Accueilli sans les honneurs d'usage, contredit publiquement par Giorgia Meloni, hué par sa propre diaspora et rattrapé par les communiqués officiels, Abdelmadjid Tebboune a transformé une visite d'État en un mémorable fiasco diplomatique. Le tout, avec pour fond sonore la même rengaine obsessionnelle : le Sahara. Il y a des visites officielles qui renforcent les relations bilatérales, d'autres, au contraire, exposent crûment les failles, les fantasmes et les faux-semblants. Celle du président algérien Abdelmadjid Tebboune à Rome, le 22 juillet, appartient sans conteste à la seconde catégorie. L'épisode s'est transformé en une véritable comédie diplomatique, mêlant faux-pas protocolaires, discours bricolé et isolement manifeste. Protocole à minima Dès son arrivée, le ton est donné : aucun des deux chefs de l'exécutif italien – ni le président de la République Sergio Mattarella, ni la Première ministre Giorgia Meloni – ne fait le déplacement pour accueillir leur invité. C'est le ministre de la Défense, Guido Crosetto, qui s'y colle. Un signal clair : Rome n'a pas jugé utile de traiter cette visite avec les égards habituellement réservés aux chefs d'État. Pas de cérémonie officielle, pas de garde d'honneur : le protocole italien a été réduit à l'essentiel. Une réception minimaliste qui, à elle seule, envoie un message fort sur le déclassement progressif de l'Algérie dans les priorités de la diplomatie européenne. L'autodétermination fantasmée : le mensonge en mode automatique Mais c'est lors des déclarations à la presse que Tebboune franchit le Rubicon de l'absurde. Face aux caméras, il affirme, avec un aplomb confondant, que l'Italie et l'Algérie auraient « réaffirmé ensemble leur soutien au peuple sahraoui et à son droit inaliénable à l'autodétermination ». Sauf que — petit détail gênant — aucune trace de cette prétendue position italienne ne figure dans le communiqué conjoint publié à l'issue de la rencontre. À la place, les deux parties se contentent d'exprimer leur appui aux efforts de l'Envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Staffan de Mistura, pour relancer un processus politique dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité. Une formulation neutre, mesurée et parfaitement conforme à la ligne onusienne, sans aucun des termes chargés que Tebboune a cru bon d'ajouter à sa propre sauce. Résultat : la machine de propagande algérienne, un peu trop rapide à dégainer, a dû effacer en urgence la dépêche triomphaliste de l'agence officielle algérienne APS, avant de la remplacer par une version beaucoup plus discrète. Dommage, entre-temps, les vidéos prouvant le mensonge circulaient déjà, preuve à l'appui, du décalage total entre la fiction présidentielle et la réalité diplomatique. Une diaspora en colère Cerise sur le gâteau, la visite a été perturbée par des dizaines d'Algériens de la diaspora venus manifester contre le régime. Pancartes, slogans, cris : « État civil, non militaire ! », « Tebboune imposteur ! »... La contestation, muselée à l'intérieur du pays, trouve à Rome un espace d'expression libre. Un revers supplémentaire pour une présidence qui peine à trouver sa légitimité et son autorité, même à l'étranger. Ces manifestations rappellent que le mouvement Hirak, bien que réprimé par la force, n'est pas mort. Et surtout que l'image d'un président unanimement soutenu ne résiste pas à la réalité de l'exil politique. Du gaz, toujours, mais rien d'autre Officiellement, la visite visait à consolider le partenariat énergétique entre Alger et Rome, renforcé depuis la crise ukrainienne. Et de ce point de vue, les volumes parlent pour Tebboune : l'Italie est désormais le premier client du gaz algérien, avec plus de 25 milliards de m3 annuels. Mais au-delà du gaz — unique levier d'influence extérieure d'Alger — aucun projet structurant, aucune vision commune, aucun accord d'avenir n'a été annoncé. Pas de coopération sur la transition énergétique, sur l'investissement industriel, ou encore sur les chaînes de valeur technologiques. Une fois encore, l'Algérie se présente comme un fournisseur, non comme un partenaire stratégique. Une diplomatie à bout de souffle, rongée par l'obsession marocaine Pendant que le Maroc déploie une diplomatie offensive, tisse des alliances atlantiques et ouvre l'Afrique de l'Ouest à ses partenariats économiques, l'Algérie reste figée dans une posture idéologique, construite autour d'un rejet obsessionnel de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Même les partenaires les plus prudents, comme l'Italie, s'éloignent progressivement de cette rhétorique creuse. Tebboune repart donc de Rome sans victoire politique, sans adhésion diplomatique et sans crédibilité renforcée. Il lui reste, pour se consoler, le monologue à usage interne — celui où tout va bien, où le Sahara est presque libéré, et où l'Europe l'écoute religieusement. Une fiction nationale à laquelle plus personne ne souscrit... sauf peut-être lui.