La persistance de la sécheresse décennale au Maroc entraîne une raréfaction alarmante des plantes médicinales et aromatiques, essentielles tant pour la consommation locale que pour les industries pharmaceutiques, cosmétiques et agroalimentaires. La situation des nappes phréatiques, fortement épuisées, affecte désormais non seulement les espèces sauvages mais aussi la production irriguée. Aucune extension des surfaces cultivées n'a été envisagée ces dernières années ; au contraire, les quotas d'eau alloués à l'agriculture sont réduits afin d'assurer l'alimentation en eau potable des populations, notamment dans la région de Rabat, selon des estimations officielles. Il est difficile d'établir un bilan exhaustif des pertes en surface ou en volume, surtout pour les récoltes sauvages, mais des indices inquiétants émergent. Un récent appel d'offres organisé par l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) dans l'oriental n'a attribué que trois parcelles de romarin, contre treize habituellement. Les récoltes marocaines de cette plante s'élevaient habituellement de dix à onze mille tonnes ; désormais, elle est quasi-introuvable sur le marché. Hausse générale des coûts Cette pénurie provoque une flambée générale des prix à la production : le prix à la ferme de la menthe a bondi de 200 %, celui de la verveine de 150 % et celui de la rose de 40 à 50 %. Ces hausses concernent la quasi-totalité des produits. Certaines plantes, telles que la mousse de chêne et le lierre commun, se font désormais rares voire absentes sur les marchés destinés aux secteurs de la distillation pharmaceutique et cosmétique. Jusqu'à présent, le Maroc constituait une source majeure et fiable pour ces plantes, ce qui complique grandement la tâche des fabricants. Les précipitations intervenues en mars ont apporté un certain répit mais demeurent insuffisantes. Ces pluies, certes, rechargeront en partie les nappes phréatiques mais de nombreuses espèces nécessitent un environnement humide et surtout de la neige, qui a quasiment disparu des montagnes ces dernières années. La diminution de la production s'accompagne d'un recul des volumes exportés, parallèlement à une hausse des prix. Désormais, il faut limiter le nombre de clients servis, en privilégiant des relations professionnelles durables et un approvisionnement équilibré selon les régions. Les fabricants en Inde, en Chine, en Europe, ainsi que les transformateurs au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, continuent néanmoins d'être approvisionnés. Les tarifs à l'exportation ont augmenté en moyenne de 30 % entre 2023 et 2025.