En dépit d'un taux de remplissage qui excède largement les normales saisonnières depuis le 6 janvier dernier, le barrage Oued El Makhazine ne présente absolument aucun dysfonctionnement technique. C'est le message de fermeté et de rassurance qu'a tenu à délivrer, ce mercredi à Rabat, Salaheddine Dahbi, Directeur général de l'Hydraulique au ministère de l'Équipement et de l'Eau. Intervenant lors d'un point de presse au siège du ministère de l'Intérieur consacré à cette situation hydrologique d'exception, le responsable a confirmé que l'ouvrage démontre une solidité à toute épreuve. Cette performance est d'autant plus notable que le niveau des réserves a dépassé de quatre mètres le record historique enregistré depuis la mise en service de l'infrastructure en 1972. Dahbi a insisté sur l'absence totale de signes inhabituel ou d'anomalies, tant sur la structure principale que sur l'ensemble des équipements électromécaniques, jusqu'à la date de ce mercredi 4 février 2026. Cette situation, qualifiée d'inédite par les experts, résulte d'apports hydriques massifs et soudains survenus entre le 1er septembre 2025 et le 4 février 2026, totalisant un volume impressionnant de 972,9 millions de mètres cubes. L'intensité du phénomène climatique est particulièrement marquée par sa concentration temporelle extrême : 716,8 millions de mètres cubes, soit près de 73,68 % du volume global de la période, ont afflué au cours des deux seules dernières semaines. La conséquence immédiate de cet afflux torrentiel a été une montée spectaculaire du stock hydrique, qui a grimpé pour atteindre 988 millions de mètres cubes. Le taux de remplissage s'est ainsi établi à 146,85 %, un chiffre surpassant de 184 % la moyenne annuelle habituelle. Pour gérer cette pression hydraulique et garantir l'intégrité de l'ouvrage, les autorités compétentes ont procédé à des lâchers d'eau préventifs et proactifs d'un volume cumulé de 372,9 millions de mètres cubes. Face à des prévisions météorologiques annonçant la persistance de conditions instables et de nouvelles précipitations, le ministère a considérablement rehaussé son niveau de vigilance. Les protocoles de surveillance ont été intensifiés, substituant aux contrôles mensuels classiques des relevés biquotidiens, appuyés par le déploiement sur le terrain d'équipes spécialisées pour des inspections minutieuses. Les simulations hydrologiques, désormais affinées à l'heure près plutôt qu'à la journée, projettent pour la semaine à venir un apport additionnel estimé à 620 millions de mètres cubes. Ce scénario prospectif anticipe un pic de remplissage avec un débit entrant vertigineux de 3 136 m3/s. Cette situation nécessitera un débit d'évacuation maximal pouvant atteindre 1 377 m3/s, soit le quadruple du volume actuellement rejeté. Parallèlement, une cartographie précise des zones inondables a été établie pour anticiper la montée des eaux et coordonner les mesures de sécurité avec les autorités locales, conformément aux Hautes Orientations du Roi Mohammed VI visant la protection des citoyens et de leurs biens. À l'échelle nationale, ces précipitations marquent une rupture salvatrice et espérée après sept années consécutives de sécheresse aiguë. Depuis le début de l'année hydrologique en septembre 2025, le Royaume affiche un cumul pluviométrique moyen de 145,5 mm, représentant un excédent de 32,5 % par rapport aux normales. Cette dynamique vertueuse a permis de porter le taux de remplissage global des barrages nationaux à 61,88 %. Le stock hydrique national avoisine désormais les 10,37 milliards de mètres cubes, un seuil d'abondance inégalé depuis 2019. Il convient de souligner le caractère exceptionnel de ces apports : 95 % de ces ressources, soit environ 8,31 milliards de mètres cubes, ont été captées en moins de deux mois, plus précisément depuis le 12 décembre 2025. Cette rapidité de remplissage a imposé des opérations de lâchers d'eau maîtrisés sur plusieurs grands ouvrages, à l'image du barrage Al Wahda. Dans ce contexte, le ministère, en parfaite coordination avec les Agences des bassins hydrauliques, assure un suivi rigoureux 24 heures sur 24 pour conjuguer la sécurité impérative des installations avec l'optimisation stratégique des réserves en eau.