La région du Gharb et les périphéries de Ksar El Kebir traversent actuellement une épreuve critique. Les inondations massives enregistrées au niveau des Oueds Sebou et Ouargha ont transformé le paysage agricole en une vaste étendue d'eau, compromettant une campagne qui s'annonçait pourtant prometteuse. Ces crues, consécutives aux précipitations exceptionnelles qui se sont abattues sur le Royaume et au lâcher préventif partiel du barrage Al Wahda — une mesure technique nécessaire mais aux conséquences lourdes pour l'aval —, ont submergé des hectares de cultures, transformant les champs fertiles en véritables étangs. Alors que la saison agricole se présentait sous les meilleurs auspices, laissant espérer des rendements records, la montée des eaux a brutalement anéanti ces espoirs. Les dégâts sont considérables : des hectares d'arbres fruitiers ont été détruits et les cultures saisonnières sont désormais noyées. Cependant, au-delà des pertes végétales, c'est la question du sort du bétail qui constitue aujourd'hui l'une des problématiques les plus angoissantes pour les agriculteurs de la région. Dans la périphérie de Ksar El Kebir, comme dans plusieurs zones des provinces de Sidi Kacem et Sidi Slimane, les eaux ont englouti les terres, touchant directement les éleveurs. L'impact est double : non seulement les bêtes sont menacées par la montée des eaux, mais leurs moyens de subsistance, notamment les pâturages, ont totalement disparu sous les flots. Pour ces éleveurs, dont la majorité dépend exclusivement de la vente de ce bétail pour vivre, voir leurs économies et leurs vivres partir à la dérive constitue un drame social et économique absolu. À ce jour, le flou demeure total quant à l'ampleur réelle du désastre. Ni les autorités locales, ni le ministère de l'Agriculture n'ont encore communiqué de bilan officiel concernant le nombre de têtes de bétail perdues ou mortes. Face à ce silence et à l'urgence de la situation, Hespress a recueilli, mardi, plusieurs appels de détresse émanant de paysans issus de divers douars du Gharb. Ces derniers lancent un cri d'alarme et demandent une aide urgente en fourrage pour le bétail survivant, afin d'éviter que la famine ne vienne s'ajouter à la noyade. Leur position est pragmatique : sauver ce qui peut l'être immédiatement grâce à des aides en nature, en attendant d'aborder la question des compensations financières une fois la crise passée. Interrogés sur la situation, les responsables d'organisations professionnelles se montrent prudents. Ils affirment qu'il est, pour l'heure, « impossible » de parler concrètement de compensation des pertes pour les exploitations et le bétail. La raison invoquée est l'absence d'une image claire du terrain, compliquée par la persistance du danger qui continue de menacer tous les habitants des zones sinistrées. Dans une déclaration accordée à Hespress, Rachid Bennali, président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (COMADER), a confirmé cette analyse. Selon lui, « il n'existe pas encore d'image claire et complète des effets des précipitations sur les cultures et les arbres fruitiers au Maroc pour pouvoir parler précisément de compensations ». Bennali a souligné que le niveau de menace pour les habitants de Ksar El Kebir et pour les zones du Gharb touchées par les débordements de l'oued Sebou ne cesse d'augmenter. Cette instabilité hydrologique empêche toute tentative d'évaluation technique des pertes agricoles. Il a précisé que « les pertes ne pourront être évaluées qu'une fois la crise passée et les eaux retirées », étape indispensable avant d'envisager tout mécanisme de dédommagement. Malgré la gravité de la situation, une note d'espoir subsiste du côté des représentants des éleveurs. Abderrahman El Majdoubi, président de l'Association nationale des éleveurs d'ovins et caprins (ANOC), a exprimé sa confiance quant à la réaction des autorités. Il se dit certain que le gouvernement accordera des compensations aux éleveurs touchés, s'appuyant sur les précédents récents de solidarité nationale. « Les compensations doivent être versées après la fin de la catastrophe actuelle, comme cela a été le cas après le séisme d'Al Haouz et les catastrophes naturelles qui l'ont suivi », a déclaré El Majdoubi à Hespress. Il établit ainsi un parallèle direct avec la gestion des crises antérieures, espérant que le même mécanisme de soutien sera activé pour le secteur agricole. Il a par ailleurs ajouté que l'ANOC compte parmi ses membres des éleveurs situés à Ksar El Kebir ainsi que dans les zones inondées du Gharb. Bien que leur nombre soit limité au sein de l'association, Majdoubi assure que l'organisation suit de près la situation de l'ensemble des éleveurs, qu'ils soient adhérents ou non. Cependant, l'action de l'association se heurte à la réalité du terrain. « Si les routes n'étaient pas coupées par les inondations, nous serions déjà allés leur apporter notre soutien », a-t-il regretté, soulignant l'isolement physique dans lequel se trouvent actuellement les douars sinistrés. En attendant la décrue, les agriculteurs du Gharb et du Nord restent suspendus aux décisions des autorités et à la clémence du ciel, espérant que l'aide d'urgence en fourrage arrivera avant qu'il ne soit trop tard pour leur cheptel.