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Brusque coup de froid sur les relations entre Rabat et Berlin : le funambulisme allemand qui déplaît au Maroc
Publié dans Barlamane le 04 - 03 - 2021

Lundi, une lettre a été divulguée dans laquelle le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a appelé tous les bureaux du gouvernement marocain à suspendre, jusqu'à nouvel ordre, ses relations avec l'ambassade d'Allemagne dans la capitale Rabat, ainsi qu'avec d'autres organisations culturelles et politiques allemandes dans le pays. M. Bourita a déclaré que cela était nécessaire en raison de «malentendus profonds» sur les «questions fondamentales pour le Maroc». Décryptage.
La conception que se fait Berlin de «l'amitié» avec Rabat n'est pas brevetée contre les embardées. Bévues, erreurs d'analyse, prises de position problématiques : En Allemagne, on reconnaît «un manque de clarté» aux dépens des intérêts marocains. Nasser Bourita a déclaré que son ministère avait suspendu les contacts avec la représentation diplomatique allemande à Rabat. L'ambassade d'Allemagne se trouve dans la capitale marocaine et elle dispose de deux consulats à Casablanca et à Agadir.
Bien qu'il n'y ait pas eu de déclaration officielle du gouvernement allemand à ce sujet, le mot d'ordre provenant de Berlin est que le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne ne voit aucune raison qui justifie cette levée de boucliers. L'ambassadrice du Maroc avait été invitée à se rendre d'urgence au l'Office des Affaires étrangères pour consultations.
Les médias allemands reconnaissent que le Sahara est l'un des impératifs de politique étrangère les plus importants du Maroc. En décembre 2020, le président Donald Trump à l'époque, a reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire, une décision accueillie avec tiédeur par Berlin.
Alors que le gouvernement allemand s'est félicité de la décision de reprise des relations entre Israël et le Maroc à l'époque, le ministère allemand des Affaires étrangères a également déclaré que sa «position sur le conflit concernant le Sahara est inchangée». «Nous recherchons une solution politique équitable et durable sous la médiation des Nations Unies qui soit acceptable par toutes les parties.» Pure langue de bois.
En décembre aussi, l'Allemagne a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à tenir une réunion à huis clos sur la décision américaine et sur «la détérioration» de la situation au Sahara, après les menaces séparatistes de rompre le cessez-le-feu de longue date. «Nous avons besoin d'une revitalisation du processus politique», a déclaré l'ambassadeur d'Allemagne auprès de l'ONU, Christoph Heusgen.
Cette rencontre n'était manifestement pas dans l'intérêt du Maroc, a reconnu Ulrich Lechte, qui dirige la sous-commission parlementaire allemande sur les questions concernant les Nations Unies . «Le Maroc aimerait beaucoup que l'UE – et l'Allemagne, en tant que l'un de ses Etats les plus puissants – reconnaisse simplement la décision de Trump. Mais tout comme nous l'avons fait auparavant, nous nous appuyons sur un processus de l'ONU.»
Un drapeau illégitime
Un autre motif a été mentionné par des sources médiatiques est que, le 27 février, le Parlement de l'Etat allemand de Brême a hissé le drapeau des séparatistes sur ses bâtiments. Sur leur page Facebook officielle, les politiciens de l'Etat ont déclaré l'avoir fait pour marquer le 45e anniversaire de la fondation de «la République sahraouie» (sic).
Les responsables marocains ont été également offusqués de n'avoir pas été invités au sommet consacré à la Libye sous l'égide de l'ONU, en janvier 2020, et qui s'est terminé par l'adoption d'une déclaration commune destinée à poser les bases de la paix en Libye, tout en évitant les ingérences étrangères. L'Algérie voisine, qui soutient les séparatistes, y a été invitée. L'Allemagne et le Maroc ont une vision commune pour la souveraineté libyenne et Rabat «se considère comme un intermédiaire régional et un négociateur de bonne foi.»
Un autre point de friction mentionné par les médias marocains est le refus de l'Allemagne de poursuivre l'ancien détenu pour des affaires terroristes maroco-allemand Mohamed Hajib, qui a passé sept ans de réclusion. Après la libération de Hajib en février 2017, il est retourné en Allemagne où il a consacré l'essentiel de son temps à critiquer les institutions marocaines en se fondant sur des allégations sans preuves.
Sur les réseaux sociaux, les internautes ont discuté de nombre de ces prétendues motifs. Des commentateurs ont fait valoir que «le Maroc d'abord» devrait être la priorité de la politique étrangère de Rabat et ont affirmé que l'Allemagne «empiétait sur la souveraineté du Maroc» avec sa position «pro-séparatiste partiale» sur le Sahara.
Hormis tout, la coopération continue entre le Maroc et l'Allemagne dans de nombreux domaines. L'Allemagne est un important donateur d'aide étrangère pour le royaume. En décembre 2020, le Maroc a reçu 1,3 milliard d'euros (1,57 milliard de dollars) de soutien financier de l'Allemagne, destiné, entre autres, à des prêts bancaires aux entrepreneurs locaux, à des réformes financières, à des investissements dans les énergies renouvelables et au fonds consacré à la Covid-19.


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