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Du citoyen abstentionniste au citoyen juge : la mutation silencieuse de la démocratie marocaine
Publié dans Hespress le 13 - 08 - 2025

Alors que le Maroc s'apprête à vivre un nouveau rendez-vous électoral, l'enthousiasme habituel autour du scrutin est cette fois teinté d'une certaine retenue. Le taux d'abstention, qui a flirté avec les 50 % lors des dernières échéances, ne cesse de poser une question embarrassante : la démocratie représentative, telle qu'elle est pratiquée, suffit-elle encore à incarner la voix du peuple ? C'est dans ce contexte tendu entre légitimité formelle et défiance citoyenne que l'on doit relire Pierre Rosanvallon, et surtout son concept de contre-démocratie, pour y trouver non pas une menace, mais une opportunité.
Une démocratie en crise de confiance
Dans La Contre-Démocratie, Rosanvallon ne dénonce pas la démocratie représentative. Il montre plutôt qu'elle est devenue incomplète. À force de concentrer toute la légitimité sur le vote, on a fini par croire que l'élection était une institution totale : sélection des dirigeants, régulation du pouvoir, et garantie de confiance. Or, cette confiance s'effrite. Et quand elle disparaît, les citoyens ne se retirent pas seulement – ils réagissent autrement.
Au Maroc, cette réalité est palpable. Les citoyens ne sont pas apathiques. Ils sont vigilants, souvent en colère, parfois désabusés. Ils ne manifestent pas forcément dans les urnes, mais dans les réseaux sociaux, dans les pétitions, dans les mobilisations spontanées autour d'une affaire de corruption, d'un prix qui explose, ou d'un abus de pouvoir. Ce n'est pas du désengagement. C'est une forme alternative de participation – ce que Rosanvallon appelle la contre-démocratie.
Qu'est-ce que la contre-démocratie ?
La contre-démocratie, selon Rosanvallon, n'est pas l'anti-démocratie. C'est un système parallèle de contrôle, de pression, de jugement. Elle se manifeste à travers trois grandes fonctions :
La surveillance : dénoncer, noter, surveiller les élus.
L'empêchement : bloquer, ralentir, contester des décisions perçues comme illégitimes.
Le jugement : exiger des comptes, par la critique, la justice, ou l'opinion publique.
Ces formes de contre-pouvoir ne cherchent pas toujours à gouverner. Elles veulent surtout empêcher le pire, obliger à la transparence, et rappeler aux élus qu'ils sont sous observation. Ce n'est pas une pathologie. C'est une réponse rationnelle à une démocratie qui ne répond plus assez.
Le Maroc est déjà dans la contre-démocratie
Regardez autour de vous : Quand un ministre est mis en cause sur Facebook après une déclaration maladroite, c'est de la surveillance citoyenne.Quand des collectifs bloquent un projet urbain jugé opaque, c'est un acte d'empêchement démocratique. Quand l'opinion publique exige une enquête après un drame évitable, c'est le peuple-juge qui s'exprime.
Le Maroc vit déjà cette contre-démocratie. Mais elle est informelle, désorganisée, souvent réprimée ou ignorée. Elle n'a pas de statut, pas de légitimité institutionnelle. Et c'est là tout le problème : une contre-démocratie non reconnue devient soit inaudible, soit explosive.
Une chance, pas une menace
Rosanvallon met en garde contre deux écueils : Le populisme, qui instrumentalise la défiance pour s'emparer du pouvoir au nom du « vrai peuple ». L'impolitique, où la critique devient stérile, où tout se réduit à la dénonciation sans proposition. Mais il ouvre aussi une voie : institutionnaliser la contre-démocratie. Pas pour remplacer la démocratie représentative, mais pour la renforcer. Il s'agit de passer d'une société de défiance diffuse à une démocratie de vigilance organisée.
Et si le Maroc innovait ?
À l'heure des nouvelles élections, le débat se concentre sur les partis, les programmes, les alliances. Mais ce qui manque, c'est une réflexion profonde sur comment rendre le pouvoir plus redevable entre deux scrutins.
Voici quelques pistes inspirées de Rosanvallon, qu'on peut adapter au contexte marocain : Créer un Observatoire citoyen de la transparence, indépendant, chargé de noter la performance des élus, non pas selon des critères partisans, mais en fonction de leurs engagements, de leur accessibilité, de leur éthique.
Institutionnaliser le droit de pétition, avec des seuils clairs pour obliger le Parlement à débattre d'un sujet.
Renforcer les mécanismes de reddition des comptes : pourquoi ne pas imaginer des « audits citoyens » annuels des politiques publiques, menés par des comités de citoyens tirés au sort ?
Protéger et valoriser les lanceurs d'alerte, dans l'administration comme dans le secteur privé.
Vers une démocratie mixte
Rosanvallon parle d'un « régime mixte des modernes« , où la démocratie représentative coexiste avec des formes de contre-pouvoir structurées. Ce n'est pas une utopie. C'est une nécessité. Le Maroc, qui revendique une modernité politique et une stabilité institutionnelle, pourrait être un laboratoire de cette démocratie élargie. Une démocratie où le vote reste central, mais où la parole citoyenne ne se tait pas après le scrutin.
Conclusion : redonner du sens à la politique
Les élections à venir ne changeront rien si elles ne s'inscrivent pas dans un cadre plus large, où la confiance se reconstruit pas à pas, entre les votes, par des gestes concrets de transparence et de reddition des comptes. La contre-démocratie n'est pas le contraire de la démocratie. C'est ce qui la maintient en vie quand les institutions s'engourdissent. Et si, au lieu de craindre la défiance, on l'invitait à entrer dans les institutions ? Peut-être que c'est là, justement, le prochain saut démocratique du Maroc.


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