L'opposant au Kremlin Alexeï Navalny a été condamné mardi 2 février à trois ans et demi de prison, par un tribunal de Moscou. Sa condamnation a immédiatement été dénoncée par de nombreuses grandes puissances dont la France et les Etats-Unis. Des manifestations sont attendues. La juge Natalia Repnikova a condamné l'activiste et ennemi numéro 1 du Kremlin à une peine bien plus importante que celle que la défense de l'avocat russe avait prévue. En effet, l'avocate d'Alexeï Navalny estimait à 2 ans et demi sa possible condamnation. Cette condamnation intervient après la plainte déposée par des services pénitentiaires russes qui estiment qu'il a violé les termes de son contrôle judiciaire (condamnation avec sursis en 2014) en ne pointant pas, surtout lorsqu'il se trouvait en convalescence en Allemagne suite à son empoisonnement. Après que la cour ait prononcé son jugement contre l'activiste anti-corruption, l'opposant russe a appelé à une manifestation immédiate à Moscou. « Le plus important dans ce procès est de faire peur à une quantité énorme de gens. On en emprisonne un pour faire peur à des millions », a-t-il affirmé lors de son procès. « Vous ne pourrez pas emprisonner tout le pays! « . Accusant directement le président russe Vladimir Poutine, l'opposant a affirmé que c'était lui le commanditaire de son empoisonnement en août alors qu'il était en déplacement en Sibérie. Il « entrera dans l'histoire comme l'Empoisonneur de slips ». Alexeï Navalny, 44 ans, avait indiqué en décembre dans une vidéo qu'il avait piégé un agent du FSB, les services secrets russes, en se faisant passer pour l'assistant d'un haut responsable. Ce dernier lui aurait avoué que le poison lui avait été appliqué dans ses sous-vêtements qu'il avait laissé dans son hôtel. Réagissant à la peine de l'opposant, plusieurs pays occidentaux ont appelé à la libération immédiate d'Alexeï Navalny dénonçant une atteinte aux « libertés fondamentales ». Moscou a dénoncé une ingérence. La condamnation de Navalny est « contraire aux obligations internationales de la Russie en matière de droits de l'homme », « défie toute crédibilité », a estimé la commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic. Elle a considéré que Navalny « n'aurait pas dû être arrêté et jugé en premier lieu parce que la condamnation pénale qui a servi de base à la peine privative de liberté d'aujourd'hui avait déjà été considérée comme arbitraire et manifestement déraisonnable par la Cour européenne des droits de l'homme » (CEDH) Le président français Emmanuel Macron a dénoncé cette décision de la justice russe. La condamnation d'Alexeï Navalny est inacceptable. Un désaccord politique n'est jamais un crime. Nous appelons à sa libération immédiate. Le respect des droits humains comme celui de la liberté démocratique ne sont pas négociables », a-t-il écrit dans un tweet. De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, a estimé que le verdict contre l'opposant porte un « coup sévère contre les libertés fondamentales et l'Etat de droit en Russie », appelant à sa libération immédiate. Les Etats-Unis ont exprimé leur « profonde préoccupation » suite à la condamnation de Navalny, appelant la Russie à le libérer « immédiatement et sans conditions ». « Tout en travaillant avec la Russie pour défendre les intérêts des Etats-Unis, nous allons nous coordonner étroitement avec nos alliés et partenaires afin que la Russie rende des comptes pour n'avoir pas respecté les droits de ses citoyens », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.