« L'humoriste préférée du public revient illuminer la scène du Megarama avec son tout nouveau spectacle : « Nawell Tout Court ». Plus authentique et déchaînée que jamais, Nawell nous livre ses réflexions sans filtre, ses péripéties de vie et son regard aiguisé sur le monde, le tout avec cette énergie débordante qui la caractérise ». C'est en ces termes que les organisateurs annoncent la tournée marocaine de Nawell Madani. Une tournée qui devrait démarrer par un spectacle à Marrakech le 25 mars mais qui a été finalement annulé comme l'indique-t-on sur l'interface de billetterie Guichets. La cause À l'origine de la polémique, plusieurs publications relayées par des internautes et certains cercles associatifs. Elles pointent du doigt des propos attribués à l'artiste, notamment dans sa série diffusée sur Netflix, « Jusqu'ici tout va bien ». Certaines séquences sont perçues par ses détracteurs comme véhiculant des stéréotypes dégradants à l'égard des femmes marocaines qui ont été associées à des pratiques de sorcellerie. Des extraits d'anciennes interventions médiatiques circulent également, ravivant les critiques et justifiant ces appels à l'annulation de sa tournée au Maroc. Pour les partisans du boycott, ces contenus constitueraient une atteinte à l'image des Marocaines et, plus largement, au patrimoine culturel national. Liberté artistique et responsabilité culturelle Sur les réseaux sociaux, les messages appelant à l'annulation pure et simple des spectacles se sont multipliés depuis l'annonce en janvier dernier de la tournée marocaine de l'humoriste. L'un des textes largement diffusés évoque « une atteinte grave à la dignité du peuple marocain et des Marocaines» et invite les autorités à examiner la programmation à la lumière des lois encadrant la diffamation et l'incitation à la haine. Les détracteurs de Madani estiment par ailleurs que « la liberté artistique ne doit pas servir de prétexte à des propos jugés offensants ». Ils appellent à une forme de « responsabilité culturelle », considérant que le respect du public marocain constitue un préalable à toute représentation. Au-delà des critiques visant directement l'artiste, certains militants interpellent également les organisateurs, leur reprochant de continuer à programmer des artistes perçus comme « hostiles au Maroc ». Sa défense Face aux critiques, l'artiste avait déjà défendu son travail par le passé, notamment lors de la sortie de sa série en 2023. S'exprimant sur l'émission Clique de Canal +, Madani a nié vouloir porter atteinte à la dignité des Marocaines. L'auteur et réalisatrice de la série « Jusqu'ici tout va bien» a affirmé vouloir « mettre en avant des portraits de femmes fortes issues de milieux populaires, loin de toute intention de stigmatisation ». Malgré cette mobilisation, la tournée de Nawel Madani est loin d'être un échec commercial. Si la date prévue à Marrakech le 25 mars a finalement été annulée, comme l'indique la plateforme Guichet, les représentations programmées à Casablanca les 28 et 29 mars affichent par contre, presque complet. Il ne reste que quelques places disponibles, avec des billets proposés entre 300 et 700 dirhams. À Rabat, au Théâtre Mohammed V, l'engouement du public semble en revanche plus timide à ce stade, même si une semaine reste encore avant l'échéance du 1er avril. Une dualité qui illustre le décalage entre la dynamique commerciale et la contestation en ligne. Liberté de création ou lignes rouges ? L'affaire relance cependant un débat plus large sur les limites de la liberté artistique et son chevauchement avec les sensibilités culturelles et le contexte politique. Pour certains observateurs, associer création artistique et tensions diplomatiques risque de restreindre les échanges culturels. D'autres considèrent, au contraire, que le boycott constitue un moyen d'expression légitime face à des contenus jugés problématiques. À ce stade, aucune décision officielle d'annulation n'a été annoncée. Mais la polémique continue d'enfler et d'alimenter les discussions sur les réseaux sociaux, entre défense de la liberté d'expression et revendication du respect des valeurs et de l'image du pays.