peut atténuer les tensions qui opposent Islamabad et New Delhi. Soit. Mais la mission que s'est donné le président pakistanais s'annonce des plus difficiles dans un pays où l'intégrisme est infiltré depuis longue date. « Pervez Musharraf sait qu'il doit rapidement tenir ses promesses de prendre des mesures contre les militants islamistes », a ainsi insisté lundi le ministre indien de la défense, George Fernandes. Eradiquer l'intégrisme au Pakistan signifie revenir sur des années de tolérance, voire d'encouragements, dont ont bénéficié ces mouvements. Et M. Musharraf, arrivé au pouvoir en 1999, sans effusion de sang, semble déterminé à le faire. « Ils ont répandu la haine. ils ont encouragé les gens à se lancer dans le terrorisme », avait ainsi déclaré samedi le président dans son discours à la nation. «L'activisme, l'intolérance, l'extrémisme doivent être stoppés ». Fini donc officiellement le séparatisme musulman combattant la présence indienne au Cachemire, ainsi que les infiltrations de militants pakistanais menant des attaques contre l'armée sur le sol indien, ce que New Delhi qualifie de « terrorisme transfrontalier ».
Le terrorisme, sujet de crise entre les deux puissances nucléaires depuis l'attaque du 13 décembre dernier contre le Parlement indien, est cependant loin d'être le seul point d'envenimement des relations entre les deux voisins. Reste en effet le talon d'Achille de la paix dans le sous-continent asiatique : le Cachemire lui-même. Pour preuve, le discours de Pervez Musharraf n'a pas arrêté le déploiement des forces armées sur la ligne de contrôle cachemirie. Près d'un million de soldats indiens et pakistanais y vivent toujours un face-à-face tendu, et échangent des tirs quasi-quotidiennement.
Par ailleurs, après l'interdiction par Islamabad des deux organisations montrées du doigt par l'Inde - le Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohammed - New Delhi avait fait savoir dimanche qu'il attendait des « actes concrets » pour envisager un retrait de ses forces. Mais M. Musharraf réfléchit encore sur la façon de faire appliquer les mesures qu'il a annoncées. Il doit en effet faire face à un système policier défaillant, et à des extrémistes qui bénéficient de certaines complicités locales. Lundi, le Parti Travailliste Pakistanais (LPP) soulignait aussi que rien n'a été fait «pour déraciner les causes du fanatisme que sont la pauvreté et l'analphabétisme ». Des points cruciaux que le dirigeant pakistanais abordera certainement avec le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, attendu mercredi à Islamabad. L'émissaire de Washington devrait aussi se rendre à New Delhi qui accueillait ce lundi le Premier ministre chinois Zhu Rongji, dont la visite tranche avec le soutien traditionnel de Pékin au Pakistan.


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