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Entretien : «Les offres de formation anticipent sur les besoins des entreprises»
Publié dans Finances news le 11 - 12 - 2008

* L’année 2009 coïncide avec d’importantes actions attendues de l’OFPPT pour former les ressources humaines nécessaires aux secteurs prioritaires du plan Emergence.
* Le coût de la formation pour chaque stagiaire est passé de 13.000 DH par an à moins de 8.700 DH.
* Dans cet entretien, Larbi Bencheikh, DG de l’OFPPT, semble être serein quant à l’issue du plan de développement amorcé par l’Office et qui prend fin en 2009.
Finances News Hebdo : La Carte de la formation professionnelle 2008/2009 fixe de nombreux objectifs légitimes ? Quels sont, selon vous, les plus urgents ?
Larbi Bencheikh : Il est vrai que la Carte de formation de l’année 2008/2009 représente le début de la concrétisation d’une phase importante pour l’OFPPT avec le démarrage d’un ambitieux plan de développement sur la période 2008-2009/2012-2013, basé sur la proactivité et l’accompagnement systématique de tous les grands chantiers de développement que connaît le Maroc, à savoir : le plan Émergence, la Vision 2010, les programmes d’infrastructures, les contrats, programmes État/Associations professionnelles ….
Ce plan vise la formation de 650.000 jeunes, en vue de répondre aux besoins en ressources humaines qualifiées des différents opérateurs économiques qui nous interpellent. Tous les secteurs y bénéficient d’une attention particulière.
Ainsi, au titre de la rentrée 2008/2009, première phase de ce programme, plus de 194.000 stagiaires sont en formation, soit une augmentation de 17% par rapport à 2007/2008.
Cette progression est particulièrement significative dans les secteurs liés au plan Emergence (comme l’offshoring, l’automobile, l’électronique) ; de même que les secteurs porteurs de croissance et d’emplois tels que le tourisme/hôtellerie, le BTP, les TIC, le transport... , sont également placés sous la plus haute des priorités.
Dans le secteur du tourisme, 16.000 stagiaires suivront, cette année, des cursus de formation ayant bénéficié d’une expertise internationale. Une expertise mobilisée dans le cadre du programme MEDA et mise en place de concert avec les professionnels. Ces stagiaires feront partie d’un contingent de plus de 35.000 jeunes attendus à l’horizon 2012-2013, comme stipulé dans le contrat RH 2008-2012, signé en marge des Assises nationales du tourisme de Tétouan, en juin dernier.
2ème secteur prioritaire pour cette année : le BTP. Pour accompagner l’essor remarqué de ce secteur, l’OFPPT a engagé, en concertation avec la FNBTP, plusieurs actions pour le doublement des effectifs des stagiaires, qui passeront à plus de 40.000, soit une évolution de 135% par rapport à l’année précédente et 20% du dispositif global.
Autre secteur : l’offshoring. Comme vous le savez sans doute, l’OFPPT a été chargé de former 6.900 stagiaires à l’horizon 2009, soit le tiers des besoins projetés par le plan Émergence. L’effort déployé par l’OFPPT permettra de dépasser largement ce chiffre. En 2008/2009 uniquement, plus de 6.000 stagiaires seront formés dans tous les métiers en lien avec l’offshoring.
F.N.H. : Comment l’OFPPT parvient-il à satisfaire les demandes des associations et des fédérations professionnelles pour une meilleure adéquation formation/emploi ?
L. B. : En tant que levier essentiel dans la qualification des salariés, notre mission est de satisfaire tous les impératifs de formation nécessaires à l’accompagnement des opérateurs économiques. Pour y parvenir, les offres de formation dispensées sont mises en place, en anticipation des besoins des entreprises et du marché du travail, afin d’assurer l’adéquation de la formation avec les besoins, garantir l’employabilité des lauréats et favoriser leur insertion professionnelle.
Nous impliquons donc les professionnels par une approche qui permet au dispositif de formation d’être proactif à son environnement économique. Cette stratégie mise sur le rapprochement avec les professionnels à travers une structure de partenariat permanent, matérialisée par des instances de coordination comme les Comités directeurs et les Comités de gestion des établissements de formation. Et des conventions spécifiques concrétisées à travers des plans d’actions pluriannuels concertés. L’implication des Professionnels porte également sur le processus de formation avec l’élaboration des programmes de formation, certification des formateurs, validation des acquis des stagiaires, choix des équipements,…
Ce partenariat de proximité avec les branches professionnelles permet l’adaptation des programmes de formation pour garantir des cursus conformes aux besoins en termes de profils et d’objectifs de formation avant toute création de nouvelle filière.
De même, il est prévu la réalisation d’études d’identification des besoins en formation, au niveau de chaque secteur, voire de chaque région, en vue d’adhérer aux sollicitations des différents opérateurs économiques. Le développement des «formations à la carte» par le biais de conventions spécifiques sont également des moyens d’action auxquels nous faisons appel.
Cette démarche est adoptée notamment avec les fédérations professionnelles des secteurs pour lesquels l’OFPPT a engagé un programme de développement de son dispositif, en l’occurrence l’automobile, le transport, l’aéronautique, l’offshoring, le BTP…
Pour une démarche plus globale, l’OFPPT travaille actuellement sur la mise en place d’une stratégie concertée avec les différents départements ministériels concernés, la CGEM et tous les partenaires socio-économiques.
Pour votre information, nous avons tenu dernièrement, sous la présidence du Président de la CGEM, plusieurs séances de travail au plus haut niveau avec les fédérations et associations, pour approfondir davantage le partenariat entre l’OFPPT et les branches professionnelles.
Nous œuvrons également pour que le plan de développement 2008-2009/2012-2013 fasse l’objet d’un contrat-programme entre l’OFPPT et l’État, à signer dans les plus brefs délais. Ce qui nous permettra de disposer des moyens humains et financiers pour développer le dispositif de formation en conséquence.
F.N.H. : Le nouveau plan de développement s’étale jusqu’en 2012. Est-ce que vous pensez que les délais impartis à l’OFPPT seront suffisants pour l’insertion des 650.000 jeunes ? Si oui, quels sont les principaux moyens d’actions dont dispose l’OFPPT ?
L. B. : Il est évident que les actions de développement du dispositif de l’OFPPT ne sont pas fortuites. Elles sont mises en place, comme je l’ai déclaré précédemment, par anticipation des besoins en ressources humaines des différents secteurs économiques. Les chiffres des effectifs à former par secteur s’adossent, entre autres, aux études menées dans le cadre du Plan d’urgence pour le développement de la formation (financé par le Fonds Hassan II), les études sectorielles menées dans le cadre du plan Émergence, l’étude sur BTP en cours avec la FNBTP et le contrat RH 2008/2012 pour le tourisme Ils permettront de répondre quantitativement et qualitativement aux besoins en compétences des nombreux chantiers de développement: offshoring, agroalimentaire, automobile, aéronautique, Plan Azur, contrats programmes État/associations professionnelles.
Pour renforcer l’insertion, il ne faut pas omettre les actions en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes que nous appuyons grâce à la filialisation du programme Moukawalati au niveau de l’OFPPT. Nous disposons actuellement d’un réseau de 39 guichets qui a permis la formation de 1.700 porteurs de projets formés à la création et la gestion d’entreprises et près de 470 entreprises créées permettant de générer plus de 1.600 emplois.
F.N.H. : Est-ce que l’OFPPT dispose des fonds nécessaires pour accueillir davantage de jeunes, dont le nombre a augmenté de 17% par rapport à la rentrée précédente ?
L. B. : Je serais tenté de dire que les moyens financiers alloués à l’OFPPT sont insuffisants d’autant plus que nous nous sommes engagés dans un programme ambitieux de développement de l’offre de formation, pour former 650.000 jeunes à l’horizon 2012/2013 et que nous sommes fortement sollicités pour répondre qualitativement et quantitativement aux besoins en ressources qualifiées de tous les secteurs économiques.
Il faut rappeler que l’OFPPT a déjà exploré toutes les possibilités de rationalisation et d’optimisation pour réaliser le Plan quinquennal 2002-2003/2007-2008 qui a permis la formation de 400.000 jeunes.
L’OFPPT a entrepris de profondes réformes des méthodes de gestion par l’adoption d’une approche d’optimisation et de mutualisation des ressources et des moyens existants et la modernisation des modes de management aux niveaux central et régional.
Les effectifs ont été multipliés par 3,5 depuis 2002 (de 57.000 en 2002/2003 à plus de 194.000 en 2008/2009), alors que les principales sources de financement n’ont pas connu le même rythme de croissance.
Ces efforts ont permis de réduire le coût de la formation, passé de 13.000 DH /an/ stagiaire, à moins de 8.700 DH tout en stabilisant les effectifs du personnel.
Je dois également ajouter à ce propos que l’OFPPT participe à hauteur de 30% à son propre budget grâce à la diversification de ses ressources propres. Le montant global de cette participation a été multiplié par 6 entre 2002 et 2008.
Néanmoins, pour garantir le développement du dispositif et assurer l’accompagnement des grands projets structurants par les ressources qualifiées nécessaires, l’OFPPT doit pérenniser et accroître les moyens et les sources de financement.
C’est pour cela que le plan de Développement 2008-2009/2012-2013 fera l’objet d’un contrat-programme entre l’OFPPT et l’État, afin que nous puissions disposer des moyens humains et financiers en conséquence.
J’aimerais ajouter à ce propos qu’une étude sur la pérennisation du financement de l’OFPPT est actuellement en cours avec l’implication du ministère de l’Économie et des Finances.
F.N.H. : Comment estimez-vous les tendances actuelles de l’offre de formation garantie par l’OFPPT ?
L. B. : Nous pouvons affirmer que notre action est placée dans une approche qui permet d’appréhender les besoins sectoriels en amont et d’être au diapason des exigences des opérateurs nationaux et internationaux. De ce fait, notre offre est la résultante des priorités des pouvoirs publics et des besoins des opérateurs économiques tels que nous les déterminons en concertation avec les différents partenaires aux niveaux local, régional et national.
Nous couvrons tous les secteurs économiques, avec des offres de formation ouvertes sur 4 niveaux, dans 146 métiers et 77 formations qualifiantes dans des secteurs porteurs de croissance et d’emplois.
Mais, il demeure que notre action est pénalisée par l’absence de licences professionnelles à l’OFPPT. Nous réclamons depuis longtemps l’instauration de passerelles entre l’OFPPT, la formation professionnelle en général, et l’enseignement supérieur ainsi que la mise en place d’un diplôme Bac+ 3 à l’Office.
La création de ces licences professionnelles concrétisera d’ailleurs les recommandations de la Charte nationale de l’éducation et de la formation qui a prévu l’instauration de passerelles entre la formation professionnelle et l’Enseignement supérieur.
L’existence de ces passerelles entre les différentes composantes du système d’enseignement et de formation va renforcer les synergies et apportera le dynamisme nécessaire pour mieux accompagner les besoins économiques et améliorer l’employabilité des jeunes.


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