L'écrivain et militant amazigh marocain Ahmed Assid a adressé une lettre ouverte aux supporters algériens, dans laquelle il exprime son regret suite à l'élimination prématurée de la sélection algérienne de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), avant l'accession au dernier carré. Dans un post sur sa page Facebook, Assid exhorte les Algériens à faire preuve de réalisme et de franchise dans l'analyse des causes de cette sortie anticipée, estimant que les premières victoires enregistrées par l'équipe algérienne étaient davantage liées à la faiblesse des adversaires rencontrés qu'à une réelle supériorité technique. Selon lui, le véritable recul du niveau de jeu est apparu dès que la sélection a affronté des équipes plus solides, notamment à partir du match contre le Congo. Pour rappel, la sélection algérienne a été battue par le Nigeria en quart de finale de la compétition continentale, lors d'une rencontre marquée par une maîtrise tactique des Super Eagles, qui ont su imposer leur rythme et mettre fin au parcours des « Fennecs », les privant ainsi d'une place en demi-finale. Cette défaite a mis un terme aux ambitions algériennes de sacre continental, tout en révélant des écarts techniques évidents face à un adversaire aguerri et habitué à gérer les matchs à haute intensité. Au lendemain de cette élimination, la scène sportive et les réseaux sociaux ont connu une vague de colère et de réactions virulentes. Certaines voix ont choisi d'expliquer l'échec par des facteurs extérieurs, mettant en cause l'arbitrage ou les conditions entourant la rencontre, alimentant ainsi un discours de « complot » au détriment d'une analyse technique objective. Un climat qui a poussé plusieurs observateurs à intervenir pour proposer des lectures critiques plus rationnelles, loin de l'émotion et des réactions à chaud. Ahmed Assid affirme avoir suivi l'ensemble des rencontres avec attention et empathie, soulignant que la défaite lors du dernier match s'explique simplement par le fait que l'adversaire était supérieur sur les plans technique et tactique, selon les règles et les critères du football, sans parti pris ni jugement préalable. Il estime que le recours systématique à la théorie du complot dans l'interprétation des défaites sportives dans la région poursuit généralement deux objectifs : rejeter la responsabilité de l'échec sur autrui en construisant un ennemi extérieur fictif, et éviter l'indispensable autocritique nécessaire à toute réforme sérieuse. L'intellectuel marocain établit également un parallèle avec la réaction du public marocain après l'élimination du Maroc face à l'Afrique du Sud lors de la précédente édition de la CAN. Il rappelle que les supporters marocains n'ont accusé ni l'arbitrage, ni le pays hôte, ni le public adverse, ni l'état de la pelouse, ni même les conditions climatiques. Aucun acte de vandalisme ni débordement n'a été enregistré, mais plutôt un débat responsable sur les causes de l'échec, malgré les performances remarquables des Lions de l'Atlas lors de la Coupe du monde au Qatar. Assid conseille enfin aux Algériens d'abandonner l'idée d'un ennemi extérieur et de s'attaquer plutôt aux dysfonctionnements internes s'ils souhaitent réussir une participation honorable lors de la prochaine Coupe du monde. Selon lui, la culture du « bouc émissaire » et l'adhésion aveugle à la théorie du complot ne mènent qu'à un échec répétitif. Il souligne par ailleurs la nécessité de dépasser certains comportements observés chez une partie du public et de certains joueurs, qu'il juge révélateurs d'une méconnaissance du sens réel de l'appartenance africaine, appelant au respect des peuples d'Afrique subsaharienne, venus avec leurs symboles, leurs couleurs et la qualité de leur jeu. Il conclut sa lettre en affirmant que le chemin reste long pour former des citoyens capables d'aimer leur pays sans que cet amour ne se transforme en mépris, en humiliation ou en dévalorisation des autres.