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Bourse de Casablanca : Chronique d'un krach annoncé

Pour un mois qui, de coutume, se distingue par une léthargie générale, les arcanes de la bourse de Casablanca ont connu une ambiance psychédélique ! En une semaine, quelque 70 milliards de DH se sont volatilisés. L'indice global de la place, le Masi, a perdu 973 points, soit près de 8%. Il faut dire que les signes avant-coureurs s'étaient manifestés depuis quelques mois, mais personne ne désirait les relever. En effet, depuis mars 2008, l'indice global était sur un trend baissier, mis sur le compte de la consolidation et des prises de bénéfices. Puis, à partir d'octobre 2007, les actions nouvellement introduites ont connu une trajectoire très inquiétante, à l'image d'Atlanta et de la SNEP, dont les cours ont fini par être inférieurs aux prix d'introduction. Enfin, depuis le début de l'année, les volumes des échanges ont perdu jusqu'à 35%. Mais personne n'a rien voulu y voir, jusqu'à ce que les grosses financières américaines commencent à chanceler avec la hantise des faillites en chaîne et une crise financière internationale jamais égalée...
Mardi 16 septembre. Sur les 75 valeurs cotées à la bourse de Casablanca, une seule a pu sortir son épingle du jeu. La SCE (Société chérifienne d'engrais) s'est distinguée en échappant de justesse à la baisse et à la réservation à la baisse grâce à une petite performance de +0,63%. L'affolement est général et les mots utilisés pour traiter la situation sont forts. Les analystes financiers, les patrons des sociétés cotées et les petits porteurs parlent déjà de krach boursier, de déluge et d'effondrement de la place financière de Casablanca. Plusieurs titres ont perdu 6% de leur valeur (voir encadré). Le Masi baisse d'environ 4% et le Madex, cet indice regroupant les valeurs les plus actives, pousse la déprime d'un cran.
Mercredi 17 septembre, la quatrième plus grande place d'Afrique ne fait que résister à la tentation de baisser sans pour autant afficher la correction technique attendue depuis lundi afin de rassurer les souscripteurs. «La baisse n'a pas démarré lundi, les signes de perturbation ayant été perceptibles depuis deux semaines déjà par les gros intermédiaires. Des tensions de ventes sur les titres Addoha et CGI ont eu lieu. Elles ont été dissimulées par des programmes de rachat portant sur des montants énormes», confie un analyste de la place. Mais le pot aux roses allait finir par être découvert.
Une incertitude sur les marchés
internationaux
On dirait que les analystes se sont tous passé le mot. Le message était à peine codé pour faire le lien avec la crise survenue à l'international. À l'origine de cette dégringolade, il y a l'état de santé désastreux des financières américaines, au point que l'Oncle Sam a été obligé de rompre avec les principes non-interventionnistes. Il y a d'abord eu Lehman Brothers, obligé de se mettre sous la protection de la loi sur les faillites dès lundi 15 septembre. Cette quatrième banque d'affaires américaine, avec plus 2.000 milliards de dollars d'actifs, a annoncé une perte de 3,9 milliards de dollars pour le troisième trimestre de son exercice social. Cependant, ses 158 ans d'existence n'ont pas réussi à convaincre les autorités américaines de voler à son secours. Elles avaient affirmé dès dimanche, qu'elles ne réitéreraient pas le récent soutien à Fannie Mae et Freddy Mac, sauvés grâce aux 200 milliards de dollars mis sur la table.
De son côté, Merill Lynch, également avec une très petite santé financière, a dû se faire racheter par Bank Of America, qui a mis sur la table 50 milliards de dollars. Et comme si les mauvaises nouvelles n'arrivaient jamais seules, le premier assureur du globe avait annoncé mardi qu'il ne pourrait pas honorer ses échéances d'ici la fin de l'année, lesquelles se montent à plus de 85 milliards de dollars. Ce fut suffisant pour que le mardi se place dans le sillage du lundi. Mais, à ce niveau, on a eu droit à la quatrième intervention des autorités financières américaines en moins de deux semaines. La Réserve Fédérale américaine n'a pas hésité à sortir 40 milliards de dollars sous forme de prêt à AIG qui sera en plus contraint à un bradage de ses actifs financiers. Les conséquences directes de ces faillites masquées sont surtout un manque de confiance des investisseurs et un assèchement de la liquidité sur les marchés financiers américains, européens et asiatiques, et par ricochet sur l'ensemble des marchés émergents dont le Maroc. Effectivement, au moment où les pays de l'OCDE ont revu leur croissance à la baisse, le Maroc a maintenu ses prévisions non sans une certaine logique. De l'avis des prévisionnistes, la croissance devrait continuer à être supérieure à 5%, malgré quelques aléas ici et là. De plus, il est certain que les effets directs de ces faillites seront limités, pour la simple et bonne raison que les banques et les compagnies d'assurance marocaines n'ont pratiquement aucun intérêt aux Etats-Unis. Elles ne prêtent pas aux banques américaines, n'avaient pas acheté de crédits hypothécaires titrisés et n'ont aucune filiale ou représentation significative dans le pays de l'oncle Sam. C'est dire qu'à ce niveau, il n'y a rien à craindre. Et pourtant !
Les immobilières
ouvrent le bal
Dès vendredi 12 septembre, le malaise qui plane sur la bourse n'est plus qu'un secret de polichinelle. Le lundi d'après confirme ce qui ne s'apparentait qu'à une simple appréhension. La chute de l'action Addoha lance le signal d'alarme et entraîne dans son sillage toutes les valeurs immobilières. Ceci en dépit du rapport réconfortant sur le secteur, pondu récemment par Bank Al Maghrib. C'est dire que le contexte peu rassurant des bourses étrangères a pris le dessus sur les propos enjolivés des politiques et autres gros bonnets coiffant les institutions financières marocaines. Preuve en est. Même une action prestigieuse comme celle d'IAM en a payé le prix. «Etant cotée à la bourse de Paris, elle a été l'une des premières à être chahutée par le fouet de la baisse. Grosse capitalisation, sa chute a vite impacté le Masi et le Madex». Résultat : ceux qui continuent à prôner la thèse de la déconnexion de la place marocaine de l'international ont perdu de nombreux adeptes. La réaction du marché s'est faite instantanée. Ne serait-ce que d'un point de vue psychologique, l'impact a été palpable sur les détenteurs des titres. En effet, l'annonce de la faillite de la banque d'investissement américaine Lehman Brothers a pris de court la place financière, entraînant un effet de panique immédiat. Situation qui rappelle à plus d'un titre ce qui s'était passé en 1998 quand les marchés asiatiques avaient chuté et que le Maroc avait, lui aussi, été secoué en dépit d'un cycle de croissance ininterrompu, entretenu par la vague de privatisations des années 1990. Casablanca a dû traverser quatre années de vaches maigres. L'Indice général de la Bourse (IGB), l'ancêtre du MASI, avait perdu la moitié de sa valeur. Bien sûr, d'aucuns diront, avec raison d'ailleurs, que ce n'était pas l'unique raison. D'abord c'est à cette époque qu'est intervenue une nouvelle taxation des plus-values sur les valeurs mobilières cotées, jusque-là exonérées. Ensuite, au même moment, les privatisations qui alimentaient les introductions en bourse s'étaient arrêtées brusquement. Enfin, le marché boursier marocain, où il n'y avait que les bancaires, les cimentiers et les entreprises du groupe ONA, n'avait pas la maturité dont elle peut se vanter aujourd'hui.
Mais toujours est-il que la contamination de Casablanca par les autres places financières internationales est une évidence. Ce qui n'empêche pas Fathallah Berrada, président de la Bourse de Casablanca, de caricaturer en déclarant : «c'est un syndrome de LCI qu'ont attrapé des intervenants qui veulent absolument appliquer le système européen ou américain au contexte marocain. Et d'ajouter sur un ton plus sérieux, «on ne peut parler de krach qu'en cas de baisses de 15 ou 20%. Ce qui s'est passé n'est qu'une petite correction, rien de bien exceptionnel !». Un avis que ne partagent pas l'ensemble des intervenants. La réplique vient de la bouche d'un analyste de la place : «on est passé d'une performance de 10% au 3 septembre à une contre-performance de 3,58% au 17 septembre. Et de toutes les façons, si l'on suit le raisonnement de M. Berrada, le Maroc ne connaîtra jamais de krach puisque le règlement de la bourse exige une réservation à la baisse dès qu'une valeur baisse de plus de 6%».
Les fonds d'investissement étrangers «déchantent»
Selon de nombreux analystes, un impact technique est aussi à mettre en exergue. Le cordon ombilical avec l'international existe via des fonds d'investissement étrangers (l'exemple du fonds de Merill Lynch). Ils ont procédé à des ventes en masse sur des valeurs marocaines ou encore à travers «des investisseurs étrangers ayant procédé à une forte opération de cession de titres pour s'emparer de la liquidité qui leur a fait défaut suite à la baisse enregistrée sur les marchés internationaux», confirme le patron d'une société de bourse. Détail de taille, ces investisseurs en provenance notamment des pays du Golfe détiennent d'importants volumes d'actions immobilières. Or, et selon un analyste au fait de l'actualité financière, «l'immobilier figure aujourd'hui sur la liste noire de tous les gestionnaires de fonds étrangers». Cette information, si elle se confirme, aura un impact qui ira au-delà des salles de marchés et touchera aussi à l'activité économique de ces entreprises. L'explication donnée par ce même analyste est la suivante : des fonds d'investissement immobiliers ont racheté massivement dans des villes marocaines en vogue. En cas de crise de résultats ou de liquidités, ils n'hésiteront pas à vendre rapidement et d'un seul coup ; ce qui suscitera un séisme dans le secteur de la pierre en particulier et dans toute l'économie sur un plan global. Si ce n'est pas une sonnette d'alarme, une telle déclaration s'y apparente et à plus d'un titre. Le krach boursier qu'a connu la place madrilène est là pour rappeler que la crise y a été fortement provoquée par le secteur de l'immobilier.
Cependant, peut-on dire que toutes les valeurs immobilières sont exposées à une secousse et de la même ampleur ? «Non», répondent de nombreux analystes. Même en cas de retrait d'investisseurs étrangers, des entreprises comme Addoha ne ressentiront pas de plein fouet l'effet d'une telle manœuvre. Elles agissent essentiellement dans un marché (le logement économique) qu'elles maîtrisent et où la demande est amplement supérieure à l'offre. «Sefrioui se retrouve relativement exposé dans la nouvelle configuration du business Addoha qui se diversifie en décidant récemment d'intervenir en force dans le haut standing», nuance un analyste.
Les «zinzins» gardent
la tête froide
Mercredi, la place financière n'était plus dans le creux de la vague. Néanmoins, les intervenants du marché boursier ne pouvaient toujours pas affirmer si la correction technique allait se prolonger ou si le trend baissier gagnerait de nouveau. Il fallait donc attendre jeudi, le temps de constater de visu comment se comporteraient, entre autres, les OPCVM. «Ce que tous les observateurs redoutaient ne s'est pas finalement passé. Un volume d'environ 1 milliard de DH a été traité aujourd'hui, freinant la tendance baissière, prouvant qu'il s'agit d'un simple vent de panique provoqué par les grands et suivi par un comportement moutonnier de la part des petits», souligne un trader. «La meilleure preuve qu'il ne s'agit que d'une panique passagère s'est traduite par l'attitude des institutionnels qui n'ont tout simplement pas réagi via des transactions massives», explique Fathallah Berrada. Et d'ajouter, «le marché dévisse quand une information déterminante circule sur une capitalisation de la Bourse. Or, ce n'était pas le cas. Ce qui objectivement ne justifie pas la brutalité de la correction à la baisse et promet que les esprits vont se reprendre le plus tôt possible».
En réalité, la baisse avait commencé depuis le 14 mars 2008, au lendemain de la date à laquelle l'indice global a atteint son plus haut niveau historique. Et depuis, point de redressement en vue ; l'indice global a suivi une pente douce mais régulièrement baissière, perdant 5,7% entre le 14 mars et le 3 septembre.
Comment on est-on
arrivé là ?
Peut-on également voir dans l'évolution du cours des actions introduites depuis octobre 2007, un autre signe de l'essoufflement de la place de
Casablanca? Elles sont nombreuses, mais peu d'entre elles ont connu une croissance soutenue dans le temps. Il y a eu, d'abord, l'assureur Atlanta, qui a même atteint 2.168 DH dans l'euphorie générale, alors qu'elle était introduite à 1.200 DH, soit une croissance de 80,7%. Mais ce fut vite la désillusion ; l'action Atlanta descendait jusqu'à 1.140 DH en juillet dernier, perdant la totalité de ses gains. Ensuite, ce fut le tour de la SNEP et le constat n'est pas très différent. Introduite à 1250 dirhams, l'action de ce leader du PVC atteindra 1.663 DH, avant de s'engager sur le chemin de la baisse de façon régulière. Elle réussira à consolider près de cinq mois durant autour de 1.300 DH, mais en juin dernier, ce fut de nouveau la correction. Le titre ne vaudra plus que 810 DH en août dernier, autre signe que les récentes introductions n'avaient pas la cote. Il n'est même pas besoin de citer Microdata, qui s'est inscrite en baisse dès sa deuxième séance de cotation, où encore Delta Holding, entreprise ayant démontré sa très forte rentabilité et le bon comportement de l'ensemble de ses filiales. Quant à Label Vie, même si elle échappe à la récente décroissance, le titre peine à décoller. Seule la compagnie minière de Touissit aura bénéficié d'une très forte croissance après son introduction. Il faut surtout noter que le titre a été sous-évalué par rapport au reste de son secteur, c'est-à-dire Managem et SMI. Mais la véritable raison de sa croissance échappe aux analystes les plus avertis.
Et puis, on peut noter depuis mars que les investisseurs déchantaient petit à petit. On est très loin des volumes quotidiens moyens des trois dernières années qui sont allés crescendo, passant de moins de 151 millions en 2005 à plus 850 millions de dirhams en 2007, en passant par les 475 millions de 2006. Malgré un accroissement de la capitalisation boursière du fait de la croissance et des introductions en bourse, les volumes quotidiens du marché central depuis le début de l'année sont de 638 millions de dirhams. Et depuis mars, cette moyenne n'est plus que de 554 millions, soit une baisse de 35% par rapport à 2007. Cette baisse des volumes ne traduit que le recul de la demande et par conséquent, elle contribue à entretenir la baisse du MASI.
Prises de bénéfices
Il n'y avait néanmoins aucune raison de s'inquiéter outre mesure, puisqu'il fallait mettre cette phase baissière sur le compte des prises de bénéfices. Car, depuis début décembre 2007, fin de la dernière phase de prises de bénéfices, la place de Casablanca était en phase de très forte croissance, qui lui a fait gagner 19,31%. L'heure était venue pour certains spéculateurs d'encaisser les gains potentiels enregistrés. Pour certains investisseurs également, l'opportunité était trop belle. Sur le long terme, les gains encore plus importants. La croissance qui a commencé en 2002 s'est nettement accélérée à partir de la fin 2004, après l'introduction de Maroc Télécom. Ainsi, de 3881 points en novembre 2004, le Masi est passé à 14925 en mars 2008, soit une croissance de 384%. En effet, après Maroc Télécom, il n'y eut que des introductions qui ont été suivies de très fortes croissances. C'est le cas d'Addoha qui, on se le rappelle, avait vu son cours pratiquement multiplié par 4,5 en l'espace de cinq mois. Et puis, à l'exception de quelques rares titres, toutes les autres introductions de grosses ou de petites entreprises avaient également connu une forte croissance, de RISMA à Fénie Brossette en passant par HPS, M2M Group, Colorado, etc. La croissance des actions nouvellement introduites a régulièrement dépassé 100%, comme cela a été le cas pour M2M, Colorado, HPS ou encore Fenié Brossette.
Il y a eu également la folle croissance des valeurs bancaires. En voyant le cours actuel de la BMCE Bank, on a du mal à se configurer son niveau de 2004, quand la valeur s'échangeait à 400 dirhams et même moins. Et puis le titre est entré dans une phase de progression accélérée. Fin 2005 déjà, il valait près de 1200 dirhams. En 2007, ce sera la consécration avec l'annonce de l'acquisition d'une part importante du capital de Bank Of Africa. Le cours de BMCE Bank est passé de 1270 à 2900 dirhams entre janvier et août 2007.
Attijariwafa Bank aussi bénéficiera des mêmes effets d'annonce liés à son programme d'extension à l'international, notamment en Afrique de l'Ouest et en Tunisie. Enfin, le CIH, seule action bancaire dont ne voulait aucun investisseur, trouvera le salut après l'opération accordéon initiée par son actionnaire majoritaire, la CDG, qui avait procédé à l'acquisition des actions que détenaient Bank Al Maghrib et les autres banques. Mais, au-delà de tout cela, il y a eu avant tout la formidable rentabilité du secteur bancaire depuis 2006. Les trois plus grosses banques de la place ont dégagé en 2006 un bénéfice net de plus de 3,5 milliards de dirhams. Ces fortes progressions ne s'expliquent pas par les seules bonnes performances des actions cotées. Il y a là la main des spéculateurs qui ne sont pas que des petits porteurs. Ils sont généralement de grosses entreprises et même des investisseurs étrangers. Et le problème avec ces spéculateurs, c'est qu'ils quittent le navire dès qu'il commence à prendre l'eau. Cela commence toujours par des prises de bénéfices, comme c'est le cas depuis mars.
Et si la baisse
continuait ?
La question taraude les esprits, notamment des petits porteurs. En effet, tout au long de la semaine, l'intervention des autorités a été évoquée et ce à maintes reprises. «La place est mature et doit trouver son équilibre toute seule. Il faut assumer les corrections du marché, d'autant plus que les autorités ne doivent intervenir qu'en cas de risque systémique, donc de délit», s'oppose un analyste. Ceux qui défendent l'idée de l'intervention de l'Etat se basent notamment sur le cas de l'Arabie saoudite, où un fonds de soutien a été créé en 2007 pour sauver les intérêts de quelque 3 millions de petits porteurs, dont certains ont réagi trop fortement, allant jusqu'au… suicide. Seulement, faire le parallèle avec le marché national n'est pas opportun. Et pour cause. D'un côté, l'intervention des Saoudiens répondait à un enjeu sécuritaire. D'un autre et contrairement à ce marché moyen-oriental où 70% du marché boursier sont détenus par des particuliers, la situation est à l'opposé au Maroc. «Entretenir les cours revient à soutenir les institutionnels dont le rôle est de réguler le marché à moyen et long terme et non de perdre l'équilibre au premier mouvement !». ◆
La tornade
immobilière
Dans les bourses de Dubaï, d'Arabie Saoudite… les valeurs immobilières sont des valeurs refuges lorsqu'il est question de crise. Ce n'est pas le cas au Maroc. Sans conteste, le secteur immobilier a fait chuté le marché. Il est celui qui a essuyé, durant cette dernière semaine, les pires dégringolades. Ce qui est bizarre, font remarquer des traders, c'est que toutes les valeurs de ce même secteur ont évolué de la même manière, quasiment des -6% durant des séances suivies. Mais le plus étonnant, c'est ce qui est arrivé à la valeur Alliances. Le 4 août, elle cotait à 1248 DH. Le 17 septembre, elle a clos la séance à 799 DH. La valeur aura alors perdu environ 36%. Et ce n'est pas fini. A l'heure où nous mettons sous presse, la valeur est réservée à la baisse. Pourtant, ADI était promu à un bel avenir. Ses fondamentaux sont bons. D'autant plus que le groupe vient d'annoncer le rachat de 50% du port Lixus. La valeur a été suspendue pendant quelques séances. Les porteurs de parts se frottaient les mains, anticipant une envolée du titre jusqu'à 1800 dirhams. La valeur a finalement pris le chemin inverse. «C'est une introduction en sens inverse», ironise un trader qui poursuit : «Alliances est victime de la conjoncture. La baisse telle qu'enregistrée n'a pas lieu d'être. Ses fondamentaux sont bons et sa nouvelle acquisition devrait améliorer son business plan». Du coup, ce sont les autres immobilières qui ont suivi le trend baissier : CGI, Addoha. Pour certains analystes, la correction qui s'est faite sur ces titres n'est pas une surprise. Ces valeurs étaient, disent-ils, surévaluées et soutenues. Et lorsque l'immobilier ne va plus, ce qui tourne autour ne va plus non plus. C'est le cas des valeurs BTP comme Delta Holding par exemple, qui ont laissé quelques plumes sur le marché.
LES DECONNECTING PEOPLE
ABDELLATIF JOUAHRI
Wali de Bank Al Maghrib
Même si dans l'une de ses déclarations à notre confrère «le Matin du Sahara et du Maghreb», Abdellatif Jouahri a affirmé sans l'ombre d'un doute que : «la crise financière internationale n'a aucune répercussion sur le Maroc (…) car nous n'avons pas de subprimes dans nos banques. Nous ne sommes pas concernés par la crise immobilière et nos banques ne portent pas le genre d'actifs qui a causé la perte de la prestigieuse banque américaine», son attitude a posteriori n'augure rien de rassurant. Et pour cause. Le gouverneur de Bank Al Maghrib est allé jusqu'à déprogrammer un déplacement en Arabie Saoudite pour El Omra et ce, certainement pour guetter les réactions d'un marché encore vulnérable. On ne sait jamais … ! Fin, mais percutant, il n'a pas omis de piquer le gouvernement, les analystes financiers, les régulateurs, le directoire de la Bourse… en les appelant à communiquer avec intelligence. «Pour éviter toute dérive ou panique boursière, il faut monter au créneau pour communiquer et informer des tenants et des aboutissants des évolutions de la bourse et du marché». Le cas russe et américain ont fini par donner des idées à notre gouverneur. ◆
SALAHEDDINE MEZOUAR
Ministre de l'Économie
et des Finances
C'est un Salaheddine Mezouar dans la peau d'un golden boy que les ministres de Abbas El Fassi ont redécouvert ce jeudi 18 septembre. Mais un golden boy version makhzanéen. Et pour cause, à l'opposé de la communauté des financiers de la place, il a assuré que nous étions «à l'abri de la crise des subprimes» et que «la baisse enregistrée à la bourse de Casablanca ne reflètait en aucun cas les fondamentaux de notre économie. Cette baisse ne peut pas non plus être attribuée à une quelconque contagion des perturbations que connaissent les grandes bourses mondiales». Selon lui, «la correction de l'ordre de 12% intervenue au mois de septembre courant reste marginale par rapport à la performance cumulée du marché». A ceux qui soulèvent la question du désengagement des investisseurs étrangers, il répond : «la plupart des investissements de portefeuilles des non-résidents ont un caractère stratégique, et le flottant détenu par les étrangers et les MRE ne représente que 1,8% de la capitalisation boursière à fin décembre 2007». Pour ceux qui demeurent sceptiques, sachez que Mézouar prévoit une augmentation autour de 10 à 15% des indices de la Bourse au terme de cette année. ◆
MOULAY HAFID ELALAMY
Président de la CGEM
À notre confrère «l'Économiste», My Hafid Elalamy a fait dans la didactique. A tous ceux qui soulignent le lien entre la crise des subprimes et le Maroc, il rétorque que leurs commentaires sont «décalés». Selon lui, le marché marocain est déconnecté. Sa définition
du marché financier se distingue par l'ordre des priorités qu'il établit. «Le prix de l'action est important mais ce n'est pas tout. La Bourse, c'est aussi une épargne qui rapporte en dividendes, ceux-ci
comptent dans l'analyse que l'on fait de ses achats ou de ses ventes, et cela, il faut l'approcher sur le moyen, voire le long terme, pas avec les variations quotidiennes». On le connaît enclin à monter sur
ses grands chevaux. Mais cette fois-ci, il a été trop direct en pointant directement du doigt les intervenants du marché, les appelant à plus de professionnalisme. ◆
Trois question à ...
Driss Benali, économiste
Challenge Hebdo : qu'est-ce qui explique que le marché financier marocain ait été touché par la crise internationale ?
Driss Benali : en un mot, je dirais la mondialisation. Avec l'interpénétration, notamment via Internet, tous les marchés financiers sont en ligne. Dès qu'à Wall Street, la tension monte, les effets se font sentir. Les Etats-Unis représentent la locomotive économique internationale qui, par ricochet, décide de tout. Et puis, il est également question d'interdépendance et nous ne pouvons pas rester en dehors. D'ailleurs, nous sommes sensibles à tout ce qui se passe en Europe et ailleurs. Rappelons-nous que la crise financière qu'avait connue l'Asie a fini par avoir des répercussions au Maroc.
C.H. : mais encore ?
D.B. : aujourd'hui, ces perturbations financières résultent du fait qu'il n'existe pas de régulateur interplanétaire. Le Fonds Monétaire International, qui devait réguler, s'est affaibli. La banque fédérale américaine, la FED, qui pourrait tenir le rôle de régulateur, se cantonne à une mission de «sapeur-pompier».
Avis d'expert
Mustapha Belkhayat, trader
Réputé pour ses analyses sur le cours de l'or, Mustapha Belkhayat est sans concession. Sans détour, il clame : «nous subissons les répercussions des marchés internationaux qui sont entrés dans le rouge. Ils enregistrent tous des baisses et la montée des prix des carburants y est pour beaucoup. Le marché financier marocain répond à une logique de confiance». Pour notre trader, la rupture du lien de confiance trouve son origine dans l'exubérance que connaît le marché. «Le marché a exagéré», confie-t-il. En clair, certaines actions ont enregistré de grands mouvements d'affluence dont les conséquences se sont répercutées sur l'équilibre même de la place financière. Comment s'explique dès lors la chute des valeurs immobilières? «Les Marocains ont perdu confiance dans l'immobilier. Après l'engouement qu'ont connu ces valeurs, les gens n'ont plus la patience d'allers vers elles». Par ailleurs, il tient à apporter plus de précisions quant au déséquilibre du marché. «Les actions des entreprises opérant dans les nouvelles technologies cotées à la bourse de Casablanca ne suscitent pas l'intérêt qu'elles méritent», relève-t-il. Et d'ajouter : «de telles entreprises, si elles étaient cotées ailleurs qu'au Maroc, auraient explosé». Et comme le naturel revient au galop, il endosse son rôle de conseiller et lance : «d'ailleurs, ces actions sont promises à un bel avenir !». La tendance du marché local est à la sélection des titres qui favorisent davantage la sécurité que le rendement ; ce sont ces valeurs qui sont dénommées dans le jargon des valeurs « pères de famille». Ce qui le conduit à émettre un constat plutôt navrant : «les investisseurs nationaux n'ont pas une vision globale des titres cotés en bourse». Sur la base de son expérience, il se plaît à relever le mode de comportement adopté par les investisseurs nationaux. «Ils suivent ce que font les voisins et non pas le marché. Ils ne regardent pas aux fondements de l'action, ils fonctionnent par mimétisme». Le mouvement général de panique a contribué à la dramatisation de la situation. Alors quelle attitude faut-il adopter : quitter le marché ou s'y maintenir ? Pour notre intervenant, les choses sont on ne peut plus claires. «Il ne faut pas rester sur le marché, il est risqué», admet-il.
Toutefois, il nuance. Selon lui, il est question de deux approches différentes ; soit que les conseils sont adressés à des investisseurs soit à des particuliers. À ces derniers, Mustapha Belkhayat déclare formellement qu'il leur est «interdit d'acheter en pensant que c'est le bon moment. Il ne faut pas acheter quand les cours sont au plus bas en espérant que les cours reprennent. Il faut sortir du marché et laisser le soin aux institutionnels de racheter. Et de ne réintégrer le marché que lorsque celui-ci affichera une tendance à la hausse». Ce qui est sans équivoque pour l'heure, c'est que les facteurs ayant contribué à ces turbulences sont également d'ordre interne. Les raisons sont inhérentes à un manque de confiance ; ayant pour conséquence une prise de conscience : le marché national peut également chuter. ◆
C.H. : sommes-nous en présence d'un dysfonctionnement des institutions ?
D.B. : le capital financier est en fait un capital volatile à l'échelle internationale, alimenté, il faut le dire, par les pétro-dollars. Il échappe à toute surveillance. La gestion bancaire américaine et notamment US, évolue en dehors de tout contrôle, précisons que le Canada n'a pas connu la crise des subprimes. Quant au secteur bancaire marocain, il demeure très prudent. Il repose de plus en plus
sur une dynamique de consommation soutenue par les prêts et les crédits bancaires, qui représentent désormais «le nerf de la guerre». De par ce mode de gestion, nous enregistrons beaucoup moins de
dégâts financiers. Reconnaissons que notre place financière n'est qu'une petite bourse. Notre problème réside dans notre baisse de compétitivité et celle de notre valeur commerciale. ◆


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