L'affaire Jeffrey Epstein connaît un nouveau tournant majeur. Le ministère américain de la Justice a rendu publics, le 2 février 2026, plus de trois millions de pages de documents, accompagnés de milliers de vidéos et de plus de 100 000 photographies, liés au réseau du financier américain condamné pour crimes sexuels sur mineurs et retrouvé mort en prison en 2019. Une divulgation d'ampleur inédite, présentée par les autorités comme un exercice de transparence, mais qui soulève davantage de questions qu'elle n'apporte de réponses. Selon le ministre de la Justice, Todd Blanche, ces documents contiendraient certes des « éléments compromettants », sans pour autant justifier, à ce stade, l'ouverture de nouvelles enquêtes pénales. Une position qui suscite incompréhension et critiques, tant les ramifications de l'affaire semblent toucher les plus hautes sphères du pouvoir politique, économique et médiatique à l'échelle mondiale. Dans la presse internationale, plusieurs chroniqueurs estiment que cette publication massive met surtout en lumière les défaillances structurelles du système judiciaire et le manque de volonté politique à aller au bout de l'enquête. Le portail grec TVXS évoque ainsi une véritable « rupture au cœur de l'État de droit ». Sa chroniqueuse Marianthi Pelevani souligne que la question essentielle n'est pas tant la véracité de chaque accusation, mais l'opacité entourant les éléments réellement investigués, ceux écartés, et les critères ayant guidé ces choix. Face à des accusations impliquant des figures majeures du pouvoir, l'absence d'enquête indépendante, transparente et exhaustive constitue, selon elle, un échec institutionnel grave. D'autres analyses vont plus loin, en inscrivant l'affaire Epstein dans une dimension géopolitique et de renseignement. Le quotidien italien Corriere della Sera, sous la plume de Luigi Ippolito, avance la thèse d'un vaste « piège à miel » relevant des méthodes classiques du kompromat. Selon cette hypothèse, Epstein aurait été au cœur de l'une des opérations d'espionnage les plus sophistiquées de ces dernières décennies, fournissant des jeunes filles à des personnalités influentes afin de les placer dans des situations compromettantes et exploitables. Le journal évoque des soupçons portant sur des services de renseignement étrangers, notamment russes, voire israéliens, sans qu'aucune preuve formelle n'ait à ce jour permis de confirmer ces allégations. Au Royaume-Uni, la publication des nouveaux documents relance également le débat autour du prince Andrew, frère du roi Charles III. The Sunday Times exhorte le duc d'York à rompre le silence qu'il observe depuis plusieurs années. Le journal estime que les éléments récemment divulgués, attestant de sa proximité avec Jeffrey Epstein, ravivent légitimement les interrogations sur son comportement et sur celui d'autres figures fortunées. Tout en rappelant que le prince Andrew nie toute conduite inappropriée, le quotidien juge qu'il devrait désormais s'exprimer publiquement, voire témoigner devant une instance officielle, afin de dissiper les soupçons. Aux États-Unis, les retombées politiques de l'affaire ne sont pas en reste. Le quotidien espagnol El Mundo estime que la déclassification de ces millions de documents alimente un climat de fébrilité parmi les élites, et pourrait avoir des conséquences directes pour Donald Trump, actuel président américain. Le journal évoque l'existence d'une stratégie politico-judiciaire visant à fragiliser le locataire de la Maison-Blanche, rappelant que les électeurs américains ont porté au pouvoir, il y a près d'un an, un dirigeant déjà condamné à deux reprises pour comportement sexuel inapproprié. Pour El Mundo, l'affaire Epstein pourrait ainsi servir de révélateur du seuil réel d'exigence éthique toléré au sommet de l'État américain en 2026. En définitive, si la publication de ces millions de documents est présentée comme un pas vers la transparence, nombre d'observateurs estiment qu'elle risque, au contraire, de diluer les responsabilités et d'enterrer les véritables enjeux de l'affaire Epstein.