En consacrant le plan d'autonomie comme cadre de référence pour le règlement du différend autour du Sahara, l'Union européenne formalise une orientation déjà portée par plusieurs de ses États membres. Cette position commune traduit une convergence politique désormais assumée à l'échelle européenne et renforce la centralité du partenariat euro-marocain, tout en consolidant la légitimité institutionnelle de l'initiative marocaine. L'évolution de la position européenne sur la question du Sahara marocain s'inscrit dans un temps long, fait d'ajustements progressifs et de convergences nationales successives. Pour le professeur de droit public à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université Ibn Tofail, Azeddine Hannoun, la déclaration issue du Conseil d'association Maroc–UE marque moins une rupture soudaine qu'un moment de clarification stratégique, où l'Union européenne assume collectivement une orientation déjà largement mûrie en son sein. L'universitaire souligne d'abord que cette position européenne est l'aboutissement d'une dynamique engagée depuis deux à trois ans. Il relève que plusieurs États membres majeurs ( l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Hongrie, la République tchèque, puis la France ) ont progressivement convergé vers la reconnaissance du plan d'autonomie marocain comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour régler le différend. Ce mouvement, observe-t-il, n'est pas anodin, puisqu'il émane du noyau dur politique et économique de l'Union européenne. M. Hannoun fait ainsi observer que la déclaration européenne ne surgit pas ex nihilo. Elle institutionnalise, au niveau communautaire, une orientation jusqu'ici portée principalement par les capitales nationales. Le langage adopté à Bruxelles est, à cet égard, particulièrement révélateur : l'Union européenne ne se limite plus à un attachement formel et abstrait au processus onusien, mais lie explicitement ce processus au plan d'autonomie marocain, désormais reconnu comme le cadre de référence des négociations, en conformité avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Sur le plan juridique et politique, le professeur relève un élément central : l'Union européenne entérine une lecture renouvelée de l'autodétermination. Celle-ci n'est plus envisagée sous un prisme idéologique ou figé, mais comme une autonomie substantielle, effective et négociée, exercée dans le cadre de la souveraineté marocaine et adaptée aux réalités régionales et sécuritaires. Il note également que le poids spécifique de l'Union européenne est susceptible de modifier sensiblement les équilibres internationaux. Acteur économique central pour le Maroc, partenaire clé en Afrique du Nord et soutien déterminant aux processus onusiens, l'UE n'est ni neutre ni symbolique. Son alignement progressif sur le plan d'autonomie confère à ce dernier une légitimité internationale renforcée, capable d'influencer d'autres positions, en Europe du Nord, en Afrique et au sein des enceintes multilatérales. Enfin, le professeur de droit public invite à lire cette déclaration comme un pari sur l'avenir. En saluant la volonté du Maroc de préciser les modalités concrètes de l'autonomie, l'Union européenne reconnaît la souveraineté marocaine comme cadre politique privilégié, tout en encourageant une autonomisation réelle, démocratique et inclusive des populations locales. À ses yeux, c'est précisément dans cet équilibre que le plan marocain est appelé à devenir un modèle de règlement des conflits territoriaux fondé sur le compromis, la stabilité et le développement. Dans cette perspective, conclut-il, le Conseil d'association ne marque pas un basculement brutal, mais bien une cristallisation stratégique : l'Union européenne s'inscrit désormais clairement dans une trajectoire où le plan d'autonomie marocain apparaît non plus comme une option parmi d'autres, mais comme la voie de sortie de crise la plus réaliste et la plus largement soutenue à l'échelle internationale.