Réélu pour un quatrième mandat à la tête de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), Driss Lachgar a engagé une profonde recomposition des instances dirigeantes du parti. Le Conseil national de l'USFP, réuni samedi à Rabat, a validé une nouvelle composition du bureau politique, marquée par l'éviction de plusieurs figures critiques ou historiquement proches du premier secrétaire, dont Younes Moujahid et Hanane Rihab. Cette décision intervient lors de la première session du Conseil national consécutive au 12e congrès du parti, qui avait reconduit Lachgar à la tête de l'USFP après l'adoption de modifications des statuts autorisant l'extension de son mandat. La nouvelle équipe dirigeante, proposée par le premier secrétaire et entérinée par les instances, acte une réorganisation interne qui redessine les équilibres au sommet du « parti de la rose ». Le nouveau bureau politique se compose de 33 membres, dans une formule présentée comme conciliant continuité et renouvellement. Toutefois, pour de nombreux observateurs, cette configuration traduit surtout une volonté de resserrer le centre de décision autour d'une équipe largement acquise à la ligne de Lachgar, au détriment des sensibilités critiques qui subsistaient encore au sein des organes dirigeants. Outre Younes Moujahid et Hanane Rihab, la nouvelle liste exclut également la députée Malika Zekhnini ainsi que d'autres cadres considérés, jusqu'à récemment, comme proches du premier secrétaire. Ces mises à l'écart sont perçues comme un signal fort adressé à l'intérieur du parti, confirmant la fin d'une phase de pluralisme interne au profit d'une direction plus homogène. La recomposition ne s'est pas limitée au bureau politique stricto sensu. L'USFP a également adopté une nouvelle architecture organisationnelle fondée sur des pôles sectoriels, avec la désignation de responsables nationaux chargés de dossiers stratégiques tels que la société civile, la culture, les médias, les finances, l'éducation, la numérisation et l'intelligence artificielle, les relations extérieures, le travail syndical ou encore les questions de la jeunesse et des femmes. Cette structure élargie, présentée comme un « bureau politique bis », vise officiellement à renforcer l'efficacité du parti et sa préparation aux prochaines échéances électorales. Elle permet également d'intégrer de nouveaux profils tout en consolidant l'autorité de la direction actuelle sur l'ensemble des leviers organisationnels. Dans son intervention devant le Conseil national, Driss Lachgar a défendu cette recomposition comme un choix destiné à garantir la cohésion interne et à permettre à l'USFP de faire face aux défis politiques à venir. Il a souligné le caractère collectif de la gestion du parti, insistant sur le rôle du bureau politique dans la coordination des groupes parlementaires et l'élaboration des positions du parti sur les grandes questions nationales. La réélection de Lachgar et la restructuration qui l'a suivie continuent toutefois de susciter des débats au sein et en dehors de l'USFP, certains y voyant une clarification stratégique, d'autres une concentration durable du pouvoir au sommet du parti.